L’exception mauricienne

Avec le soutien de

Les travailleurs et les syndicats se mobilisent. Ils craignent un nombre grandissant de licenciements dans les mois à venir.

Ils n’ont pas tort. Il serait puéril d’imaginer que Maurice puisse être le seul pays de la planète à ne pas subir les effets de la crise économique. Elle sera certainement affectée ; elle l’est déjà. La seule question qui demeure est celle de l’ampleur et de la durée de cette crise. Et à cette question, personne ne peut encore répondre.

Ce que nous pouvons faire cependant, c’est regarder les réalités  économiques en face afin de ne pas se tromper de moyens de défense, d’autant plus que la première est que la marge de manœuvre de l’économie mauricienne, intégrée au commerce mondial, est limitée. Quand j’écoute ce que disent les dirigeants syndicalistes et que je lis ce qu’écrivent des commentateurs, j’ai le sentiment que les uns et les autres ne saisissent pas vraiment ce qui se passe autour de nous, ou qu’ils sont d’une grossière mauvaise foi.

Sur un éventail de faits pourtant, il ne peut y avoir de controverses. Pour la clarté du débat, il est utile de les recenser. D’abord, c’est une évidence que le monde entier, les pays les plus riches comme les plus pauvres, ceux du Nord comme ceux du Sud, l’Amérique comme l’Europe, l’Asie comme l’Afrique, tous, à des degrés divers, sont affectés par la grave crise économique. Elle a commencé, il y a dix-huit mois, par une crise bancaire aux Etats-Unis ; elle a débouché sur une crise financière ; nous sommes maintenant dans une crise de développement économique mondiale sans précédent.

L’effet le plus cruel de cette crise est la perte d’emplois pour des millions de travailleurs partout dans le monde. Aucun pays n’est épargné ; le taux de chômage aux Etats-Unis, en Europe, en Chine, en Inde, jusqu’au Japon même, où l’emploi jadis était garanti à vie, atteint des niveaux inconnus depuis cinquante ans. En Amérique, il s’agit de 4,4 millions d’emplois perdus depuis le début de la récession. La perte d’emplois, parfois des deux emplois de la famille, est synonyme de misère pour des millions de citoyens.

Dans un récent rapport, l’Organisation internationale du travail estime à 32 millions les pertes additionnelles d’emplois dans les pays émergents cette année. Je regardais l’autre jour, dans la presse locale, la photo de quelques ouvrières bangladaises licenciées et j’ai pensé à 55 000 de leurs compatriotes dont les permis de travail ont été récemment révoqués en Malaisie…

Il y a un grand nombre de pays qui exportent leur main-d’œuvre et qui vivent des virements bancaires de leurs ressortissants. La somme globale de ces virements était estimée à plus de $ 300 millions en 2008. Pour protéger la main-d’œuvre locale, beaucoup de ces pays en sont à résilier les permis accordés à la main-d’œuvre étrangère. Des dizaines de milliers d’Indiens sont rentrés au pays renvoyés de Dubayy où ils gagnaient bien leur vie alors même qu’en Inde, plus de 500 000 jobs ont été perdus dans le secteur d’exportation au cours du seul trimestre 2008.

Pour le moment, l’économie mauricienne s’en tire relativement bien. Alors que la crise s’est abattue sur la planète entière, les Mauriciens n’ont pas encore subi ses contrecoups. Dans notre région, à Madagascar, à La Réunion, aux Seychelles, les effets ont été désastreux. Le président du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, disait, lors d’une conférence en Tanzanie, il y a peu, que des millions d’Africains, en particulier dans notre région subsaharienne, vont se retrouver dans la plus grande misère, au point, dit-il, de provoquer des émeutes et même des guerres.

« L’exception mauricienne » n’est pas le résultat du hasard. Au-delà de leurs incessantes querelles partisanes, de leurs guerres de places politiques, les Mauriciens devraient se réjouir de cette performance, saluée par plusieurs organismes étrangers. Elle trouve son origine - voilà ce qui va enrager les doctrinaires rouges, jaunes et autres - dans la vision du ministre des Finances, finalement soutenu par l’ensemble du gouvernement, et dans la qualité de nos institutions financières privées.

C’est l’élégant rappel que vient de faire, vendredi dernier, la représentante de l’Union européenne, Mme Claudia Wiedey, toute éloge devant les réalisations nationales. Elle rappelle la « prudence de la politique fiscale » des récentes années, laquelle permet maintenant, dit-elle, d’injecter davantage du cash dans l’économie. Elle explique que cela fait « une grosse  différence pour mitiger les effets de la crise économique globale ». Elle ajoute, et elle a parfaitement raison, que « sans les reformes économiques réalisées ces dernières années, le pays aurait été dans une situation bien plus difficile, sinon précaire ». Elle souligne également : « Le secteur financier (est) relativement sain, bien capitalisé (et) ne manque pas de liquidités ; les banques mauriciennes ont dans le passé refusé de s’engager dans le commerce de produits financiers très risqués et douteux. Cette stratégie paie aujourd’hui des dividendes. »

A ces fondamentaux, s’est ajoutée la réactivité du gouvernement en proposant un opportun « stimulus package » comme un moyen de booster l’économie. Je ne sais pas s’il sera suffisant ou si la bureaucratie gouvernementale ne freinera pas ces bonnes résolutions, mais il faut reconnaître que la stratégie est efficace. C’est en effet le meilleur moyen de soutenir l’activité économique et d’aider à sauver des emplois productifs. Il vaut mille fois mieux financer des entreprises qui créent de la richesse et des travailleurs qui produisent que subventionner des chômeurs. Bien sûr, il y a un risque d’abus. La meilleure façon de s’en prémunir, c’est de s’assurer un très haut niveau de transparence publique. Il s’agit de l’argent des contribuables, je ne vois pas pourquoi il devrait être alloué dans l’ignorance du public. Les entreprises qui ont de gros secrets commerciaux à sauvegarder n’ont pas à s’adresser  à l’assistance publique.

Dans quelle mesure sommes-nous à l’abri ? Impossible de le dire. A chaque fois que deux économistes débattent, ils nous sortent… trois opinions.

Il y a ceux qui prédisent que la crise sera longue et profonde ; il y a ceux qui disent qu’elle sera courte mais profonde ; il y a ceux qui croient que, déjà, au second trimestre de 2009, l’économie mondiale va repartir. Marc Touati, directeur de « Global Equities », auteur de plusieurs ouvrages, se range parmi les optimistes. Il écrit : « Il faut souligner (…) que de nombreuses évolutions réelles et pas seulement psychologiques sont loin d’être négatives ; elles annoncent plutôt un rebond progressif de l’économie américaine et, par là même, une bonne résistance de la croissance mondiale, mais aussi des Bourses internationales. »

Moi aussi, je suis optimiste.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires