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Au-delà d’un certain nombre, d’anciens peuples disaient beaucoup, leur cerveau n’arrivant plus à comptabiliser une suite de chiffres dépassant de loin leur capacité à appréhender la quantité.

Le cerveau humain de 2009 mesure-t-il mieux « l’étendue » de 93 millions d’euros, montant du transfert record de Cristiano Ronaldo de Manchester United au Real Madrid ? Le moment de joie ou de déception passée, pro et anti Ronaldo ne peuvent qu’être assommés par l’énormité de la somme mise en jeu par Florentino Perez pour s’attacher les services d’un des plus grands attaquants au monde. Et si on y ajoute la somme dépensée pour s’attacher ceux du Brésilien Kaka, ce sont 158 millions d’euros que le président du Real Madrid a déboursés. Sans compter le salaire annuel de Ronaldo : 11 millions d’euros !

Alors que le monde entier subit depuis près d’un an les coups et contrecoups de la crise financière, que les perspectives se sont assombries, que l’avenir n’inspire plus confiance, l’univers du foot semble lui poursuivre son existence au-delà de notre temps et de notre espace dans un monde parallèle ne connaissant visiblement pas les souffrances et vicissitudes du commun des mortels.

Pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont bien les anonymes composant cette masse appelée commun des mortels qui vouent un véritable culte à ces stars, héros et demi-dieux des temps modernes qui dans la majorité des cas n’ont cure de leur existence. Et ces anonymes eux mènent le plus souvent une existence difficile, comparable à un combat quotidien. Combien de vies leur faudrait-il vivre pour économiser un centième de ce que totalise ce transfert record ?

Si ce n’est pas là de l’absurde, qu’est-ce alors ? Si ce n’est pas de l’égoïsme, du mépris tout simplement pour la condition humaine, la vraie, celle qui a pour théâtre la vie dans ce qu’elle a de plus crue - la lutte pour la faim, pour la santé, pour l’éducation, pour l’environnement, pour l’énergie propre – qu’est-ce alors ?

Faut-il s’extasier devant cet étalage de richesse – qui repose de plus en plus sur l’endettement – ou s’interroger plutôt sur l’infantilisme des foules et d’une société qui ont besoin d’amusements onéreux pour s’aider à vivre, quitte à vivre dans la pauvreté voire l’extrême pauvreté ?

Le sport-business a atteint un point de non-retour : il est en pleine dérive, confondant quantité et qualité, résumant tout aux chiffres et au nombre de zéros qui affolent les calculatrices. Nous sommes en pleine…débauche de moyens !

Combien d’êtres humains meurent en Afrique tous les jours faute de vaccins ? 0,18 $ (Ndlr : 0, 128 euro) représente le prix d’une dose de vaccin contre la rougeole, qui protège les enfants de cette maladie dont les complications sont souvent mortelles.

En février 2000, devant la Commission du Développement du Parlement européen, M.Gakunu, au nom des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, dénonçait l’incidence de l’Accord sur les Droits de propriété intellectuelle (ADPIC) - et de son volet relatif aux brevets - sur le prix des médicaments, c’est-à-dire la mort, chaque année de 15 millions de personnes victimes de la tuberculose, du paludisme et du sida, dont 3 millions meurent faute d’avoir accès aux médicaments trop chers pour eux. (Sources : Raoul Marc Jennar, Le Grand Soir).

Quitte à nous répéter, n’y a-t-il pas des besoins plus urgents, des priorités plus criantes face auxquels une telle absurdité est comparable à un crime contre l’humanité ?

Lire aussi la chronique d'Azmaal Hydoo : "Architecte des temps modernes" dans Lékip du vendredi 12 juin.

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