Au-delà de Mme Gurib-Fakim

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Quelques semaines seulement après sa nomination en juin 2015, comme présidente de la République, les cerveaux de Planet Earth Institute (PEI), qui cherchaient une proie, ont su mettre le grappin sur Ameenah Gurib-Fakim, qui a été projetée dans un monde clinquant qui lui a vite donné le tournis. Le scandale Platinum Card dépasse depuis sa simple personne. Il montre sous une lumière crue notre manque de classe ou d’épaisseur politique et illustre la légèreté avec laquelle nos politiciens, obsédés davantage par le critère ethnique que le genre, casent des personnes à la tête d’importantes institutions.

Alors que l’on se focalise sur les dépenses personnelles de Mme la présidente avec la carte de crédit de PEI (qui ressemblait à s’y tromper à la sienne), l’on tend à oublier que les documents, publiés depuis le 28 février 2018 par l’express, relèvent aussi le fait qu’Ameenah Gurib-Fakim, alors qu’elle était présidente de la République de Maurice, agissait comme «the signatory of the PEI Foundation AA Account» ! En d’autres mots, elle gérait elle-même un des comptes du PEI du 11 mai 2016 au 20 mars 2017, quand elle démissionne.

Le départ d’Ameenah Gurib-Fakim du Réduit le 23 mars 2018 et le rapport de la commission Caunhye, publié vendredi, quatre ans plus tard, ne signifient pas que le scandale Platinum Card est derrière nous. Au contraire ! La presse locale et mondiale, les agences de notation internationale, la Banque mondiale et le FMI, l’OCDE, les investisseurs, les traditionnels détracteurs de notre centre financier, tous attendent des réponses concrètes sur toutes ces affaires que traîne Alvaro Sobrinho, en Angola, au Portugal, à Londres, au Canada et, bien évidemment, à Maurice.

L’affaire Platinum Card prouve aussi que des institutions comme l’ICAC, la FSC, la BoM, voire la police, doivent attendre le signal de l’exécutif avant de se réveiller. Pour nous, face à une telle léthargie institutionnelle, notre devise demeure la même : «When the people do not trust its institutions, the free and responsible press must take up the challenge of discovering and unveiling the truth...» À chacun son rôle, donc !

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Alors que nous sommes sortis des listes grise et noire, quiconque ayant déjà suivi un atelier de travail du Groupe d’action financière (GAFI) saura que pour blanchir de l’argent sale, deux secteurs sont favorisés de par le monde : le secteur de l’immobilier et les organisations à but non lucratif, bien vues par le pouvoir en place, puisque cela s’apparente à la philanthropie (amour de l’humanité).

C’est ainsi que dans l’immobilier, le réseau criminel étranger, bien souvent, verse de l’argent à un acheteur local pour acquérir un bien immobilier. Mais on note, en parallèle, d’autres plans plus sophistiqués qui combinent des prêts et hypothèques aux comptes en fiducie d’avocats pour blanchir discrètement des fonds. Dans la plupart des cas, la majorité de l’argent blanchi passe par des entreprises incorporées légitimes, dont les activités sont minimales ou inexistantes.

Les organisations à but non lucratif, comme PEI, constituent ainsi des cibles de choix pour les «blanchisseurs d’argent» en mal de structure car elles jouissent de la confiance du public, de l’État, de l’appui de fonctionnaires débrouillards comme Dass Appadu, d’une implantation internationale et de la circulation de personnes et de liquidités.

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L’express le maintient, depuis le 28 février 2018 quand nous avons choisi de publier les relevés bancaires de la présidente de la République. Conscients de la loi garantissant le secret bancaire, on a pris le risque, car on était guidé par un principe supérieur pour la nation : l’intérêt public. Et aujourd’hui que la présidente de la République, après nous avoir menacés de poursuites s’en va-t-en guerre contre la commission Caunhye, l’heure pour nous n’est aucunement à la célébration, mais à la réaffirmation du même principe : il est dans l’intérêt public d’aller jusqu’au fond des choses dans le scandale Platinum Card que nous avons révélé après un long travail d’investigation, qui a commencé en 2016.

D’autres questions restent sans réponse. Pourquoi, après une due diligence, la Banque centrale avait refusé d’octroyer une Banking Licence à Alvaro Sobrinho tandis que la Financial Services Commission (FSC) lui avait octroyé deux licences pour opérer deux fonds d’investissement, le 27 août 2015, en moins de 15 minutes ? Le 1er mars 2017, on ajoutait : «Sur les conseils de qui Pravind Jugnauth a-t-il introduit le concept d’une Investment Banking and Corporate Advisory License dans son discours du Budget en 2016 ? Est-ce pour contourner la Banque centrale ? Pourquoi toutes les banques commerciales du pays – à l’exception de deux banques – ont-elles refusé d’avoir le Dr Sobrinho comme client ? Et pourquoi, comme dans le cas de la BAI, la FSC ferme les yeux ou donne sa bénédiction ?»

Finalement, ce serait bien de savoir si le Premier ministre était au parfum du scandale Platinum Card avant les révélations de l’express, notamment en raison du traitement privilégié de Sobrinho et de sa clique au VIP Lounge. Mais une chose est sûre : «Les folles dépenses de Mme la présidente» avec la Platinum Card ont été le déclencheur du scandale, dont Pravind Jugnauth a pris connaissance grâce à l’express. Si l’on se trompe, il faudrait qu’il nous corrige promptement, preuves à l’appui ! Le but n’est pas, ici, de bomber le torse, mais de démontrer le rôle de la presse libre quand toutes les autres institutions sont mises sous bol…

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