Investissements en panne

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Parmi les nombreux facteurs de préoccupation que signalent les bilans économiques, aucun ne souligne davantage la précarité de la situation mauricienne actuelle que la baisse confirmée du taux d’investissement national : pour la troisième année consécutive, on constate une décroissance de l’investissement (-0,7% de contraction en 2010, 0% en 2011 et -0,7% à nouveau en 2012).

L’inquiétude s’amplifie quand on voit que le taux d’investissement du secteur privé (générateur d’emplois productifs à long terme), au lieu de se redresser après deux années d’essoufflement, reculera au contraire de 3,3% par rapport au niveau déjà faible de 2011.

Cela, en clair, veut dire deux choses: d’une part, que plus que jamais l’effort national de développement reposera cette année encore sur l’Etat et les grands travaux d’infrastructure, et d’autre part que, le secteur privé traînant la jambe, les emplois productifs requis pour contenir le chômage et soutenir le développement ne seront pas demain au rendez-vous. Il en résultera deux situations particulièrement dangereuses : une baisse continue des futurs taux de croissance et une aggravation prévisible des pressions sociales.

L’insuffisance de l’investissement privé ne tient pas seulement à la difficile conjoncture actuelle. L’édition 2012 des « Top 100 Companies » confirme le maintien d’une profitabilité raisonnable des entreprises.

Les projets et l’argent ne manquent pas.

D’où vient, dès lors, cette frilosité du privé ?

La décision d’investir ne s’effectue pas seulement en fonction de la disponibilité de fonds ou de considérations techniques.

Elle requiert tout un environnement psychologique propice à l’engagement de capitaux et la volonté d’innover. Or - il faut commencer à le dire sans ambages -, au fi l des années, Maurice devient de moins en moins attrayante aux yeux des investisseurs (autant locaux qu’étrangers) en raison de la dégradation continue et persistante de la bonne gouvernance publique et de l’environnement du monde des affaires. Ce sont pourtant là des facteurs absolument déterminants de l’élan national.

Un pays qui marche suppose des piliers indiscutablement solides: un cadre institutionnel et régulateur sûr et stable, la neutralité absolue et l’accountability de l’Etat, l’indépendance des organismes de contrôle, une intégrité indiscutable de la Fonction publique et de tous les officiels, la confiance publique, une direction politique et un positionnement stratégique clairs et cohérents, une perception de fairplay envers tous les opérateurs, une harmonie entre la vision projetée et l’action traduisant cette vision.

Or, à tous ces chapitres, la situation mauricienne se dégrade sensiblement. Les grandes déclarations d’intention (diplomatie économique, DTA conclus, Maurice pont vers l’Afrique, ouverture du ciel mauricien, duty free island, Maurice île durable, etc.) sont rarement suivies d’initiatives concrètes. La transparence partout recule. Le cadre institutionnel se dégrade, Maurice reculant (de 9 places) dans le classement des pays combattant efficacement la corruption et (de 3 places) dans celui du « ease of doing business ». Les nominations et considérations politiques s’infiltrent partout dans l’Etat et les corps parapublics. La fibre démocratique est mise à mal avec le renvoi systématique des élections municipales et le boycott ouvert de la presse. Les scandales sont maintenant hebdomadaires, laminant la confiance publique et celle des investisseurs dans pratiquement toutes les institutions.

Il faudrait aujourd’hui renforcer le cadre régulateur dans plusieurs secteurs, repositionner Maurice outre-mer, poursuivre agressivement des réformes structurelles « long over due » dans les télécommunications, l’éducation, le port, libéraliser la télévision.

Aller vers des investissements « de nouvelle génération » dans les services à forte valeur ajoutée, au lieu de se cantonner dans des investissements traditionnels de type IRS ou industries manufacturières, attirer de jeunes compétences étrangères pouvant contribuer au transfert de « know-how » (au lieu de retraités en quête de soleil), être vraiment à l’écoute des entrepreneurs.

Maurice doit repenser sa vision de l’investissement privé, cibler de nouveaux secteurs et réconcilier son discours et sa pratique.

Nous ne pourrons jamais devenir une « high income economy » avec des discours, des pratiques et un environnement public propres aux « low-in come economies ». En un mot, nous avons besoin d’une nouvelle philosophie de l’investissement, moins classique, plus proche des nouvelles réalités mondiales et conformes à nos ambitions déclarées.

Nous sommes observés par des investisseurs qui disposent aujourd’hui d’un vaste choix. Si nous voulons les attirer, il faut commencer à parler leur langage, à réfléchir comme eux, à agir comme eux… Sous plusieurs de ces rapports, nous sommes très loin du compte.


 

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