Le «wake-up call» du FMI face aux urgences économiques

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Il ne faut pas se voiler la face. Le diagnostic de l’économie mauricienne est pour le moins sévère. Tout est dans la phraséologie, le ton et le langage très diplomatique des experts du Fonds Monétaire International (FMI). Et il faut lire entre les lignes pour mieux comprendre les mises en garde de l’institution de Bretton Woods, qui souligne crûment certaines vérités. 

Celles-là mêmes que des spécialistes ont souvent répété dans les colonnes des journaux ou sur des plateaux de radios mais qui ne sont pas malheureusement pas prises au sérieux par nos décideurs politiques. Si ce n’est que quand elles sont reprises par des experts internationaux à la faveur de certains rapports. Ce qui finalement fait bondir les conseillers au Trésor public et les institutions économiques publiques, trop souvent lents à la détente. 

L’édition 2022 au titre d’Article IV Consultations pose en effet certaines problématiques sur la route de la reprise économique du pays deux ans après la crise sanitaire et face aujourd’hui aux effets de la guerre russo-ukrainienne déclenchée en février. Une situation qui laisse planer des incertitudes économiques à l’échelle locale et internationale, couplée en plus au choc inflationniste qui explose les prix et exerce des pressions sur le pouvoir d’achat des consommateurs. 

Le dernier exercice budgétaire a fait momentanément miroiter à la population des mesures sociales hautement populistes (abolition de la taxe municipale, augmentation de la pension de vieillesse, revenu additionnel de Rs 1 000 sous le CSG Retirement Benefit, ou encore l’introduction d’une dose de progressivité dans l’Income Tax) et ce, pour faire face aux lendemains difficiles des consommateurs et éviter qu’un segment important de la population ne sombre dans la pauvreté. Mais le rapport du FMI vient mettre les pendules à l’heure. 

Il vient rappeler cette autre vérité économique, celle qui démontre que faire preuve de largesses en distribuant des cadeaux à tour de bras est une chose mais les financer en est une autre. D’autant plus que l’État a parallèlement maintenu les subsides sur les produits de base (riz ration, pain maison, gaz ménager) à coups de milliards de roupies sans imposer en contrepartie aucune nouvelle taxe sur les produits et services. 

Endettement public massif 

Sans pour autant faire le procès du gouvernement qui est venu avec ce paquet de mesures pour légitimement «investir dans la population», le fait brutal demeure qu’en ayant recours souvent à des fonds hors-budget pour leur financement, c’est l’endettement public qui atteint des niveaux à choquer les esprits. 

Or, le FMI donne raison à certains spécialistes et politiciens qui ont toujours attiré l’attention sur l’explosion de la dette publique qui aurait largement dépassé 100 % du PIB. Aujourd’hui, le rapport est catégorique. Cette hypothèse serait une réalité à moyen terme. Pire, l’institution financière internationale va plus loin pour conseiller le gouvernement de ne pas dépendre des opérations quasi budgétaires de la MIC pour réduire sa dette. 

Pire, le FMI est sceptique de la démarche du Trésor public de renflouer la caisse avec la vente des bijoux de l’État, entendons par là, la MauBank et la National Insurance Company (NIC). Le FMI persiste et signe. Il ne croit pas que le Trésor public pourrait disposer de ses actifs et engranger Rs 22 milliards (4 % du PIB), affirmant que seuls 50 % de cette vente pourrait être réalisés ; la différence, ce sera pour plus tard. En clair, Renganaden Padayachy devrait identifier d’autres sources de financement, vu que sans l’apport de cette transaction, le besoin d’emprunt du gouvernement passerait à 5,9 % du PIB. 

Aujourd’hui, plus qu’hier, le wake-up call du FMI ne doit pas être ignoré même si ses recommandations sont à titre consultatives que le ministère peut balayer d’un revers de la main. Comme l’insistance une nouvelle fois dans le présent rapport sur les relations incestueuses entre la BoM et la MIC, l’urgence pour la banque centrale de maintenir son indépendance de l’État et de se retirer de l’actionnariat de sa filiale qui doit, dans la foulée être liquidée, reprise par le gouvernement ou la DBM. Ou encore la politique monétaire visant à accumuler les dépôts bancaires en devises étrangères pour faire grossir les réserves officielles de la BoM. 

Le FMI reconnaît que l’Hôtel du gouvernement ne compte rien faire pour sommer les dirigeants de la BoM à cesser cette pratique ; celle-là même qui a permis à l’État de sauver certaines entreprises systémiques d’une mort lente, asphyxiées par l’effet économique du Covid. Mieux, cette même banque centrale qui est devenue durant la crise Covid une véritable vache à lait pour le Trésor public. Même si au passage le gouverneur, Harvesh Seegolam, a souvent défendu sa démarche en s’appuyant sur l’argument qu’en période de crise inédite, nombreuses sont les banques centrales qui ont recouru à des moyens non-conventionnels pour «bail out» l’économie de leur pays.

Toutefois, même si le gouvernement d’un État souverain peut ne pas donner suite à certaines recommandations de ce rapport ou à d’autres car il n’a aucune obligation légale de le faire, n’empêche que le pays n’est pas isolé du reste du monde et que les investisseurs internationaux s’appuient sur certains critères pour investir en se basant sur les constats dressés par des institutions internationales. Ce qui rejoint l’opinion de certains dans l’opposition qu’il appartient aux dirigeants du pays de prendre bonne note et d’agir en conséquence, vu que certaines réserves exprimées par la délégation dans le rapport préliminaire de mai ont été confirmées par le board exécutif du FMI. 

Même si le FMI reconnaît qu’il y a eu des efforts pour sortir l’économie graduellement de la pandémie, sa publication avec ses recommandations, s’apparentant à de mauvaises décisions stratégiques, intervient à un moment où le gouvernement est poussé au pied du mur avec une crise inflationniste, doublée d’une crise sociale latente avec en plus des dérives communales qui ont refait surface ces derniers jours. Sans compter des interrogations sérieuses sur la sécurité nationale du pays. 

Des urgences à gérer face à un cocktail explosif dont les conséquences économiques et sociales risquent d’être éminemment graves.

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