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Il est sorti de son silence, sans doute, parce qu’il voyait que le débat sur la réforme électorale commençait à aller dans tous les sens. Dans une analyse exclusive pour l’express, qu’il nous a envoyée, Rama Sithanen le dit sans ambages : «Il faut d’abord comprendre les mathématiques de la réforme électorale avant de proposer des recommandations sur le White Paper» – lire la première partie  plus bas (la seconde sera publiée demain).

Même s’il ne le concède pas, on peut comprendre que ce spécialiste des systèmes électoraux n’arrive pas à suivre certains commentaires lancés à la ronde depuis la publication du White Paper, il y a deux semaines. C’est un peu normal puisque Sithanen, dans ce débat précis du moins, ne porte pas forcément l’habit du politicien, mais celui d’un chercheur qui jette un regard clinique et relativisé sur ce dossier à la fois complexe et sensible. Ceux qui sont dans les officines du Prime Minister’s Office savent aussi que Sithanen, en faisant la synthèse des rapports antérieurs (Sachs, Collendavelloo et Carcassonne), et fort de ses recherches et expériences personnelles, a pesé de tout son poids dans la présente formulation du White Paper de Ramgoolam.

S’il semble se dégager un large consensus sur le fait qu’il faut débloquer le système électoral antidémocratique, quelques macadams émotionnels, lancés ça et là, commencent à fausser le débat. Notamment sur trois aspects précis du White Paper qui sont travestis, dans le débat public, et sur les ondes des radios surtout, par pure méconnaissance des calculs et autres formules y relatifs; ce que Sithanen appelle, in all fairness, «confusions» dans son analyse : 1) si l’opinion semble avoir saisi la différence entre le système First Past the Post et la représentation proportionnelle, les nuances entre les modèles Sachs A et Sachs C, par exemple, restent floues; 2) de même, on a tendance à penser que les modèles Sachs C et Sachs D sont différents alors qu’ils sont similaires; et 3) discussions passionnées sur le nombre de sièges selon la proportionnelle (16-20) et le seuil de 5 % que certains réclament par simple émotivité sans réaliser les «unintended consequences» de leur position.

C’est clair qu’à Maurice, nous avons des experts dans tous les domaines imaginables; des gens qui pensent et qui disent sans avoir fait le tour d’une question. Mais au fond combien sont-ils ceux qui commentent, y compris dans la presse, la présente reforme électorale sans avoir lu le document ?

Comme nous l’avons écrit déjà, Ramgoolam n’a pas révolutionné le jeu politique, comme il le prétend. Mais le Premier ministre, certes coincé par des engagements pris devant la justice et les Nations unies, a quand même le mérite d’ouvrir le débat sur notre système électoral qui est dénoncé depuis 1982. Et pour que le débat progresse il faut un large consensus pour aller de l’avant d’une part, et de l’autre, il faut expliciter la réforme, surtout après des prises de positions émotionnelles de la part de ceux qui s’autoproclament experts, et qui disent ce qu’ils pensent, sans penser vraiment ce qu’ils disent.

 
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