Poker politique

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Le regroupement de l’opposition autour du recyclage, douze ans après, du tandem SAJ-Bérenger n’était-il qu’un feu de paille destiné à propulser le 1er-Mai, un coup médiatique supposé créer une panique fatale chez les rouges ou alors y a-t-il là assez de substance pour provoquer, à terme, un véritable changement de régime ? La question taraude les esprits depuis l’hibernation de l’Alliance.

C’est, en tout cas, un indéniable mauvais signe que, si vite après, l’Alliance confrontée aux rumeurs se sente déjà obligée d’assurer publiquement que « plus que jamais » elle fait face « à aucun problème ». On ne devrait pas avoir à réaffirmer l’évidence. Le soin mis à systématiquement nier une rumeur n’a souvent pour effet que d’amplifier celleci et de l’accréditer davantage. De ce fait, le gouvernement sait déjà que la « crisis of expectations » agitant l’opposition constitue le talon d’Achille du MMM/MSM. Il ne se privera donc pas d’alimenter la thèse d’une désillusion face à l’impact décroissant de l’Alliance.

Navin Ramgoolam, prudemment, a choisi de laisser passer l’orage. Le Premier ministre en a, certes, été quitte pour quelques grosses frayeurs: le retour de SAJ a troublé son électorat ; l’évènement a perturbé ses soutiens ruraux et alimenté tous les appétits.

Mais ces mouvements d’humeur sont désormais derrière lui. Ceux qui gravitent traditionnellement autour du pouvoir ont une particularité: ils sont maîtres dans l’art de humer l’air du temps, de déterminer où souffle le vent. Jouant la prudence, ils optent pour le certain contre l’incertain, la promesse de l’avenir contre la nostalgie du passé. Les rangs de la majorité (et ses chances de survie) sont donc demeurés intacts.

SAJ, lui, a clairement surestimé son pouvoir d’attraction actuel, après neuf ans d’éloignement. Son absence du Parlement le prive du champ de bataille effectif ; ses moyens d’intervention sont limités. Il a promis des renversements de loyauté qu’il n’a pu aligner et confi rme, du coup, ce que beaucoup savent : que quand on a été au sommet de son art, il n’y a rien de plus difficile à effectuer, des années après, qu’un come-back au même niveau.

Bérenger, pour sa part, est trop fin politiquement pour ne pas déjà sentir que l’effet initial est passé, que l’Alliance piétine et qu’il faudra accélérer pour faire repartir l’intérêt. Seule la perspective des municipales garde peut-être vivante l’Alliance, mais celle-ci ne survivrait pas à une mauvaise performance électorale.

Avec sa franchise coutumière, SAJ n’aide par ailleurs pas son allié en plaçant l’alliance dans une stricte perspective d’intérêts et d’ambitions personnels. En déclarant, dans Week-End, que « Bérenger a intérêt à aller avec le MSM, car il serait sûr de redevenir Premier ministre alors que Ramgoolam n’acceptera jamais de partager le pouvoir » et en insistant sur le fait que « tant que Bérenger est son challenger, Ramgoolam n’a aucune crainte » à avoir quant à sa réélection, sir Anerood Jugnauth souligne, au grand dam de Bérenger, que pour le leader du MMM le chemin du pouvoir passe obligatoirement par lui. Bérenger n’aurait presque plus, dans ces conditions, qu’à dire merci ! Pour être encore plus précis, SAJ affirme (presque comme une menace) que le MSM a, en 2010, fait alliance avec le PTr « parce que le MMM n’a pas voulu du MSM ». A bon entendeur salut !

Le calcul MSM souffre pourtant d’une faiblesse certaine: l’obsession présumée de Bérenger pour le poste de Premier ministre, l’acculant donc à toutes les concessions. Or, le leader MMM depuis 1986 a cent fois démontré par ses positions de négociations, que dans le cadre d’un bon accord, il serait prêt (presque soulagé) à servir sous Ramgoolam ou sous SAJ lui-même.

Être et ne pas être, vouloir et ne pas vouloir. La grande question de la politique mauricienne (qui restera sans doute toujours sans réponse convaincante) sera, pour moi, toujours celle-ci : au plus profond de luimême, dans le secret absolu de sa réflexion, Paul Bérenger a t il encore vraiment - mais alors vraiment - l’envie de redevenir Premier ministre ? Ou alors n’est-il plus porté que par les évènements et l’attente irrépressible, presque compulsive de ses partisans ? Si la réponse est ce que je crois, SAJ pourrait, dès lors, dans ce poker politique, avoir annoncé au-dessus de ses moyens !

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