Grand-Bel-Air : les femmes du village disent vivre dans la crainte après le viol d’une adolescente

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Le ruisseau à Grand-Bel-Air, sur les rives duquel un planteur de la localité aurait abusé d’une jeune fille qui y faisait la lessive.

Le viol une jeune fille de 16 ans à Grand-Bel-Air a plongé ce village dans la stupeur. D’autant plus que le suspect n’est autre qu’un habitant de la région. L’incident s’est passé il y a une semaine, mais depuis, les femmes surtout n’osent plus s’aventurer dans les lieux en question…

C’était  un village paisible, sans histoire, avec ses3 000 habitants. Mais, depuis samedi dernier, l’appréhension et un sentiment de révolte anime Grand-Bel-Air. Depuis le viol d’une jeune fille de 16 ans qui s’était rendu près d’un cours d’eau pour faire la lessive…

Le suspect : Jay Jodhun, un planteur de 62 ans dont la maison se situe à proximité de ce cours d’eau. Mais même si le suspect est en détention policière, plus une âme ne rôde près du ruisseau de Grand- Bel-Air.

«Les habitants de Grand- Bel-Air connaissent bien Jay Jodhun. Si lalwa larg li, nounepli kone ki nou pou fer. Noupou viv dan la peur», tonnePoulounne Laboucherie, laprésidente de Grand-Bel-Air.«Nous sommes choqués et révoltés», ajoute-t-elle.

Poulounne Laboucherie explique que nombreuses sont les femmes qui faisaient la lessive près du ruisseau et plusieurs enfants passaient également leur temps à jouer sur les rives. Jusqu’à samedi dernier, lorsque le viol de l’adolescente a fait le tour du village.

Dans sa déposition, la jeune fille a expliqué qu’elle faisait la lessive vers midi le 3 septembre lorsqu’elle aurait constaté que Jay Jodhun l’observait. Il se trouvait non loin d’une rive. Soudain, muni d’un sabre, il l’aurait approchée. En plaçant l’arme tranchante sous la gorge, il l’aurait entraînée dans un fatak. En la menaçant de mort, Jay Jodhun l’aurait violée à deux reprises. Il aurait ensuite obligé la fille traumatisée à faire des gestes obscènes avec son corps. Selon la version de l’adolescente, Jay Jodhun l’aurait sommée de garder le silence. Au cas contraire, il allait la tuer.

Si la fille est sortie de son mutisme, c’est grâce à son fiancé, qu’elle a rencontré lors de prières, qui avait constaté qu’elle était très triste ces derniers temps. «Ilsavaient planifié de se marierdans deux ans. Ma nièce lui aenvoyé un SMS pour lui direqu’il n’y aura plus de mariage», souligne-t-elle. Choqué, le fiancé la bombardera de questions et l’adolescente finira par craquer et raconter son calvaire. «Il a dévalé les escaliersen hurlant. Il était en larmes et cherchait Jay», dit-elle. Jay Jodhun se trouvait alors dans sa plantation de légumes.

Il a failli être lynché par le fiancé et les autres proches de la présumée victime. Mais rapide, Jay Jodhun est parvenu à prendre la fuite. La police de Mahébourg a mis un terme à sa cavale mardi matin.

Après avoir porté plainte à la police de Mahébourg samedi, la jeune fille a été admise à l’hôpital Jawaharlal Nehru de Rose-Belle et ce n’est que mercredi qu’elle a pu regagner le domicile de ses parents. Depuis sa sortie de l’hôpital, la jeune fille timide, qui a abandonné ses études depuis presque un an, reste enfermée dans sa maison, refusant de parler à qui que ce soit. Ses larmes expriment son désarroi. «On essaie de ne pas la laisserseule. On a peur qu’elle se fasse mal», soupire sa tante.

«J’aurais bien aimé que les femmes du village, notamment, manifestent pour dénoncer ce cas. On a tous une fille à la maison et on ne se sent plus en sécurité», commente de son côté Poulounne Laboucherie.Pour elle, l’idéal seraitde renvoyer Jay Jodhun, déjàconnu des forces de l’ordre,définitivement du village.

Beemanidevi Palian, conseillère du village, elle, est plus tempérée. «Nous sommesenvahis par un sentiment d’appréhensionaprès ce drame.Mais il faudra laisser la justicefaire son travail», dit-elle. La conseillère admet cependant qu’elle ne peut s’empêcher de se mettre dans la peau de la famille de la présumée victime. Jeudi matin, plusieurs sympathisants sont d’ailleurs venus soutenir la jeune fille qui a participé à une reconstitution des faits, en larmes.

La famille de Jay Jodhun, elle, n’a pas manqué de lancer des insultes envers certaines personnes qui déploraient ce drame à haute voix. L’épouse de Jay Jodhun, elle, croit fermement en l’innocence du père de ses quatre fils. «Kifer mo bizin defan li ?» s’est-elle insurgée, sollicitée pour une déclaration par l’express, en relâchant ses nombreux chiens agressifs dans la ruelle…

«Mo memmo soke. Mo frer pena enn bonlavi», déclare, pour sa part, Lutchoomun Jodhun, le frère du suspect, âgé de 52 ans. Il confie que Jay Jodhun a toujours été quelqu’un de réservé. «Difisil pou koneki ena dan so latet ek dan solavi», soupire ce marchand de légumes. Et désormais, les habitants de Grand-Bel-Air ne ratent pas une occasion pour évoquer cette affaire avec lui en le croisant en chemin. «Ziska mo mem mo latet pefatigue aster», sourit-il.

Par contre, un quinquagénaire, ami de Jay Jodhun, ne manque pas de soutenir ce dernier. «Li ena plantation.Li ena enn gran lakaz. Li pamank rol pou al fer sa ban zaferla», lance-t-il, catégorique. À ses yeux, les allégations de l’adolescente ne sont que des fabulations…

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