Un site pour la musique bhojpuri

Avec le soutien de

Kishore Taucoory, leader des Bhojpuri Boys, un des artistes interviewés par Catherine Servan-Schreiber pour son site.

L’anthropologue française Catherine Servan-Schreiber a lancé ce mois-ci le site Indian chutney music (1), consacré à la musique bhojpuri en terres créoles. Elle y décrit le parcours de cette musique depuis les régions bhojpuri de l'Inde (principalement dans le Bihar et l’Uttar Pradesh) jusqu’aux pays d’émigration que sont Maurice, le Surinam, la Guyane et Trinidad et Tobago. On y apprend que la tradition lyrique bhojpurie est dès le départ marquée par la séparation, avec la prédominance du thème du viraha, le « sentiment de douleur lié à l’absence de l’être aimé ». Pendant des siècles, les chanteurs bhojpuris évoqueront le départ du travailleur saisonnier, l’absence du marchand itinérant, la perte de l’être aimé.

La plus grande séparation sera cependant celle de l’engagisme, au dix-neuvième siècle. Les milliers de coolies qui embarquent pour les colonies anglaises emportent avec eux leur musique, entraînée dès lors dans d’irréversibles évolutions. Les parties du site qui doivent raconter la transformation de la musique bhojpuri en Guyane, au Surinam et à Trinidad sont encore en cours d’achèvement. Mais la section mauricienne est déjà prête et bien fournie.

Créolisation

On peut y suivre le récit de la « créolisation » de la musique traditionnelle bhojpurie au contact des sonorités africaines et européennes à Maurice. Catherine Servan-Schreiber explique qu’ « en situation de diaspora, la musique apparaît comme un des premiers marqueurs identitaires ». Ce qui fait que la « musique indienne villageoise transplantée et transformée, les rôles qu’elle joue, et les significations qu’elle mobilise, apportent une compréhension nouvelle à la sociabilité mauricienne. »

Cette musique bhojpuri contemporaine, appelée le chutney, est explorée avec attention par la chercheuse, notamment dans ses liens avec le séga. Elle a archivé sur son site de nombreux morceaux d’artistes tels que Biswanee Deepoa, Vinod Sewduth et Anerood Boyjonauth. « Contrairement au message du séga, qui met l’accent sur le temps margoz, le temps amer, le temps lontan, le chutney exprime la nostalgie du passé », écrit Servan-Schreiber.Le grand intérêt de son site est de lier les grands enjeux historiques de la diaspora et les aspects les plus poétiques de sa musique. Auteur de l’Histoire d'une musique métisse à l’île Maurice (2010), Catherine Servan-Schreiber a construit ce site sous l’égide du Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS).

(1) adresse : https://sites.google.com/site/indianchutneymusic

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