Madagascar: un jeu de massacre

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La rue gronde depuis plus de deux semaines à Antananarivo.

La rue gronde depuis plus de deux semaines à Antananarivo. Un peu moins dans les autres régions. Et comme le dit si bien l''adage africain, quand deux éléphants s'affrontent, c'est l'herbe qui est piétinée. Le conflit politique, entre le président Marc Ravalomanana et le maire destitué de la capitale Andry Rajoelina, a jusqu'ici fait des dizaines de morts, des centaines de blessés, des millions d'euros de dégâts matériels.

Tana a connu cette semaine de nombreuses initiatives de personnes de bonne volonté. Chefs religieux, diplomates en poste et émissaires de plusieurs instances régionales et internationales ont fait la navette entre les deux protagonistes dans le but de les amener à trouver une issue à la présente crise. Mais il est cependant pénible de constater en cette fin de semaine qu'aucun des deux camps n'a fait le moindre pas en direction de l'apaisement.

Le mal est, paraît-il, plus profond. A lire les éditorialistes et autres commentateurs de la presse malgache, on serait tenté de croire que, dans la Grande île, certaines institutions essentielles à la bonne marche de la démocratie n'inspirent pas confiance. Pourtant, rien ne permet d'affirmer que les élections organisées à Madagascar soient plus truquées que dans certains Etats qui se posent en champions de la démocratie. Mais comme dans bien d'autres domaines, la perception a souvent le dessus sur la réalité. Et du moment où l'électeur se croit floué, il se met à douter de la pertinence de son vote et a recours à la rue pour se faire entendre. En moins de quatre décennies - de 1972 à ce jour- le sang a coulé en pas moins de quatre reprises dans la Grande île, faisant, à chaque affrontement politique, des dizaines et des dizaines de morts.  

 L'île rouge a également, et malheureusement, du mal à adopter une culture d'alternance politique. Souvent, celui qui est évincé du pouvoir se retrouve derrière les barreaux s'il ne parvient pas à prendre à temps le chemin de l'exil. Pour mettre un terme à ce jeu de massacre, il est impérieux que les bailleurs de fonds consacrent le montant qu'il faut pour aider le pays à consolider ses institutions démocratiques. Le Malgache pourra alors retrouver la sérénité démocratique essentielle à son épanouissement économique.
   


 

Renaud MARIE

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