Une atmosphère largement modifiée

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Quelle que soit l’opinion que l’on se fasse sur ses motivations premières, son opportunité ou même son efficacité éventuelle, le retour de sir Anerood Jugnauth dans l’arène modifie du tout au tout l’atmosphère politique à Maurice. Ses effets se font déjà ressentir dans l’opposition. Ils marqueront inévitablement le gouvernement dans la conduite des affaires publiques.

Dans l’opposition, le come-back de sir Anerood équivaut à une résurrection inespérée pour le MSM, donnant une nouvelle vie au parti, moribond l’an dernier après l’affaire Medpoint et sa sortie en catastrophe du gouvernement. Le « facteur SAJ » (qui pèse toujours d’un poids certain, à en juger par l’excitation créée vendredi) permet au MSM d’obtenir aujourd’hui une super-prime équivalent à la moitié des tickets, plus le prime ministership initial – un pactole absolument hors de proportion avec la représentation effective de ce parti et très largement supérieur à ce que le MSM a pu, hier, négocier (ou aurait été demain en position de négocier) avec le PTr.

Une fois encore, SAJ a su exploiter à fond le talon d’Achille de Bérenger : Un demi-million de Mauriciens croient désespérément en Paul Bérenger mais Bérenger ne croit pas en lui-même. Dans ces conditions, évoquer actuellement « l’euphorie MSM » doit constituer le « understatement of the year » !

Le come-back de SAJ et la reconduction des accords de 2000 remettent aussi le MMM sur le pied de guerre et vont nécessairement radicaliser la stratégie, le ton et la démarche du parti face au régime. Depuis près de deux ans, le MMM s’était réfugié, vis-à-vis de Navin Ramgoolam, dans une ambivalence stratégique et un opportunisme tactique choquants, déstabilisants. Ses initiatives visaient davantage à partager le pouvoir qu’à le conquérir. Ses interminables calculs et tractations avec le Premier ministre sous toutes sortes de prétextes, son double langage évident (vomissant sur le MSM et l’empire Jugnauth pendant des mois, puis réhabilitant publiquement ce parti aussitôt hors du gouvernement), avaient fini par décrédibiliser largement l’action du MMM. Les évènements actuels devraient apporter plus de cohérence et de rationalité dans ses postures.

Bérenger est clairement exaspéré des interminables hésitations de Ramgoolam, jugeant celui-ci plus occupé à gagner du temps, à jouer au plus fi n et à rouler ses adversaires qu’à prendre des engagements concrets. Avec la démission de SAJ du Réduit, survenant après la démission de Pravind Jugnauth du gouvernement, le MMM a réalisé deux objectifs essentiels : fragiliser Ramgoolam et ramener le MSM solidement dans l’opposition. Il dispose maintenant (et commodément) de plusieurs leviers additionnels de pression sur Ramgoolam.

Toutefois, SAJ est loin d’être dupe. Le vieux renard va désormais tout faire pour amarrer le MMM dans une opposition virulente, totale, sans compromis face au gouvernement, radicalisant le langage des opposants, démolissant au passage les « rapports privilégiés » qu’entretiennent Bérenger et Ramgoolam avec leurs incessants appels du pied sous la table. SAJ n’a pas, en effet, avec Ramgoolam, la même « love-hate relationship » qui lie Bérenger au PTr. Il a, en fait, transféré sur le fils, dès 1990, la profonde hostilité qu’il entretenait depuis les années ‘60 pour sir Seewoosagur et n’a jamais dissimulé sa détestation viscérale pour Navin Ramgoolam. L’ex-président va donc embrigader le MMM dans une lutte sans merci contre le régime et tenter de brouiller irrémédiablement les voisins de Riverwalk. Toute sa stratégie en dépend.

Au gouvernement, si on minimise l’impact du retour de SAJ, le Premier ministre n’est pas non plus un innocent. Il mesure bien la menace directe que pose un challenger qui a un tout autre style, SAJ se positionnant comme un « no nonsense achiever » reprochant à son vis-à-vis de n’être que « All talk and no action ! ». Le PM ne sous-estime pas, non plus, les réseaux Jugnauth dans le pays, tissés en 15 ans de pouvoir. Ramgoolam sait aussi dans quelle direction SAJ veut entraîner le MMM qui, jusqu’ici, ne lui faisait pas beaucoup de misères et avec lequel il avait toujours maintenu une avenue de communication.

Ayant laissé passer sa chance d’un accord avec le MMM, Navin Ramgoolam va donc, pour l’essentiel, devoir désormais gagner du temps, avoir SAJ à l’usure avec le passage du temps, jouer « l’avenir contre le passé » et rameuter toutes les vieilles phobies anti-Bérenger. Il dispose sur le papier de trois ans et demi pour retourner la situation, renverser la table sur SAJ et briser la nouvelle alliance MMM-MSM. Toutefois, l’accumulation de problèmes sociaux et économiques au quotidien mine son régime, ébranle la confiance publique. Le Premier ministre n’aura, pour parade face au déferlement de reproches de SAJ, que de gouverner davantage, mieux, plus vigoureusement, et de décider plus vite.

SAJ a touché un nerf sensible, en opposant l’action aux discours. C’est là son atout principal : la nation veut aujourd’hui des résultats, pas d’autres promesses. Peut-être, dès lors, les événements aiguillonneront-ils le régime dans le sens d’un « rethinking » radical de ses priorités. Navin Ramgoolam, en tout cas, ne pourra plus dormir tranquille : au château, les premiers coups de bélier retentissent. L’ennemi est désormais à ses portes.

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