Les mathématiques de la politique

Avec le soutien de

Avec ses 31 députés rouges contre 28 au Remake MMM-MSM, Navin Ramgoolam ne craint manifestement pas de perdre ses béquilles bleues. Il l’avait d’ailleurs publiquement reconnu lors de la dernière célébration de Divali («mo pa bizin oken bekiy mwa !», assénait-il alors aux «Judas» qui l’entourent). Ce, bien avant d’humilier son partenaire du PMSD en jouant la carte Michael Sik Yuen, qui, lui, ne s’est pas fait prier pour abattre son jeu face à l’un des plus fidèles lieutenants de Xavier-Luc Duval, Robert Desvaux.

À bien voir, obtenir l’emblème du coq de Duval (avec ses trois députés) revêt davantage une signification symbolique pour le Remake qu’il ne représente un risque de déstabilisation pour le PTr. Le tandem Bérenger-Jugnauth, en mal de nouvelles recrues, pourrait se targuer d’avoir inversé une tendance qui a jusqu’ici tourné à l’avantage du PTr. Grâce au pouvoir d’attraction de l’appareil d’État, le PTr a facilement aimanté Mireille Martin, Jim Seetaram et Pratibah Bholah (tous du MSM), alors que l’opposition, malgré ses nombreux effets d’annonce lancés chaque samedi quand il n’y a rien d’autre à jeter aux journalistes, n’a su magnétiser aucun des membres de la majorité gouvernementale. Demain, le parti de Ramgoolam peut toujours sortir ses crochets pour mettre le grappin sur une Aurore Perraud (certainement une cible plus facile que le fils de Fifi Henry) ou sur un Éric Guimbeau dont le soutien pour retourner l’ascenseur curepipien serait bienvenu, ou encore Francisco François dont le passage dans les rangs de la majorité pourrait consolider le pouvoir de marchandage du chef commissaire Serge Clair, actuellement suspendu aux desiderata de son rival politique, le ministre Von-Mally, et enfin sur un Cehl Meeah qui ne dira pas non à un maroquin ministériel, synonyme d’un rayonnement national qui dépassera le cadre restreint de sa circonscription de la capitale. Notre collègue Sunil Oodunt, qui a analysé les différentes permutations possibles avec le total de 69 députés que compte notre hémicycle, est catégorique : le pouvoir n’échappera pas à Navin Ramgoolam avant les prochaines législatives (voir ci-contre). Au pire, Ramgoolam disposerait d’une avance d’un député, soit le même Michael Sik Yuen qui vient réactualiser le terme peu glorieux de «ministre indépendant», que d’aucuns au MMM connaissent bien pour l’avoir pratiqué…

* * *

Combien de fois Xavier-Luc Duval et Paul Bérenger ne se sont-ils pas copieusement insultés avant et surtout depuis l’étranglement manqué (dans les couloirs du Parlement) du premier par le second ? Si c’est le patronyme Duval qui est à la base du rapprochement avec les Jugnauth et Bérenger pour contrer la dynastie Ramgoolam, depuis quand le fils de sir Gaëtan n’a-t-il plus honte de s’appeler «Duval» ?

Il existe désormais un programme, mis en place par un de nos compatriotes à Harvard pour le compte de Google, qui permet de compter le nombre de fois qu’un terme ou mot est utilisé afin de dégager des tendances historiques. Le «N-Gram Viewer» de notre compatriote Jean- Baptiste Michel (conçu avec son ami Erez Aiden) nous révèle que les mathématiques peuvent aider à comprendre le monde et ses acteurs. De nos jours, à l’ère des «Big Data», il est devenu possible d’analyser les tendances ayant défini les sociétés et leur contexte, bref d’utiliser les mathématiques pour une compréhension plus large des phénomènes humains. Chez nous, le nombre de fois que les mots «Ramgoolam», «Jugnauth», «Bérenger» et «Duval» ont été associés à notre courte histoire politique est largement supérieur à la somme totale de tous les autres patronymes réunis. Ce sont toujours les mêmes qui jouent et gagnent, même quand ils perdent !

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