Canne à sucre et cannabis…

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La cigarette et le whisky sont taxés, mais ne sont pas interdits, à la différence du cannabis. Pourquoi ? Nul besoin d’être convaincu par les rastas pour poser la question suivante : et si l’on remplaçait, peut-être en partie, notre culture de canne à sucre, en déclin, par une culture de cannabis, qui est, elle, en pleine expansion sur le plan mondial ? A bien des égards, accepter une légalisation du cannabis, promouvoir sa culture et encadrer sa commercialisation seraient un basculement politique audacieux, somme toute intelligent, qui solutionnerait plusieurs de nos problèmes actuels et à venir. En faisant la promotion de la culture du cannabis, on pourrait donner du travail, par exemple, aux 175 planteurs de tabac qui sont aujourd’hui sur le carreau, créer de nouveaux emplois, attirer de nouveaux touristes et faire rentrer
des devises dans les caisses de l’Etat comme du secteur privé. En ces temps de changement climatique, on amorcerait aussi un important retour à la terre, en faisant pousser des plantes au lieu de bétonner tout Maurice et de déboiser Rodrigues… donc moins de risques d’inondations !

Sur le plan de l’ordre et de la paix, on pourrait redéployer à des fins plus utiles des centaines de policiers qui ne peuvent pas vraiment contrôler un commerce illicite qui se fait au nez et à la barbe de tous, libérer des centaines de fumeurs du dimanche qui croupissent en prison aux côtés de dangereux criminels (qui les forment à la délinquance). De plus, cela réduirait matériellement l’invasion croissante de toutes ces substances chimiques et nocives (dont l’artificiel Black Mamba) sur le marché local justement parce que le gandia « bio » est introuvable, trop cher, réservé à une élite qui y dépense une fortune.

En allant vers les substituts chimiques, aujourd’hui plus accessibles, nos jeunes font un pas bien plus dangereux vers des drogues dures. Sur ce plan, il importe d’équilibrer les données de ceux qui sont contre la dépénalisation ou la légalisation du gandia. Par exemple, on brandit les chiffres de ceux qui sont passés par l’herbe pour arriver aux drogues dures (héroïne, cocaïne, brown sugar, Subutex), mais on ne cite jamais le nombre de ceux qui ne fument que de l’herbe depuis des décennies et qui n’ont jamais basculé vers autre chose. Aussi, à travers le monde, on n’a pas vraiment recensé de personnes qui sont mortes à cause du cannabis, alors que les chiffres sont parlants en ce qui concerne le tabac, l’alcool et les drogues dures.

Dès l’origine, dans toutes les civilisations et de tout temps, le cannabis a été omniprésent, même chez nous. La Constitution des Etats-Unis est rédigée, apparemment, sur du papier à base de chanvre (plante similaire au cannabis qui a un taux inférieur, voire inexistant, de THC, la substance active). Mais l’Occident conservateur, dont une des principales religions promeut jusque sur l’autel l’usage de l’alcool, a diabolisé, au XXe siècle, la culture du chanvre ou du cannabis, à un moment, notamment, où la prohibition devenait un échec, aidé en cela par différents lobbies industriels : coton, papier, pétrole, nylon. Aujourd’hui, dans l’Amérique d’Obama, on assiste à un revirement de la situation : pratiquement la moitié de la population soutient la légalisation de la marijuana. Le secteur de l’or vert connaît un développement spectaculaire, brassant des milliards, par exemple au Colorado, le 18e Etat des States à avoir autorisé la consommation contrôlée de drogue douce, à la suite d’un référendum en novembre 2012.

Là-bas on peut voir pousser comme des champignons, des dispensaires de cannabis qui sont plus visibles que Starbucks ou Mc Donald’s. Il y a des magasins qui proposent la marijuana dans tous ses états : cookies, pommade pour rhumatismes, cigarettes électroniques… Des cabinets d’avocats et des experts-comptables sont spécialisés pour assister consommateurs, clients, visiteurs et investisseurs (dont les géants de l’industrie du tabac). Il y a aussi Cannassure, une compagnie d’assurances, ou la THC University, où l’on apprend à cultiver ses plants soi-même. Et « Breathers », un critique de cannabis pour la presse, explicite les rapports qualité-prix du Pineapple Express ou du Green Organic 100 % bio siouplait… Il existe des concours internationaux. Pourquoi Maurice ne pourrait pas organiser le Festival du Cannabis ? Imaginez un peu les retombées médiatiques, fi nancières. Fini la mauvaise pub dans les magazines étrangers sur M6 ou France Ô !

Il y a quelques décennies, un bon Samaritain, toujours pétri de bonnes intentions pour son pays, avait proposé au MSIRI de tester la culture du chanvre industriel pour bénéfi cier des multiples vertus (médicinales, alimentaires, cosmétiques, thermiques, man ufacturières) de la plante. Les discussions avaient atteint un stade avancé jusqu’au bémol suivant : la police ne pourra pas distinguer le chanvre du gandia sans les fumer, car les deux se ressemblent beaucoup. Et c’est là le problème, même la police ne peut pas fumer, selon la loi !

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