Mes réflexions de créole

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Il y a de cela plus d’un an, le Père Jocelyn Grégoire lançait la motion suivante: «Que le terme population générale soit enlevé de la Constitution et remplacé par celui de créole!» Cette requête fut considérée comme une provocation par certains. Alors que d’autres trouvaient cela tout à fait légitime.

Audace ou provocation? Le père Grégoire venait ainsi irriter le gouvernement, voire l’opposition, car tous juraient par une seule mission: l’unité nationale.

Cette pétition officieuse du FCM (Fédération des Créoles Mauriciens) vint transgresser les idées prescrites par les différents partis politiques qui dirigent notre île Maurice admirable depuis quarante ans; de part la fermeté de ladite demande.

Personne n’aurait imaginé que la communauté créole s’émanciperait ouvertement. Cette communauté qui, depuis l’indépendance de l’ile Maurice en mars 1968, valsa d’un bord idéologique à l’autre, se laissant bercer par les tendances politiques, économiques et sociales du moment. Cette communauté qui a calqué son évolution à la mode occidentale, dans une île à tendance asiatique, accepta en silence les étiquettes de population paresseuse, fainéante, voire profiteuse.

Les différentes ethnies reconnues par la Constitution et inscrites sur les documents officiels sont: Hindou, Musulman, Sino-mauricien et Population Générale. L’île Maurice a l’art de ne pas froisser.

J’ai longtemps gambergé sur ce terme. A mes yeux, «Population générale», c’est tout le monde. Ce n’est qu’après l’âge de raison, que je compris que ce terme s’appliquait à moi. Car n’étant ni Hindou, ni Musulman et ni Chinois, mais plutôt un Chrétien portant un nom Hindou et ressemblant à un Musulman. Le terme prenait alors tout son sens.

Qu’il soit fils du patron et de la bonne, du contremaître et de la coupeuse de cannes, du marchand de tissus et de la petite bourgeoise, du laboureur immigrant et de la laveuse affranchie ou de l’entrepreneur et de la boutiquière chinoise, grâce à ce catalogage tout ce petit monde obtint une identité officielle. Cette «population générale» est, en fait, la représentante d’une île Maurice métissée. Pas bête celui qui a trouvé ce terme!

Or, dans une île avec un passé colonial, comme le nôtre, est «créole» celui qui est né ici de parents venus d''ailleurs. Ce n’est qu’à l’île Maurice que le nom créole est donné à quiconque étant de confession chrétienne, sauf pour les blancs et les chinois. Force est de constater que le terme est mal interprété, mal compris et donc mal utilisé.

Finalement, je ne serais pas contre le remplacement du terme «population générale» par celui de «créole». Je serais même pour l’élimination de toutes les autres appellations de communautés car en fin de compte, ne sommes-nous pas tous des créoles, ici?

Cederix Babajee

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