Sucre : M. le Président, cessons de rêver !

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«We are very concerned with the conclusions of a study by the Commission published last December […] I would therefore urge the European Parliamentarians and all other institutions concerned to consider reviewing the decision to abolish the sugar quotas. »

Cet extrait du discours du président de la République, Kailash Purryag, prononcé mercredi devant des délégués ACP-UE de l’Assemblée parlementaire paritaire, traduit certes la volonté de Maurice de tout tenter (même l’impossible ?) pour repousser l’échéance 2017, mais il souligne surtout une méconnaissance des mécanismes et des réalités européens.

Sans doute Kailash Purryag a-t-il été mal conseillé, sinon il aurait compris que l’Europe ne reviendra jamais sur l’abolition des quotas sucre, précisément parce que c’est une décision prise conjointement par les trois principales institutions de l’Europe (la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil des ministres européens). Les faits sont clairs et irréversibles : la réforme sucrière a été discutée dans un cadre beaucoup plus large, soit la réforme de la politique agricole commune (PAC) de l’UE. Ces discussions sur la PAC ont débuté fin 2010 et se sont terminées en juin 2013, soit deux ans de discussions vraiment ardues, entre la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil des ministres européens.

Ceux qui travaillent sur le dossier sucre, qu’ils soient dans le public ou le privé, doivent enlever leurs lentilles insulaires et épouser le fait que la réforme de la PAC porte sur toute la production agricole du Vieux Continent (céréales, lait, apiculture, vin, etc.). C’est un très, très vaste chantier. L’étude d’impact de la commission en 2010 prévoyait que l’abolition des quotas entraînerait une baisse drastique des prix jusqu’à 389 euros la tonne pour le sucre blanc. L’étude sur les prévisions des prix est un exercice annuel. Celle de 2013 dont on parle à Maurice ne fait que confirmer l’étude d’impact de 2010 ainsi que l’étude sur les prévisions de prix de décembre 2012, dont l’express avait fait état l’an dernier, avant tout le remue-ménage actuel...

Les prix moyens publiés par la commission sont déjà passés de 738 euros la tonne de sucre blanc à 627 en décembre 2013. Le marché anticipe déjà la fin des quotas. Et les prix continueront de baisser, peut-être pas aussi bas que 400 euros la tonne, comme mentionné par Kailash Purryag. En revanche, notre président a raison d’insister sur le rôle multifonctionnel de la filière sucre.

Aujourd’hui, plus que jamais, il y a nécessité de sortir pour de bon du cadre « trop douillet » du Protocole sucre et des autres privilèges disparus, de dépolitiser le dossier sucre, améliorer notre efficience, cerner les causes du retard dans la production d’énergie et d’éthanol par exemple, et essayer d’obtenir des mesures d’accompagnement. Mais sortons de notre rêve et arrêtons de quémander un impossible report concernant l’abolition des quotas.

En Europe, les betteraviers, réalistes, regardent l’avenir et non plus le passé. Ils ont lancé un programme de recherche génomique de la betterave en 2011, avec un objectif d’accroissement de rendement de 2 à 4% par an. Ils misent aussi sur les nouveaux débouchés comme les bioplastiques et le bioéthanol…

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