So What Attitude

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«Je suis un combattant balafré qui ne baisse pas la tête devant les balles.» Ces mots sont de François Fillon, mais ils nous rappellent tellement deux de nos dirigeants politiques qui ont eu maille à partir avec la justice. 

Dans un éditorial dans le journal Libération, notre confrère Laurent Joffrin rappelle que «quand la presse a révélé qu’un généreux donateur lui offrait ses costumes Arnys, il a seulement répondu : “Et alors ?”. Cette réplique est en passe de devenir un leitmotiv de campagne.» Joffrin va plus loin :«Marine Le Pen est accusée des mêmes faits que Fillon. “Et alors ?”(…) Elle est sous le coup de plusieurs investigations judiciaires, tout aussi embarrassantes que celles de Fillon. “Et alors ?” Elle est convoquée par les juges ?“Et alors ?”»

Chez nous, à Maurice, on découvre plus de Rs 220 millions dans les coffres de Navin Ramgoolam à Riverwalk, pas au Square Guy Rozemont. On nous répond : «So what ? C’est l’argent des donateurs et il n’y a pas de loi sur le financement politique. Circulez, il n’y a rien à voir.» Le leader travailliste aurait comploté avec des hauts gradés de la police dans l’affaire Roches-Noires ? «C’est sa vie privée. Arrêtez de tout questionner.» 

Plus récemment, Pravind Jugnauth est condamné dans l’affaire MedPoint, pour corruption. So what ? Il fera appel et démissionne comme ministre entre-temps. Il fait effectivement appel et s’en sort. Il devient Premier ministre - alors que le peuple n’a pas validé ce destin du fils Jugnauth. So what ? Il est le leader du parti majoritaire au Parlement, nous dit-on. Un membre proche du Sun Trust, qui se permet de mettre sa main sur l’épaule du leader du MSM, après son blanchiment par les juges Matadeen et Caunhye, et le fameux baisemain par Roshi Bhadain, et qui est par la suite soupçonné d’être mêlé au trafic d’importation d’héroïne… So what ? Vous savez le nombre de personnes qui aiment se faire prendre en photo avec Pravind Jugnauth, nous avance-t-on ? Et puis, ajoute-t-on, peut-on tout contrôler quand on a autant de fans ? 

Cette tendance à tout justifier, ou à tout banaliser, s’inscrit dans l’ère du temps. Aujourd’hui, tout est fait pour normaliser les biscuits de Hanoomanjee et les milliards de Sobrinho. C’est impressionnant.

Le drame, c’est que le monde tourne ainsi ces temps-ci. Quand Donald Trump ne publie pas ses fiches d’impôts, et trouve que c’est normal, voire ingénieux, de ne pas payer de taxes - et qu’il est quand même élu président des États-Unis, que peut-on faire ? Pourvu que la So What Attitude ne devienne pas la culture dominante de cette ère Post-Truth !

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