Les béquilles ne sont plus là

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Navin Ramgoolam affirme qu’il ne cherchera pas à s’appuyer sur des béquilles pour affronter les législatives de 2015. Ces mots n’ont sans doute pas été prononcés par hasard. Ils pourraient bien cacher une réflexion secrète du leader du Parti Travailliste.

Personne ne lui a demandé s’il envisageait de prendre ou non un allié en vue des prochaines élections. Alors, s’il en parle, c’est que cette question le préoccupe, au point qu’il l’évoque alors que le contexte ne le justifie nullement. On peut penser que son allusion aux béquilles révèle un désir inconscient. Le leader du PTr échafaude-t-il une nouvelle alliance ?

Un décryptage même sommaire du discours qu’il a prononcé mercredi à Kewal Nagar montre que Navin Ramgoolam a longtemps cogité sur la pertinence d’une alliance. Il prend la chose au sérieux. Il y a consacré une large partie de son discours, qui se voulait un hommage à son père.

Parlant de sa cote de popularité personnelle, il a essayé de (se) convaincre en racontant, comme à son habitude, une anecdote. Lors d’une réunion officielle, l’ancien president français Jacques Chirac lui aurait confié qu’il avait appris qu’en 2005, le futur Premier ministre était populaire mais qu’il était mathématiquement impossible pour lui de remporter les élections. Ainsi, soutient le leader des rouges, la logique cartésienne ne s’applique pas à lui, et il entend le prouver à nouveau en 2015 en remportant les élections sans béquilles.

Navin Ramgoolam a raison sur un point. Il est absurd de bâtir des stratégies politiques sur des thèses strictement mathématiques. En effet, la logique rationnelle montre ses limites en politique. C’est la tyrannie des sentiments, des passions, et de l’argent depuis que l’engagement s’est effrité, qui determine l’issue des élections. Seuls les naïfs croient que l’on peut prédire le résultat des élections avec une calculette à la main.

Mathématiques ou pas, Navin Ramgoolam n’a pas beaucoup d’autres choix que d’aller seul aux élections. Tout au plus, il se munira de son appendice bleu. Sans plus. Car, entre lui et son ex-allié, le MSM, il y a désormais la fosse infranchissable de la clinique MedPoint. De même, une entente rouge-mauve est improbable. Plus que jamais, tout sépare les dirigeants des deux partis. Ils ont des cultures différentes de l’action politique, ainsi que des rythmes et des styles qui les rendent incompatibles. De plus, des obstacles insurmontables nommés Jeetah et Bunwaree bloqueront la concrétisation de toute alliance PTr-MMM.

Navin Ramgoolam a sans doute pris conscience du fait que dans l’état actuel des choses, il n’a pas une grande marge de manoeuvre même s’il voulait contracter une alliance préélectorale. Maintenant, il lui reste une carte maîtresse, la reforme électorale. Personne ne croit que le temps qu’il met à accoucher de ce projet de réforme est lié à la recherché d’un système équitable et représentatif. Ces slogans joliment formulés ne nous font pas oublier le fait que le leader du PTr est avant tout soucieux de trouver une formule de survie politique.

À la fois grand séducteur et grand maître de la division, il peut encore sortir des lapins de son chapeau. Telles les mythiques sirènes qui attiraient les navigateurs vers les rochers, il peut attire les acteurs du remake vers une mort certaine. Il remportera alors les élections de 2015 sans béquilles, mais ce ne sera qu’une victoire par défaut.

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