Documents secrets et décret religieux

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Si à Maurice, au Prime Minister’s Office, on s’amuse à envoyer des lettres anonymes à l’ICAC, aux États-Unis, on ne plaisante pas avec les documents, surtout lorsqu’ils sont classifiés. Donald Trump vient de l’apprendre à ses dépens après la perquisition, par le FBI, de sa résidence à Mar-a-Lago, en début de semaine. C’est bien la première fois qu’un président des États-Unis subit un tel traitement. Au lieu de s’en prendre à lui-même pour ses imprudences et sa légèreté, il a joué, comme il fallait s’y attendre, à la victime, en parlant de vendetta politique et d’humiliation — ce qui a galvanisé ses partisans qui sont descendus dans la rue. Trump a même confié que la police avait fouillé «dans les placards de Melania Trump». 

Pour remettre les choses en perspective, puisqu’il ne s’agissait pas d’une descente des lieux purement médiatique, comme cela avait été grandement le cas chez nous quand les coffres-forts de Navin Ramgoolam avaient été saisis en février 2015 à Riverwalk, le ministre US de la justice, Merrick Garland, a tenu à expliquer que la perquisition s’inscrit dans le cadre d’une enquête «sur des documents que Donald Trump aurait illégalement emportés avec lui hors de la Maison Blanche au moment de la fin de son mandat, en janvier 2021». Avant de dire au revoir au personnel de la Maison Blanche, les présidents américains doivent transmettre l’ensemble de leurs lettres et courriels, et autres documents de travail, aux Archives nationales américaines. Or, selon le Washington Post, Trump avait pris quinze cartons de documents, que des agents des archives avaient dû récupérer en janvier déjà, à Mar-a-Lago. 

Cette affaire est suivie de près car elle pourrait barrer la route à un retour en politique de Trump, si jamais il est reconnu coupable d’un délit lié aux documents secrets et à l’espionnage. 

*** 

Autre choc aux États-Unis : l’agression sauvage dont a été victime l’écrivain Salman Rushdie, qui a été poignardé au cou et à l’abdomen plusieurs fois, vendredi, lors d’une conférence dans l’État de New York. Celui qui est devenu un véritable symbole contre l’obscurantisme était, hier soir, à l’heure où nous allions sous presse, sous respirateur artificiel et pourrait perdre un oeil, selon son agent Andrew Wylie. 

Avec les Versets sataniques, Rushdie, tout en devenant une plume adulée en Europe et aux États-Unis, s’était mis une bonne partie du monde musulman et islamiste contre lui. La sanction suprême est venue de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny qui a émis en 1989 une fatwa réclamant son assassinat. 

Depuis, c’est dans la clandestinité, et sous protection policière, que Rushdie vivait, seul, avec ses lettres et ses livres. On a voulu le réduire au silence. Il lutte pour sa survie et sans doute pour raconter son agression. On pourrait l’éliminer physiquement, mais ses écrits sont déjà immortels. Il a consacré sa vie à l’écriture, la littérature, aux chaos de la vie. Il aime célébrer la capacité à «augmenter la somme de ce que les êtres humains sont capables de percevoir, de comprendre, et donc, en définitive, d’être». Ne pas renoncer à écrire demeure précisément l’une des formes de résistance choisies par Rushdie après la fatwa lancée contre lui il y a plus de trois décennies. Sept ans après le massacre de nos confrères de Charlie Hebdo, Salman Rushdie paie le prix fort pour la liberté de dire, de satire et d’être irrévérencieux.

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