Arides librairies

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Lors d’une cérémonie, le dimanche 20 février, le président du Centre culturel Nelson Mandela pour la culture africaine et kreol (CCNM), Filip Fanchette, définit le sens qu’il veut donner au mot culture, estimant que «ce n’est pas seulement l’art». «C’est surtout la manière de vivre, la communication, un système de valeurs, les droits humains et tout ce qu’un peuple fait et les moyens qu’il invente pour surmonter les obstacles et avancer », explique Filip Fanchette. Ces quelques mots respirent une certaine fraîcheur parmi les discours officiels sur la culture à Maurice.

En effet jusqu’ici, il y a eu toute une confusion sur ce terme de culture. Souvent ramené à une expression ethnique, voire castéiste, il a servi à introduire la religion dans l’action politique. La preuve vivante en est l’action du ministère de la Culture. Il n’y a pas d’initiative plus inculte que celle de ce ministère. On est véritablement dans la négation de la culture avec une volonté de fragmentation de tout ce qui relève justement de la culture. En témoignent les festivals d’art dramatique.

La prolifération des associations dites socioreligieuses est la conséquence immédiate de cette inanité nationale. La culture, celle qui rend l’homme meilleure, est, elle, rangée dans l’armoire des accessoires. C’est vrai que ce ne sont pas seulement les politiques qui sont à blâmer. Ils en tirent un profit politique. Mais, on ne peut pas leur reprocher de construire leur action sur la bêtise humaine. Il est aussi vrai que la société a évolué vers un prêt-à-penser qui détruit l’effort dont parle Filip Fanchette.

Il suffit aujourd’hui de se rendre dans une librairie pour s’en rendre compte. Ce temple de la culture est devenu un store de recettes pour réussir sa vie dans toutes ses dimensions. Vous voulez savoir comment faire pour réussir votre vie professionnelle, vous trouverez des milliers de livres sur les rayons de nos librairies. Que ce soit sur les plans physique, affectif, social, individuel, que ce soit pour la manière de respirer, de vivre avec la nature, de marcher, d’exprimer sa sexualité… il y a de tout pour apprendre à vivre. A une époque, on se cultivait en lisant des livres. Aujourd’hui, on se dépouille de soi-même en lisant tous ces guides qui sont supposés faciliter sa vie.

La librairie nous éloigne, aujourd’hui, des gens. Elle détruit la véritable communication avec l’autre et l’imaginaire collectif. Elle est le berceau où se cultive une certaine forme de médiocrité. Certes, il ne faut pas généraliser et pointer du doigt nos libraires. Le fait est que s’il n’y avait pas une demande pour ce genre de produits, il n’y aurait pas d’offre. C’est ainsi qu’on s’éloigne de la culture et qu’on ne vit son être que comme un objet de consommation. Ce que sont devenues nos librairies n’est que l’expression de notre propre nullité.

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