Nouveaux opportunistes

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L’Europe nous renvoie quelques images significatives cette semaine. En France, au-delà de la débâcle électorale de la gauche, les municipales soulignent surtout la montée en puissance du Front national (FN). Aujourd’hui, le parti des Le Pen n’a plus un vieux loup octogénaire à sa tête, mais une pétillante Marine Le Pen qui peut aspirer, en toute légitimité, à devenir présidente de la France en 2017 !

Et du coup, cette stratégie lepéniste, qui colle bien aux difficultés économiques que traverse la France, affecte à la fois le Parti socialiste (PS) et l’UMP, obligés eux aussi de se replier, de repenser leur discours, de fermer les frontières, d’adopter un discours nationaliste, radical, voire intolérant. Le bouillant Élie Brun, un maire sortant, ancien de l’UMP, platement battu par le candidat du FN, n’a-t-il d’ailleurs pas lâché, cette semaine, à propos des musulmans français (qu’il soutenait pourtant activement durant la campagne) : « Avec ce que j’ai fait pour eux (…) ils iront faire leur mosquée tous seuls, qu’ils m’emmerdent plus.» Après leur défaite, beaucoup de politiciens non-extrémistes réalisent de plus en plus qu’une part grandissante des Français croient que seul le FN peut sauver la France.

Ainsi, pour contrer la poussée du FN, le PS ressort son mantra fondamental : «Il faut adhérer à l’Union européenne.» Mais cela ne va pas marcher ; force est de constater qu’en France, comme ailleurs en Europe, les partis de l’extrême droite, les eurosceptiques et ceux qui sont contre l’immigration illégale (l’immigration légale devient, elle, de plus en plus contrôlée, régulée, voire ciblée) sont en nette progression depuis une décennie au moins. À ce sujet, qui pensait vraiment que des milliers de signatures sur une pétition en faveur de notre compatriote Yashika Bageerathi allaient émouvoir le Home Office britannique dans le contexte actuel ?! L’européisme est présenté par les communicants comme une «ouverture sociale et prospère». Ce n’est pas vrai, l’Europe est tout sauf sociale et prospère en ce moment...

***

Et l’Europe a besoin d’un partenaire important comme l’Afrique - un continent courtisé par tous les autres actuellement. À Bruxelles, le sommet entre dirigeants européens et africains préconise un «partenariat effectif, pas paternaliste», pour reprendre les termes du Premier ministre Navin Ramgoolam, au sortir du sommet. Pour sortir d’une relation historiquement basée sur le colonialisme, puis l’aide au développement et à la coopération et pour arriver à une relation saine entre partenaires égaux basée uniquement sur le commerce et l’investissement, la route, au-delà des discours, est longue, et compliquée.

C’est vrai que depuis une dizaine d’années, l’Afrique n’est plus représentée, dans les médias internationaux, comme une terre damnée, mais davantage comme la deuxième zone de croissance mondiale (après l’Asie), ou encore «la dernière frontière du développement», d’où l’intérêt des nouveaux profi teurs. C’est aussi vrai que depuis la fin de la guerre froide, l’environnement politique, économique et sécuritaire de l’Afrique a subi d’importants changements. Et ces progrès démocratiques, couplés à une croissance économique soutenue et à un réservoir de consommateurs qui ne cesse de s’agrandir, provoquent un optimisme généralisé quant aux perspectives du continent, alors même qu’à l’intérieur de l’Europe on se fait moins accueillant.

Et il y a le revers de la médaille qu’on ne devrait pas occulter. La crise économique mondiale, combinée aux défis existants et émergents tels que le changement climatique, l’insécurité alimentaire et les pénuries d’eau, menace d’entraver et, dans certains pays, d’inverser les gains politiques et économiques réalisés au cours de ces dernières années. Plusieurs défis humains, voire humanitaires, guettent l’Afrique et si ces défi s ne sont pas pris en compte, tout projet de développement pourrait être durablement compromis.

Si, sur papier, les deux continents sont condamnés à travailler ensemble, est-ce que la politique prônée par des partis d’extrême droite, comme le FN, ou par des eurosceptiques peut rapprocher réellement les peuples et revoir leur politique sur l’immigration ? L’idée devrait être de privilégier le moyen et long terme, et non pas le court terme basé sur la peur de l’autre… La vraie question demeure : que feront les nouveaux opportunistes européens si l’Afrique devait, à nouveau, sombrer ?

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