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Puisqu’il faut se l’avouer : aucun gouvernement ne mettra fin au monopole de la MBC – conservée jalousement par le pouvoir du jour comme une antidote contre toute pensée critique – il est alors important de prendre note des discussions autour des débats en direct de l’Assemblée nationale. Ces discussions ont maintes fois été entamées avant d’être renvoyées aux calendes grecques, reléguées par les autres feux des actualités mauriciennes.

Cette fois-ci, le public&nbspa droit à deux semaines pour se prononcer sur la motion du chef du gouvernement sur la retransmission des travaux parlementaires par la sempiternelle MBC. Comme si c’était une faveur qu’on nous faisait. Pourtant, par essence, le Parlement, c’est la voix du peuple, et son rôle c’est de contrôler l’action du gouvernement. Chez nous, il n’y a pas trop de voie pour cette voix citoyenne.

Et c’est le contraire en fait d’une démocratie qui se respecte, car c’est le gouvernement qui contrôle le législatif, étouffe la voix des citoyens et celle de la presse indépendante, et entrave une libération totale du paysage audiovisuel mauricien, rangeant Maurice parmi les pays autocratiques qui brident la presse. Ce n’est pas une surprise alors qu’on recule en termes d’avancées démocratiques dans les classements sur l’état de notre presse comprimée…

Le débat engageant nos élus du gouvernement comme de l’opposition pourrait surprendre. Car nos chers députés, à défaut d’avoir les caisses de camion tous les jours (ce qui sauve leurs gorges déployées), aiment bien s’exposer, pour rester polis, sur les écrans de la MBC. Le problème n’est donc pas d’ordre culturel.

Comme écrit, sur ce même thème, en mai 2008, sur le plan technique, ce n’est pas un gros problème de diffuser en direct les images des travaux parlementaires puisqu’il y a, en permanence, des caméras, des reporters, des preneurs d’images et de son, ainsi que des éclairagistes dans les couloirs de l’hôtel du gouvernement – ils ont accès partout, comme chez eux ! Et de toute façon, la MBC retransmet, depuis des décennies maintenant, le discours du Budget, dans son intégralité, en temps réel.

Si on possède la technologie, les ressources humaines et l’expertise requises pour retransmettre en direct une partie des débats parlementaires – on pourrait penser en priorité à la « Private Notice Question », aux questions adressées au Premier ministre et autres interpellations d’importance nationale –, cette réticence à s’exposer en direct de l’hémicycle est une bagarre politique…Ramgoolam l’a confirmé en manifestant sa crainte de donner a ses adversaires une plateforme politique - plus décente qu’un micro tendu maladroitement sur une estrade en live and direct

Dans les rangs du gouvernement, on confirme qu’on n’a pas envie de laisser le terrain audiovisuel à l’opposition – accusée d’avoir les faveurs de la presse écrite. Rien de plus faux. Le MMM et son leader autocratique sont souvent critiqués vertement dans les journaux. A tel point que quand Paul Bérenger était brièvement Premier ministre, pour manifester son désaccord vis-à-vis des journaux, il refusait systématiquement – et avec arrogance et mépris – toute demande d’interview, alors qu’il se pavanait en costumes multicolores sur la MBC.

Dans le monde, l’audiovisuel est bien plus démocratique. Depuis de longues années, l’UIP (Union interparlementaire, qui regroupe plus de 140 parlements nationaux à travers le monde) souligne l’importance de mieux vulgariser les débats des députés au grand public (par respect pour leurs salaires que nous payons de nos poches). Depuis, de manière progressive, un tiers de ses membres, parmi les plus grandes démocraties, les retransmettent en direct. L’UIP recommande « une diffusion indépendante des activités parlementaires, par des médias pluriels et libres – autant d’éléments qui donnent de la crédibilité.»

Aux États-Unis, depuis 1979, C-Span retransmet en direct les travaux de la Chambre des représentants et du Sénat. La politique du Parlement britannique, où les débats des commissions sont mis sur le site Web, est de tout mettre en libre accès. À l’opposé, en Suède, le SVT 24 Direct ne diffuse que ce qu’elle juge valable. C’est un choix. Chez nous, actuellement, un ancien influent conseiller du bureau du Premier ministre décide désormais de l’agenda de la MBC! Le 1er mai dernier, il aurait censuré les propos insultants du Premier ministre, un editing politique, pas journalistique…

Les spécialistes de la communication savent que lorsqu’un homme politique s’exprime avec sa propre voix et sous ses propres traits, il inspire plus de respect – ou de dégoût - que lorsque ses propos sont rapportés, sous le filtre complaisant des médias propagandistes. Ainsi, depuis le début des années 1990, s’affirme la tendance à ne pas rendre compte de certains événements politiques que par le seul biais des contributions rédactionnelles et à permettre au téléspectateur d’assister « en direct » à l’événement concerné. Grâce, notamment, à un développement technique fulgurant et à la progression du numérique, on compte actuellement en Europe une quinzaine de canaux parlementaires (données : Parlement européen, situation 2005). Le Parlement européen retransmet lui aussi les débats et les réunions de commissions en direct sur Internet («www.europarl.eu.int»).

À Maurice, ceux qui couvrent les travaux parlementaires savent que les députés craignent que la presse ne projette d’eux une image négative – cette crainte est totalement justifiée dans la mesure où, trop souvent, ils prêtent le flanc. D’autres vociférateurs usent d’un langage grossier qui ne fait pas honneur au Parlement. Il y a aussi eu des cas d’agression, des députés qui se font des yeux doux ou qui s’échangent des SMS aussi… Imaginez tout ça en direct, comme c’est le cas dans certains parlements asiatiques. Il y a de quoi faire réfléchir les adeptes du m’as-tu-vu-hier-sur-la-MBC. Avec « You-Tube », ils deviendront vite des comiques internationales !

L’audiovisuel est une arme à double tranchant. Et il est intéressant de voir comment le comité parlementaire va trancher la question du direct parlementaire. À moins que comme la réforme électorale ou encore l’autonomie des collectivités locales, on brandit l’épée, tel un vaillant défenseur de la cause publique. Et puis on frappe un grand coup… dans l’eau médiatique. Alors même que la communauté internationale s’étonne du traitement réservé aux journalistes qui ne cirent pas les pompes…

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