Espoirs incertains

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Exit le Raïs. Après trois semaines de manifestations hostiles et sans relâchement, Hosni Moubarak a fini par céder le pouvoir vendredi dernier. Trente ans que cela dure. Trente ans que l’état d’urgence pèse comme une chape de plomb sur la vie des Egyptiens.

Le ras-le-bol de la population tient surtout, selon Rashid Soobadar, ancien ambassadeur de Maurice au Caire, dans l’interview parue dans l’express iD, à une redistribution des revenus inégale qui a maintenu dans la précarité près de 40% de la population. A cela s’ajoutent le défaut de confiance dans les institutions gangrenées par le système clientéliste et népotiste de Moubarak, l’absence véritable de liberté d’information et de parole, la peur de l’usage de la force pour réprimer les réfractaires.

Un vent de changement souffle sur le monde arabe. C’est tant mieux pour la démocratie. Mais des inquiétudes persistent. L’euphorie des manifestants de la place Tahrir ne doit pas faire oublier que le plus important reste à faire.

En confiant le pouvoir au Conseil suprême des forces armées, Moubarak montre bien que c’est l’armée dont il est issu et dont il était le chef qui a toujours tenu le pays. Bien entendu, l’heure n’est pas au pessimisme car les yeux sont rivés sur l’ensemble du monde arabe et la junte menée par le maréchal Tantaoui a déjà donné des gages clairs quant à la remise du pouvoir aux civils via des élections dans six mois.

Il est un fait notable sur le continent, que corrobore le cas égyptien : l’armée, de laquelle était issue une ribambelle de trublions putchistes et opportunistes, joue de plus en plus son rôle initial de garant de la sécurité jusqu’à devenir l’acteur clé de nombreuses transitions (Mauritanie, Guinée, Niger).

Toutefois, l’espoir ne chasse pas les incertitudes. Parce qu’en Egypte «l’armée est associée non seulement au pouvoir mais aussi à la gestion de l’économie et ses bénéfices», le professeur et directeur du programme méditerranéen de l’Institut universitaire européen, Olivier Roy, s’interroge dans les colonnes du quotidien français Le Monde sur la capacité «de la demande de démocratie [...] à dépasser les réseaux complexes d’allégeances et d’appartenances à des corps sociaux intermédiaires» dont l’armée, la dixième du monde par son effectif.

La pression des civils, même si elle devrait s’essouffler avec la reprise attendue et espérée des activités sociales et économiques, ne devrait pour autant pas retomber complètement. La rue a repris de la voix et entend bien préserver les nouveaux droits acquis par la contestation. Il faudra, cela dit, de la patience car la demande de démocratie ne pourra être totalement satisfaite si vite. La démocratie devra en effet reposer sur un socle important : une classe moyenne encore restreinte chez les Pharaons contrairement à la Tunisie. Et dans le court terme, l’armée est prévenue : «Si l’armée ne remplit pas nos exigences, notre soulèvement et ses manifestations concrètes repartiront de plus belle», lance, dans Le Monde, Safouat Hegazi, l’un des chefs de fi le de la contestation.

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