Le désir de revenir servir

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REVIENDRA, reviendra pas ? La majorité des lauréats parlent d?un retour au pays après leurs études universitaires. Pour les uns, la famille sera la cause du retour ; pour d?autres, c?est la fibre patriotique qui parle. D?autres encore hésitent et penchent pour un ?Oui, sauf si? ? ?Je ne compte pas quitter mon île pour toujours. Il existe un avenir ici. Mais il faut se donner la peine de tenter sa chance?, pense Davin Mohadeb, lauréat du collège du St-Esprit côté Science. Le retour, c?est une certitude, du moins pour l?instant. François Esmyot va plus loin. Ne pas retourner au pays serait ?indécent? et ?antipatriotique?. ?Je ne vais pas faire l?hypocrite. Si je dis que je reviendrai, je le ferai. Oeuvrer pour le pays ne veut pas dire crier aller Maurice une fois tous les quatre ans. Les jeunes doivent travailler pour le pays?, dit ce lauréat du collège Royal de Curepipe côté Science. Hemrish Aubeelack, lauréat du collège du St-Esprit côté Arts, dit qu?il reviendra quand même en signe de reconnaissance. ?L?Etat dépensera beaucoup d?argent pour mes études. Je lui dois bien ça.? Pour Stéphane Constantin, lauréat côté Technique au collège du St-Esprit, son retour est lié au développement de Maurice. ?Si la cybercité est un succès, je me vois bien travailler comme ingénieur à Ebène?, dit-il. Idem pour Yashvin Hassamal, du collège du St-Esprit et 2e en Economie. Même s?il parle d?un manque d?opportunités, il reviendra ?définitivement? après ses études. Pour lui, un économiste peut certainement vivre heureux à Maurice. Incertitudes Marvin Tse Ve Koon, aussi du collège du St-Esprit et lauréat côté Economie, conçoit les choses différemment. Bien qu?il opte pour un retour, il ne le fera pas forcément parce qu?il croit au pays. ?Il ne faut pas penser qu?à l?avenir professionnel, mais aussi à la famille et au pays.? Mais les doutes sont là. Certains ne savent pas trop. Revenir ou pas ? Difficile d?y répondre. Christopher Li Wai Suen ne croit pas en un avenir brillant de médecin à Maurice après ses études en Australie. ?La seule chose qui pourrait me faire rentrer, c?est ma famille. Sinon, je me vois bien faire ma vie là-bas?, dit le lauréat en Science du collège du St-Esprit. Le titulaire de la bourse de la Mauritius Commercial Bank Foun-dation, Jérôme Clarisse, hésite aussi. ?Je serai heureux de pouvoir servir le pays. Mais je ne sais pas ce qui m?attend là-bas, en Grande-Bretagne, où je compte faire mes études en économie et en gestion?, affirme l?ancien élève du collège Royal de Curepipe. Ranveer Raaj Joyseeree, l?unique lauréat du collège Royal de Port-Louis cette année, pense revenir ?pour la famille?. ?Mais s?il y a une chance, je resterai à l?étranger.? Il considère que la filière électrique-électronique n?offre pas beaucoup d?opportunités à Maurice. Le sentiment de ?trahir? son pays sera bien présent en cas de non-retour, même s?il faut laisser passer ses ?propres priorités avant le reste?. A l?opposé, pour d?autres, le retour au pays est exclu, à l?instar de Jean-François Cateaux qui estime qu?il n?y a aucun débouché pour ce qu?il veut faire. ?Le métier d?actuaire n?est pas très demandé. J?aurai plus de chances ailleurs.? Surendranath Gunputh, qui a obtenu le SSR National Scholarship chez les garçons et qui a fait ses études au collège Royal de Cure-pipe, aurait bien voulu rester auprès des siens. Malheureusement, la carrière pour laquelle il compte opter ne lui offre pas le choix. Que pourrait en effet faire un ingénieur en aéronautique sur une île au beau milieu de l?océan Indien. ?Qu?est-ce que je viendrai faire avec un tel métier ? Oui, Maurice me rend un grand service en payant toutes mes études tertiaires. Mais mon intérêt personnel passe avant?, dit-il avec une pointe de regret. Si pour un futur ingénieur en aéronautique, Maurice n?offre pas de grands espoirs professionnels, Vittendra Nath Varma, qui veut devenir ingénieur en mécanique, pourra aisément se trouver un petit coin au soleil. Mais l?appel du