Notre petit livre blanc (II)

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Du rarement vu à Maurice : les trois principaux propriétaires de partis applaudissent, à l’unisson, le livre blanc sur la réforme électorale. Fait suspicieux : ils souhaitent rapidement un projet de loi pour aller jusqu’au bout de cette réforme, largement saluée, et sans doute salutaire pour débloquer un système électoral inique, hérité de l’ère coloniale. Est-ce parce que le livre blanc qu’on nous a offert, in extremis, cache un piège pour notre démocratie ?

A bien voir, un aspect important du document semble échapper au grand public : il s’agit de l’omnipotence des Ramgoolam, Bérenger et Jugnauth dans l’allocation des 16 à 20 sièges additionnels. Ce pouvoir accru se fera au détriment du peuple, qui ne sera pas partie prenante de la décision sur l’identité des députés additionnels. Ainsi sur un Parlement de 82 députés (le lobby pour désigner 20 députés additionnels au lieu de 16 députés semble bien parti pour l’emporter), quelque 24 % seront redevables, non pas à leur électorat, mais exclusivement à leur chef tout-puissant.

Cela va sans dire, puisqu’il n’y aura plus de « Best Loser System », que le chef de parti va se substituer à la commission électorale pour « pick and choose » parmi ses intimes et la bande de suiveurs perpétuellement collés à ses basques, pour nommer députés et ministres. Tel que c’est présenté dans le « White Paper », selon cette dangereuse « innovative formula » unique au monde, le chef politique aura carte blanche sur sa liste…bloquée par lui-même ! Si la commission électorale faisait appel à une logique mathématique et aux quatre cases communales – et désuètes – de notre Constitution (hindoue, musulmane, sino-mauricienne et population générale) pour nommer les Best Losers, le leader, lui, pourra faire appel à ses propres lentilles sectaires pour nommer, au moins, le double de députés. Au mieux, il pourra perpétuer le ‘divide and rule’ britannique, ou, au pire, fragmenter davantage la population, en fonction des castes, sous-castes, et autres calculs savants émanant de nos scientifiques en communalisme local.

Même s’il nous faut un large consensus pour l’avancement du livre blanc en général, il nous faut quand même rester prudent sur cet aspect de désignation des députés correctifs. On ne vit plus en temps colonial, où le droit du peuple était souvent bafoué au nom d’autres intérêts, où des gens étaient nommés à des postes de responsabilité publique sans transparence aucune.

Si on ne stoppe pas les chefs, demain un conseiller culturel, une femme d’affaires, ou un cousin germain, pourrait devenir ministre de la République, sans passer par les urnes. La tendance moderniste aurait dû être l’inverse : dans une démocratie moderne, le peuple et le Parlement ont davantage de pouvoir que l’exécutif. Faisons entendre notre voix, sinon on risque de donner notre blanc-seing à notre petit livre blanc qui, sous sa forme actuelle, semble surtout destiné aux grands partis et à leurs déjà trop puissants propriétaires…

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