Excès de liquidités : nouveau foyer de tensions ?

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«Without these extra resources, the only OMOs that your Central Bank will be able to undertake will be, not Open Market Operations, but Open Mouth Operations – with no money to put where our mouth is! » Ces propos signés Rundheersing Bheenick, Gouverneur de la Banque centrale, vers la fin de l’année dernière, témoignent de l’état d’esprit à la BoM Tower face à la résurgence du problème de surplus de liquidités.

Ce début d’année a d’ailleurs été marqué par des interventions remarquées de la Banque de Maurice sur le marché, d’abord au moyen d’une reverse repo pour éponger Rs 1 milliard et, dans un second temps, à travers l’émission de Bank of Mauritius Bills pour un montant de Rs 1,2 milliard. Ce qui fait que la liquidité excédentaire qui était de l’ordre de Rs 8 milliards est retombée à environ Rs 6 milliards.

Ces incursions qui interviennent dans le sillage de la publication du programme conjoint de la Banque de Maurice et du ministère des Finances pour l’émission des obligations d’État pour un montant de Rs 34,9 milliards ont, semble-t-il, été rendues nécessaires, faute d’un accord avec le Trésor public portant sur un «frontloading» des papiers du gouvernement. Un refus qui suscite l’incompréhension dans les milieux bancaires, étant donné que le Trésor public aurait pu obtenir un meilleur taux s’il acceptait d’émettre les obligations d’État en avance sur son calendrier en raison justement de l’excès de liquidités.

La position du ministère des Finances pourrait s’expliquer par le fait qu’il juge plus opportun et moins onéreux d’effectuer des levées de fonds sur le marché international dans un environnement de faibles taux d’intérêt. Aussi longtemps que le taux de change demeure stable, il n’y a pas de souci à se faire, mais si les choses venaient à changer, le service de la dette extérieure pourrait coûter plus cher.

La mission du Fonds monétaire international qui arrive au pays, cette semaine, pour les consultations dans le cadre de la rédaction de l’Article IV sur Maurice aura, une nouvelle fois, la lourde tâche de jouer à l’arbitre. Cela après avoir essayé dans le passé de faire comprendre aux parties concernées qu’il serait souhaitable d’avoir un seul instrument de la dette, en l’occurrence les bons du Trésor, afin d’éviter toute confusion. Une recommandation qui n’a pas été retenue car la Banque centrale continue d’émettre des Bank of Mauritius Bills.

Doit-on y voir un nouveau foyer de tension entre le ministère des Finances et la Banque de Maurice à quelques jours de la prochaine réunion du comité de politique monétaire ? La question se pose d’autant plus qu’il est jugé nécessaire que pour renforcer le mécanisme de transmission de la politique monétaire, il est important de réduire le surplus de liquidités dans le circuit bancaire. Car, bien que la transmission du taux Repo à l’épargne et à l’emprunt soit efficace, le problème va se poser sur le taux interbancaire et le rendement des bons du Trésor à faible maturité qui se retrouvent sous pression en raison de l’excès de liquidités et le manque d’options de placements liquides sur le plan domestique.

Une situation qui n’a pas échappé au Fonds monétaire international qui croit savoir qu’un ajustement du mauvais alignement des taux d’intérêt favorisera une meilleure transmission monétaire et améliorera l’efficience dans le secteur bancaire. L’institution de Bretton woods a aussi déjà préconisé une libéralisation des prix administrés pour renforcer le mécanisme de transmission, voire le développement d’un marché secondaire pour la dette afin d’absorber le surplus de liquidités. Des propositions de nature très sensible, surtout s’agissant de la libéralisation des prix, qui, bien évidemment, ne vont pas se mettre en place du jour au lendemain.

En attendant, la Banque de Maurice se retrouve dans l’obligation de mener à bien son mandat qui est de veiller à la stabilité financière. Or, elle insiste qu’elle n’a pas les moyens de mener seule des opérations visant, d’une part, à poursuivre le programme de reconstitution des réserves et, de l’autre, à corriger les volatilités excessives du taux de change étant donné l’impact sur son bilan financier.

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