Ramgoolamistes vs Travaillistes

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Une révolution interne est-elle en marche au Parti travailliste ? Alors que nous assistons depuis quelque temps à la mise en scène des agitations de Ramgoolam, prélude à sa candidature d’alternance face à Pravind Jugnauth, des voix rouges s’élèvent, avec raison, et expriment publiquement des opinions qui tranchent avec celles entendues jusqu’ici. 
 
Conséquence ? Ramgoolam n’apprécie pas et affirme que le linge sale se lave en famille. Il réagit là aux propos tenus par Ezra Jhuboo, député de la circonscription no 14, qui (dans l’express dimanche du 5 février) n’a dénoncé ni plus ni moins que le fonctionnement de la vieille garde travailliste, cette «cour qui chante les louanges de Ramgoolam matin, midi et soir, comme un mantra, to mem nou lerwa, to mem nou raja».
 
On peut aimer ou ne pas aimer Ezra Jhuboo. On peut apprécier ou pas le député. Mais on n’a pas besoin d’être un partisan travailliste pour acquiescer à sa prise de parole dans un parti traditionnel où le chef pratique le verrouillage des bouches et celui des opinions. Difficile de ne pas être d’accord avec le député de Savanne-Rivière-Noire quand il dit que «le PTr doit se réinventer (…) le leadership vertical fondé sur la toute-puissance d’un chef est un modèle périmé». Le match est clair : d’un côté, les Ramgoolamistes, de l’autre, les Travaillistes.
 
Se retrouvent dans le premier camp ces fidèles de l’ancien Premier ministre, qui lui tournent autour comme des abeilles protégeant leur miel. Ce sont ceux-là qui ont tout orchestré pour empêcher une éventuelle succession d’Arvin Boolell dans le fauteuil de leader. Tout esprit sensé aurait espéré que, suite à la lourde défaite des Travaillistes aux dernières législatives, qu’après les images obscènes des coffres-forts et les tribulations judiciaires de Ramgoolam, le chef des Rouges se retire de lui-même et cède sa place. Ça, c’est dans les pays où l’on respecte réellement la démocratie, où l’on démissionne quand on mène son parti à une défaite et, qui plus est, quand on a fait quelque 15 ans au pouvoir.
 
Ici, l’ancien Premier ministre a bien fait semblant de partir. On se rappelle de son congé politique, du poste de porte-parole offert à Arvin Boolell. Sauf que le cinéma ne dura que trois mois. Alors que Boolell, qui s’y voyait déjà, affirmait qu’il était prêt à prendre le leadership des Rouges, son ambition, totalement légitime, fut tuée dans l’œuf. Dans l’antichambre, les Ramgoolamistes étaient à l’œuvre et avaient orchestré un retour en grande pompe de leur «lerwa» dans le dos d’Arvin Boolell. Ce dernier, dans un sursaut d’orgueil, mit alors fin à son rôle de porte-parole. Et Boolell endura, comme à son habitude, la terrible expérience de se retrouver isolé au sein du Bureau politique, alors que la rue lui crédite d’un capital de sympathie. 
 
Depuis, Ramgoolam se comporte en propriétaire du Parti travailliste et rêve d’un retour à la Clarisse House. Pour atteindre son objectif, il peut compter sur la solidarité de ses suiveurs, ces rétrogrades et carriéristes de la politique pour qui la décence n’a aucune valeur, aucune signification. Ceux-là s’en foutent de la morale. Et ont les yeux rivés sur leurs intérêts. C’est pourquoi ils trouvent normal d’idolâtrer un leader sur qui pèsent des accusations de blanchiment d’argent et dont la maîtresse s’est fait une réputation pour avoir raflé des contrats à l’aéroport. Espace que l’ancien Premier ministre confondait également avec sa propriété privée.
 
Ce sont ces admirateurs, ces béni-oui-oui qui espèrent que Ramgoolam revienne au pouvoir. Ce sont eux qui n’ont pas digéré que la marche de l’opposition soit menée par les jeunes parlementaires du PTr, provoquant ainsi le clash avec ces derniers. Ce qui avait fait dire à Shakeel Mohammed : «Nous vivons des temps difficiles. J’accueille favorablement les points de vue différents, aussi longtemps que ceux-ci sont constructifs et avant-gardistes et non passifs et stagnants.»

Ainsi donc se précisent deux clans au Square Guy Rozemont. Est-ce qu’au final, les Jhuboo et Mohammed seront forcés d’entrer dans les rangs à la manière d’Arvin Boolell ou est-ce que le temps est venu pour une révolution à l’intérieur du parti ? Entre les Ramgoolamistes et les Travaillistes, la joute a déjà commencé…

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