La reprise du spectacle

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Bon nombre de citoyens blasés n’attendent rien de la rentrée parlementaire de ce mardi, jugeant que ce ne sera qu’un éternel recommencement. Le mauvais cinéma auquel nos politiciens les ont habitués a eu raison de la crédibilité de l’Assemblée nationale. La plus grosse surprise fut le revirement de situation dans ce qui fut appelé le scandale du siècle, l’affaire Medpoint, quand l’opposition parlementaire, représentée alors par un MMM foncièrement virulent envers le MSM, décida ensuite de changer son fusil d’épaule pour concentrer tous ses tirs sur le gouvernement. Cela, avant de se précipiter ensuite dans les bras de ce même MSM, entre-temps hors du pouvoir qu’il combattait.

Ajoutée à cela, la toile de fond de nombreuses sessions de koz-koze entre Ramgoolam et Bérenger a contribué à renvoyer une image floue de l’opposition parlementaire qui donnait l’impression de rechercher une alliance à tout prix avec un gouvernement. Un gouvernement qui préférait ce genre de jeu à la gestion des affaires du pays. Comme pour rendre encore plus opaque la situation, il aura fallu deux votes pour confirmer, à nouveau, un Remake, à l’origine déjà voté, soit celui du MMM-MSM. Sans compter les déclarations d’un Bérenger qui a admis publiquement l’échec de sa stratégie («Nous avons essayé de toucher la responsabilité morale de certaines personnes au gouvernement. Nous n’avons pas réussi»), allant jusqu’à avouer deux autres surprenantes options : aller seul aux législatives ou reléguant le MSM au statut de junior partner.

Tout ça a fait un peu désordre et c’est dire qu’aujourd’hui, malgré le vote de l’Assemblée des délégués du MMM, hier, en faveur du Remake, il est difficile d’affirmer que cette alliance mauve-orange résistera aux vents futurs, surtout après l’inculpation de Pravind Jugnauth dans l’affaire Medpoint. En sus, tous ont les yeux rivés sur le livre blanc (dont la publication est prévue en début de semaine) du gouvernement et se demandent si cette éventuelle réforme électorale ne va pas augurer d’autres avenues d’alliance, dans la perspective des législatives prévues l’an prochain.

Du coup, le Parlement perd de son décorum aux yeux du public qui estime que c’est une perte de temps d’assister à ces joutes qui n’ont d’importance que pour la galerie. Pourtant, la reprise de l’Assemblée nationale devrait nous interpeller tous, parce que : (i) Nos honorables sont des élus payés des fonds publics, donc notre argent (ii) L’on peut identifier très vite qui sont ces députés/ministres qui travaillent pour le bien-être des citoyens et qui sont ces autres qui font partie du décor sans jamais oser une interpellation/opinion (iii) En l’absence d’une vraie freedom of information act, le Parlement demeure l’uniquerecoursquipermetauxministres d’être confrontés à des interrogations du public à travers leurs élus.

D’autant que ce ne sont pas les scandales qui manquent. Entre les travaux du Bagatelle Dam, le projet CT Power et les crevasses de la nouvelle route Terre-Rouge/Verdun, l’opposition parlementaire n’a que l’embarras du choix. Et la ministre Sheila Bappoo aura beau témoigner de son impatience pour que «les séances parlementaires reprennent» (voir texte en pages 16-17), n’empêche que ce sont plutôt les citoyens qui attendent avec impatience qu’elle nous explique comment ne pas humer un parfum de conflit d’intérêt dans l’aff aire D.Y. Patil.

Enfin, nous parlons là de ceux qui ne sont pas totalement blasés. Les autres ne trouveront, avec la reprise des travaux, ce mardi, que la prolongation de quelques épisodes d’un pitoyable spectacle…

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