large se fait plus fort. ?Si j?ai l?occasion de trouver un travail pour acquérir de l?expérience là-bas, je la saisirai. Je ne crois cependant pas rester éternellement. Un jour, je reviendrai?, dit-il. Confiants en l?avenir Dans leur ensemble, les lauréats se prononcent pour un avenir plutôt clément pour le pays. Même si le chemin est parsemé d?embûches. ?Il y a l?avenir. Mais c?est aux jeunes de se dépasser, de faire leurs preuves pour contribuer activement au développement?, est d?avis Davin Mohadeb. A écouter Heetesh Dhanjee, lauréat au collège du St-Esprit, l?avenir ?repose sur deux piliers?, à savoir le tourisme et la cybercité. La route qu?a empruntée le pays, dit-il, mènera à la réussite. Et il est tellement sûr de ce qu?il avance qu?il reviendra certainement après ses études en droit. ?Parce qu?il fait bon vivre à Maurice.? Yashvin Hassamal est plus nuancé. ?Les jeunes reviennent avec un diplôme mais doivent prendre un travail qui n?est pas à la hauteur de leurs compétences. Il y a un manque d?opportunités.? Selon Surendranath Gunputh, Maurice à un bel avenir? mais il faudra que les mentalités changent. ?Ce ne sont plus des hardworkers comme au temps de nos parents.? Christopher Li Wai Suen abonde dans le même sens. ?Le choix des métiers à haute responsabilité est très restreint?, pense-t-il, même s?il croit qu??il y a un avenir pour les jeunes d?ici?. Pour Hemrish Aubeelack, l?avenir est une question personnelle. ?Chacun doit tracer son chemin?, laisse-t-il entendre. Tout le monde ne partage pas cet avis. ?Le pays est déjà un des plus développés d?Afrique. Mais les Mauriciens n?en sont pas conscients. Notre élite n?a rien à envier à celle des autres nations mais il faut qu?elle revienne servir le pays?, dit François Esmyot. Jérôme Clarisse, qui avait déjà remporté une bourse de l?Alliance française, est quant à lui plus mesuré. Maurice est confrontée à bon nombre d?injustices telles que ?les riches qui s?enrichissent et les pauvres qui s?appauvrissent?. Pour y remédier, ?il faut un sursaut de la classe politique qui ne semble ne pas avoir trop d?empathie pour les plus nécessiteux?. Pour d?autres, se prononcer sur le lendemain est trop difficile. Les incertitudes sont telles qu?une projection serait trop hasardeuse, même si Maurice a les outils de la réussite en main. Mais il faut pouvoir les manier.
A RODRIGUES Mary Jane Legoff, fille de laboureur, se distingue - Dans le village de Ste-Famille, à Rodrigues, les Legoff sont fiers. Mary Jane, le troisième enfant de la famille, a décroché hier l?une des deux bourses destinées aux Rodriguais. Son père Merlot, laboureur, et sa mère Margaret connaissaient pourtant déjà le potentiel de leur fille pour les études depuis que celle-ci s?était classée 2e des candidats rodriguais aux examens du CPE. Après sa performance aux examens de SC, ils ne se sont épargné aucune peine pour l?aider à atteindre son but. ?Ils ont fait beaucoup de sacrifices?, dit la lauréate. Cette étudiante du Rodrigues College avoue fièrement : ?Je n?ai pas pris de leçons depuis que je suis en Form I.? Forte de cette bourse, Mary Jane veut entreprendre des études de médecine. "La recherche m?intéresse.? David Leong-Lone, pour sa part, le lauréat côté garçon du Rodrigues College, songe à devenir ingénieur informaticien. Il dit avoir été bien encadré par ses parents, tous deux enseignants. Avec conviction, les deux boursiers affirment qu?ils reviendront pour mettre leurs compétences au service du pays. Rodrigues, disent-ils, manque de cadres dans certains domaines. ?L?autonomie a été enclenchée mais n?a pas encore pris son envol. Il faut mettre l?emphase sur l?éducation et la formation?, dit le jeune homme. Selon lui, il devient urgent d?ouvrir une antenne de l?Université de Maurice dans l?île. ?Il y a beaucoup de jeunes capables. Il faut élargir l?accès aux études supérieures à un plus grand nombre de school leavers?, dit-il. Les deux lauréats pensent que les dirigeants doivent encourager les gradués à rentrer au pays.
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