Du discours à la realité

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Ce n’est pas tout à fait de la schizophrénie, même si ça y ressemble vachement.

Le discours du Budget promet des lendemains meilleurs, mais oublie que la réalité démontre bien trop souvent que nous n’en sommes pas capables ou, pire parfois, que nous sommes aussi ambivalents que les fils de Janus.


On voudrait bien devenir un «education hub», mais comment réconcilier ceci avec Mauras (les méchants auront vite fait de consacrer le slogan «Mauras ? Mo rasse to lé dents !») ou la saga EIILM ?


Nous avons déjà fait des progrès indéniables sur le plan de l’aéroport et du réseau routier. Des développements majeurs vont encore s’y ajouter. Mais comment accepter dans la foulée les embouteillages de Port-Louis, Quatre-Bornes ou Phoenix ou le grand foutoir du parking à Ébène City, pourtant lui-même «hub» à plein titre ?


N’y a-t-il pas comme un air d’incompatibilité entre la promesse tonitruante de «building a world-class investment climate» et notre incapacité à régler le problème des marchands ambulants, d’ailleurs hier créé par les politiciens et aujourd’hui dévoyé par ces mêmes politiciens, y compris par un vice-Premier ministre de la République ?


Par quel chemin passe-t-on pour, à la fois, évoquer notre envie d’être un «regional centre for talent» pour attirer des «high calibre professionals» alors que chez nousmêmes, au gouvernement, on ne nomme que trop rarement les meilleurs à des postes de responsabilité, notamment dans des corps paraétatiques ? Et que nous avons un bien triste bilan d’avoir fait fuir d’excellents professionnels étrangers (Konrad Morgan à l’université, Burt Cunningham aux douanes, Philip Cash à l’aéroport, Bill Duff aux prisons, Donna Leclair au CEB, Morris du Centre Vivekananda, etc.) ?


À quoi cela sert-il de recruter toujours plus de policiers (700 cette année financière), si l’on accepte, en parallèle, d’être tolérant envers ceux qui enfreignent les lois ? Par exemple, les marchands ambulants ou les quelques irréductibles de Camp Chapelon qui, faisant fi des passerelles leur permettant de traverser l’autoroute, choisissent plutôt de charcuter le grillage qui sépare les voies, pour défier et le trafic et les lois. Impunément ! Et que dire, par exemple, de la fonctionnaire qui empoche ses «per diem» sans partir à l’étranger ?


Notre ambition de dépenser au compte de l’infrastructure du pays Rs 18,4 milliards en 2014 et Rs 54,7 milliards au cours des trois prochaines années, excite et fait rêver. Jusqu’au moment où l’on se rappelle que nous avons été systématiquement incapables de dépenser le budget capital voté dans le passé par, en moyenne 25 %, pour les trois années jusqu’en 2012 ! Qu’est-ce qui va changer ? Le High Powered Committee énoncé dans le Budget va-t-il trancher dans le fatras ? En parlant de quoi, les deux mesures prises pour accélérer la livraison des permis, en annonçant le «silent agreement principle», paraissent fabuleuses jusqu’à ce que l’on réalise que cela a dû être annoncé plus d’une dizaine de fois déjà dans des discours du Budget précédents !


Que l’on ne se trompe pas : le Budget est rempli de bonnes intentions ! Si l’on peut effectivement dépenser Rs 55 milliards dans des infrastructures efficaces, devenir, à la fois, un «passenger hub», un «cargo hub», un «marine services hub», un «petroleum hub», un centre de réparation et de servicing d’avions, une «ocean economy», une «green economy», une «silver screen economy», doper la productivité du port en dépensant Rs 3,2 milliards en 2014, rajeunir la flotte d’autobus, libéraliser la vente d’électricité, et réussir notre «Expanded Africa Strategy», tout en assurant l’expansion de notre tourisme, de nos services fi nanciers, de l’ICT, de l’agriculture, de l’industrie d’exportation, des PME, en s’attaquant, de plus, à la pauvreté et en renforçant le «Welfare State», sans changer de mentalité, sans discipline additionnelle et sans un mot sur la productivité, on pourrait être un pays vraiment miraculeux et un réel exemple pour le monde @%^ !!!?


Pourtant, entre les effets d’annonce et la réalité, il y a souvent comme un petit décalage, parfois un fossé, qu’il nous est difficile de combler… Et s’il n’est pas juste de dire que ce pays est foutu, nous avons pourtant toutes les raisons d’être attristés par nos occasions ratées, par ce qui aurait pu être, si seulement…


Tenez ! Nous sommes une démocratie ? Le PM qui adore Londres pour y avoir longtemps vécu, apprécie la démocratie vivante britannique ? Il va jusqu’à faire Me Robertson, un libéral avéré, venir faire ses recommandations sur les médias à Maurice !


Et pourtant, 45 ans après l’indépendance, nous allons demeurer dans le peloton des pays rétrogrades qui ont un monopole d’État sur la télévision, car frileusement, nous allons «libéraliser» la télévision, pourvu qu’elle ne contienne ni des nouvelles, ni des débats, ni des enquêtes, ni des documentaires, ni même, on peut supposer, du théâtre ou de la chanson engagée qui parle du contexte local. Pour le sport, qui est permis, on ne sait pas si le vieux football dans des stades neufs sera accepté. Comment a-t-on pu fairele PM, démocrate déclaré, avaler cela ? Dilo dire Oui ?


Quand on vous disait qu’entre le discours et la réalité, il y avait comme… un je-ne-saisquoi qui augure moins que le meilleur.

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