Time to think, no ?

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Enième mise en garde ! Cette fois dans l’express, vendredi dernier, soulignée par l’inquiétude de l’enseignant Paldeorsingh Ramrajsingh.

Se penchant régulièrement sur les rapports de Cambridge sur la performance des candidats mauriciens aux examens de School Certificate et de Higher School Certificate, le pédagogue entrevoit une « chute libre ». Ce n’est pas la première fois que nous sommes mis en garde et ce n’est, hélas, sans doute, pas la dernière fois que nous le serons.


A l’exception de la Chine qui peut encore se contenter d’un pourcentage réduit d’interfaces actives avec le monde extérieur, tous les autres pays - ceux de la francophonie compris - sont désormais condamnés à considérer leurs locuteurs anglophones comme des ressources économiques, leur ratio en fin de secondaire comme un coefficient de performance potentielle. Que s’est-il passé à Maurice, que devons-nous entreprendre pour que ce bilinguisme que vantent nos dépliants touristiques cesse d’être un cliché sans effet ? Bilingues, trilingues, voire quadrilingues, s’il s’agit de connaître une bonne part de vocabulaire de ces langues et de pouvoir engager dans l’une ou l’autre une conversation simple, voire lire ou écrire un texte d’un demi-feuillet, certes, nous le sommes. Nous connaissons la boutade, nous pouvons même la prolonger : kreol j’à laise, français je konn, anglais je débris, hindi je samajhe.

Super, Mauricien même, toi !


Mais encore ? De nombreux Mauriciens suivent actuellement, les dimanches soirs sur Antenne Réunion, l’émission française The Voice - imaginez l’effet si ça s’appelait La Voix ! - dans laquelle chaque candidat a d’abord chanté une chanson de son choix. Neuf fois sur dix un titre anglais. Au pays d’Edith Piaf, de Barbara, de Johnny Halliday et même de Florent Pagny, quand on choisit une chanson pour mettre en valeur sa voice, elle a de très fortes chances d’être anglaise. Nos sociétés étant aujourd’hui synchrones, nul ne peut prétendre que les jeunes Mauriciens ne mesurent pas l’audience de la langue anglaise en ce début de XXIe siècle. Même ce symbole de résistance, d’exception culturelle, qu’avait longtemps été la France semble avoir admis que les langues n’ont pas pour vocation d’être hostiles les unes aux autres.


Aujourd’hui, le village d’Astérix a été reconstruit au Québec, parmi les derniers à résister, les seuls à inventer joliment babillard, courriel, clavardage et pourriel pour dire notice-board, e-mail, chat et spam. A Paris, au contraire, il est tendance de ne plus dire réunion, conseil d’administration ou styliste, on leur préfère meeting, board et designer. A Maurice, où nous n’avons pas attendu ces récents effets de mode pour correspondre sur des air-letters, boire notre tisane ayapana dans un mug et faire le plein de super au filling, l’anglais est déjà partout. Ces jeunes Mauriciens dont la performance sombre aux yeux de Cambridge connaissent par cœur les chansons de Rihanna ou de Taylor Swift. Certains de ces scolaires mal notés ont même lu les sept volumes d’Harry Potter dans le texte et, moyennant qu’on ne leur impose pas d’emblée Ulysses, de Joyce, moyennant un accompagnement intelligent de leurs désirs et intérêts, on pourrait même en faire des lecteurs. En sachant que la lecture est la clé pour la maîtrise de toute langue.

Nos jeunes sont-ils réfractaires à l’apprentissage de l’anglais - symbole mondial associé à la plupart de leurs goûts et passions - ou est-ce l’enseignement de cette langue qui est, aujourd’hui, inadapté à son public ? Ne faut-il pas envisager d’abord de l’enseigner comme langue étrangère, soit aussi avec des laboratoires équipés pour la phonétique ? Il nous faut vite nous poser les bonnes questions. Dans la langue de notre choix. Pourvu que les réponses soient comprises de tous.

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