Les béquilles orange…

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Avec les premiers effluves du parfum électoral, Ramgoolam confirme ce que les Mauriciens savaient. Son alliance inattendue avec le MSM aux élections 2010, son étonnante générosité dans l’attribution de 18 tickets à un parti sans poids solide sur l’échiquier répondaient uniquement à une tactique : se munir des béquilles orange pour arriver au pouvoir. Le stratège avait vu juste. La victoire a suivi, la lune de miel fut de courte durée, une année plus tard, l’alliance de l’avenir ne comportait que deux couleurs et le PTr marchait allègrement sur ses deux pieds tout en abandonnant les béquilles (qui avaient vite fait de retrouver la chaleur des bras mauves accueillants) au profit de quelques transfuges virant rapidement au rouge et heureux de s’asseoir dans leurs nouveaux fauteuils de ministres et PPS.

À écouter Ramgoolam ces jours-ci, il n’aura besoin d’aucune béquille cette fois. Mieux, il veut répéter sa performance de 2005, dit-il. Conclusion du moment : ni le MSM ni le MMM ne monteront dans le navire rouge (il est peu probable qu’il exclut également le PMSD). Mercredi dernier, le Premier ministre voulait être encore plus explicite : «Se marier, divorcer, se remarier, redivorcer pour se remarier et pour divorcer bientôt. Avek mwa kan ou ale ou al enn sel ale.» Un message clair envers l’opposition qu’il qualifie d’ailleurs de stérile. Si le durcissement du ton de Ramgoolam traduit les premières salves d’un rapport de forces, ses adversaires affûtent également leurs armes en multipliant les meetings dans l’attente du retour de Bérenger dans le siège de leader de l’opposition à la prochaine rentrée parlementaire. 

Et du coup les béquilles qui ont servi à Ramgoolam aux dernières législatives prennent de l’importance aux yeux du MMM, avec son leader qui parle du remake comme d’une alliance imbattable. Car chez les Mauves, la victoire répondrait d’un calcul mathématique : avec 43 % lors du dernier scrutin, le MMM compte sur un faible pourcentage supplémentaire que devraient rapporter (selon lui) le remake et son pion principal, SAJ. C’est ainsi qu’à Rivière-du-Rempart, Bérenger qualifie l’alliance MMM/MSM de «electoral winner» et dit connaître la force des Mauves. Sauf que la politique n’est pas uniquement une question mathématique. 

Et Ramgoolam l’a souligné à Kewal Nagar en faisant allusion à une conversation qu’il avait eue avec l’ancien président français Jacques Chirac après sa victoire : «Il m’avait félicité et m’avait avoué qu’il avait suivi de près le déroulement de ces législatives. L’ambassade de France à Maurice lui avait alors informé que j’étais populaire mais que mathématiquement, il était impossible pour moi de remporter ces élections. Je leur ai montré que cela était possible. Je referai la même chose en 2015, sans béquilles.»

Si le contexte n’est plus le même – en 2005, le PTr avait réuni toutes les forces de l’opposition (Madun Dulloo, Sylvio Michel, Rama Valayden) alors qu’en face Bérenger en alliance avec le MSM se présentait comme Premier ministre, cette fois, c’est le match SAJ/Ramgoolam (leur profil psychologique ne souffrira pas d’une campagne castéiste) qui va se jouer. D’où les tirs hebdomadaires des deux camps qui s’intensifient, à l’exemple d’Abdoolah Hossen qui a qualifié le challenger de Ramgoolam de «produit invendable» hier matin en conférence de presse. Il semble donc que les échauffements ont commencé pour le scrutin de 2015. Mais on est à Maurice. Un revirement est toujours possible. À travers une éventuelle réforme électorale par exemple…

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