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En vérité : Moteurs économiques

22 avril 2013, 08:17

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L’acte fondateur de «l’express», le premier éditorial, daté du 27 avril 1963, est emphatique : «Parce que nous croyons fermement que l’ignorance des nécessités économiques n’est pas le moindre des maux qui affligent notre pays, notre action fera une grande part à l’étude et à la considération économique.» Depuis cette date, «l’express» s’engageait résolument dans une longue campagne, réussie, pour contrer la sinistrose engendrée par Titmuss-Meade, démontrer l’absolue nécessité de l’industrialisation et la folie d’une politique basée sur le seul «King Sugar».

 

A un moment où l’actualité, quant à elle, semble plus focalisée sur Whitedot/Sunkai, les amants meurtriers de Petit Raffray, voire les meetings du 1er Mai, il est pertinent de rappeler à la réalité économique, qui, en fin de compte déterminera mieux que la petite actualité, ce que nous serons demain.

 

Je vous suggère quelques pensées rapides. Mais importantes.

 

D’abord la notion de la productivité. Tant décriée ! Ce dimanche, j’ai dû encore descendre à Riche Terre, pour faire ce texte parce que depuis des semaines, mes deux connexions Internet résidentielles ne marchent pas ou alors seulement très épisodiquement. Le rapport Ookla nous classant à la 131èmeplace mondialement est peutêtre «bon pour la poubelle» (ministre dixit), mais la productivité nationale reste toujours la capacité accumulée du pays de pouvoir agir de manière efficiente et une connexion Internet lente (ou inexistante) est un handicap et résulte en des coûts dont on pourrait se passer. Comme mon essence du jour. Il faut noter à cet effet, que depuis le titre de «l’express» en page 1, il y a quelques semaines, notre classement Ookla a bondi de 20 places ! Le fait du hasard ? Des tests plus récents ? Une productivité accrue peut-être ? Autre exemple : le «by-pass road» au rond-point de Phoenix ayant coûté Rs 130 M et qui a été construit POUR améliorer l’efficience de ce centre névralgique et qui n’est ouvert que… quelques heures par jour. Ce faisant, le ministre qui décide en faveur de quelques familles de Valentina améliore son indice de popularité, mais sans doute, estce… aux dépens de l’indice de la productivité nationale ? Quand il faut nettoyer des drains pollués bêtement par nos concitoyens ou réparer les dégâts causés par des inondations auxquelles nous étions mal préparés, on n’améliore pas notre score non plus…

 

Des milliers d’exemples de ce genre existent dans ce pays et, cumulativement expliquent pourquoi notre productivité nationale progresse faiblement. Ceci est important, parce que sans productivité améliorée, les salaires réels seront handicapés. Par exemple, un ouvrier américain touche (au minimum) plus de dix fois le salaire d’un ouvrier chinois, mais la hausse des salaires chinois, et la productivité de l’ouvrier américain, qui progresse bien plus rapidement, ramènent certains emplois aux USA, ces jours-ci même.

 

Sans une bonne productivité, comment est-ce qu’un pays convainc ses investisseurs à investir ?

 

Je ne suis pas inventeur du système capitaliste, mais jusqu’à preuve du contraire, c’est celui que nous favorisons localement. Un investisseur, rappelons-le, investit pour générer des profits. Il n’investit pas pour le plaisir d’être appelé «fat cat», ni celui d’être guillotiné. Or, la combinaison d’une productivité nationale qui laisse à désirer et d’une roupie plus forte que nécessaire (comment est-ce que la roupie qui était de 10-12 % surévaluée il y a un an et quelque, peut, après une dépréciation d’entre 4 et 6 %, aujourd’hui être «aligned with the fundamentals» ?) affaiblit les équations qui ont fait progresser ce pays depuis l’indépendance, réduit considérablement les possibilités de profits et donc tétanise l’investissement. La crise financière et celle de l’euro ont aggravé la situation, mais de ceux-là, ne parlons pas, puisque nous n’y pouvons rien ! Résultat ? L’investissement se fait dans… l’immobilier, invitant à la consommation, ou… à l’étranger puisque c’est là-bas que la profitabilité (et l’accueil) sont meilleurs. Je simplifie un peu, évidemment, mais pour l’essentiel, nous avons un environnement qui ne favorise pas l’investissement local traditionnel et qui, donc, pousse à exporter les capitaux… et les emplois de demain !

 

Deux mots de plus : il me semble qu’il est au moins plus probable que l’industrie de la crédulité (Whitedot, etc…) procède non pas des intérêts bancaires faibles, mais plutôt d’un manque de discernement découlant d’une éducation générale qui est sérieusement déficitaire ainsi que d’un environnement qui a érigé, il y a quelques années, le… jeu ; des «gambling houses» au Loto, par essence spéculatifs, comme… industrie d’appoint !

 

Finalement, au cours de ces dernières années, dans le sillage de 2008-2009, nous avons assisté à une course effrénée de la plupart des pays vers des monnaies «compétitives» : la Chine, l’ECC, la Suisse, l’Inde, le Brésil, l’Angleterre, le Japon et les pays qui nous sont directement concurrents ont tous joué des coudes et au moins tenu leurs monnaies en laisse, sinon déprécié celles-ci, pour essayer de doper leurs exportations et ralentir leurs importations. Généralement, sans trop d’inflation apparemment…

 

Donc, au pays de la roupie forte, la question doit être : Qu’est-ce que nous avons découvert à Maurice que ces pays-là n’ont pas encore compris ?