Responsable définitivement, …mais coupable ?

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Elle est responsable d’avoir mêlé l’État mauricien à un personnage plus que contesté, M. Álvaro Sobrinho. Elle est responsable de s’être laissé emporter par son désir de «faire avancer la science» en allant siéger au conseil d’administration du Planet Earth Institute depuis le 1er juillet 2015 – ce que «l’express» a révélé jeudi (page 6). Elle est responsable d’avoir été le conduit, au moins parfois volontaire, de M. Sobrinho vis-àvis des autorités supérieures du pays (ministres, Banque centrale, FSC, etc...). Elle aurait pu être beaucoup plus prudente. N’a-t-elle pas surfé un peu sur Internet pour réaliser que cet Angolais vient d’un des pays les plus corrompus de la planète, qu’il est difficile d’y faire affaire si l’on n’est pas au moins approuvé par le cercle fermé autour de Dos Santos, au pouvoir depuis…1979 et qu’il a quand même été à la tête d’une banque, Banco Espírito Santo Angola (BESA), qui a fait faillite avec 5,5 milliards de dollars de prêts irrécupérables, entre autres, parce que (parfois ?) prêtés à des «inconnus» ?

M. Sobrinho aurait, selon diverses sources sur Internet, expliqué qu’il n’était ni responsable ni coupable pour ces prêts parce que les ordres venaient de la maison mère, la Banco Espírito Santo, à Lisbonne, au Portugal. Si on le croit, que penser alors d’un CEO de banque qui touche un salaire 166 000 euros par mois (Rs 6,3 millions par mois), mais qui n’est… pas responsable de l’essentiel ?

Parle-t-on alors d’un salaire ou d’un bâillon ? Ou d’une invitation à se taire ?

C’est ce que fait d’ailleurs M. Sobrinho devant une commission parlementaire à Lisbonne en décembre 2014 : il se tait ! Il ne se souvient pas de son salaire et refuse aussi d’expliquer comment il a pu accumuler un patrimoine et des investissements aussi importants – et qui sont apparemment estimés démesurés, même par rapport à ses revenus salariaux annuels de plus de Rs 70 millions («l’express dimanche», page 14).

Madame la présidente est responsable d’avoir au moins aidé, directement ou pas, à faire avancer un personnage aussi controversé dans notre pays.

Responsable, sûrement, et c’est assez grave comme ça, mais coupable ? L’article 24 (a) lui interdit de toucher des «émoluments» découlant d’une autre responsabilité que la présidence (elle dit n’avoir rien touché) et l’article 24 (b) de la Constitution empêche la présidente d’«exercise any profession or calling or engage in any trade or business». Le Planet Earth Institute n’est sûrement ni un «trade or business» ni encore «a profession». Se pourrait-il que le statut de «charity» du Planet Earth Institute, statut acquis depuis le 15 novembre 2011, en fasse un «calling» ? Ce serait une bien terrible ironie !

Je trouve aussi M. Ivan Collendavelloo, qui n’est pourtant pas né de la dernière pluie, bien brave, voire téméraire, d’affirmer qu’il ne croit pas M. Sobrinho voleur, après l’avoir regardé dans les yeux et écouté longuement. Dans le passé, Ketan Somaia, Ken Lay, Charles Ponzi ou Bernie Madoff n’ontils pas tous fait illusion, au moins avec certains ? Ne voyageaient-ils pas tous librement et n’étaient-ils pas tous fêtés jusqu’au jour où on les a mis aux arrêts ? Les faits ne sont-ils pas plus sécurisants que les yeux de quelqu’un ou ce qu’il choisit de dire en une heure ou deux de discussion ? Si c’est bien effectivement le cas, M. Sobrinho ne devrait-il pas être plus explicite sur la source de sa fortune, ses connexions et son temps dans l’Angola de Dos Santos, sa responsabilité à la tête de la Banco Espírito Santo Angola pendant dix ans avant sa faillite, afin que les autorités d’ici (et le pays dont les autorités sont supposées défendre l’intégrité) ne puissent décider, les yeux parfaitement ouverts, s’ils souhaitent «prendre le pari» Sobrinho ?

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