Ciblons les pauvres

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Dans son «Systematic Country Diagnostic» de janvier 2022, la Banque mondiale (BM) note que «Mauritius saw solid progress against poverty until the onset of the 2020 pandemic». La crise liée au Covid-19 a fait basculer de nombreux Mauriciens (70 millions de gens dans le monde) dans l’extrême pauvreté, la misère, en 2021. Maintenant, l’inflation aggrave la pauvreté, la hausse des prix des aliments affectant profondément le budget des ménages qui a une part importante des dépenses alimentaires. Si l’on veut combattre la pauvreté, c’est en ciblant les pauvres, ce qui est une marque de solidarité. 

Pour les pays à revenu intermédiaire supérieur comme Maurice, la Banque mondiale utilise le seuil international de pauvreté de 5,50 dollars par jour sur la base des parités de pouvoir d’achat de 2011. Selon ses calculs, la proportion de Mauriciens vivant sous ce seuil a chuté, de 21,1 % de la population en 2006 à 17,9 % en 2012, à 12,7 % en 2017 et probablement à 10,5 % en 2019. Si la baisse est moins conséquente en 2006-2012 (3,2 points de pourcentage), c’est parce que l’inégalité de revenu a progressé dans cette période (l’indice de Gini passant de 35,7 à 38,5). Mais elle a reculé en 2012-2017 (l’indice tombant à 36,8) grâce aux transferts publics, d’où une réduction de pauvreté plus forte (5,2 points). 

Si ces résultats soulignent l’importance d’attaquer l’inégalité de revenu dans la lutte contre la pauvreté – d’autant que cette inégalité s’est accrue avec la pandémie –, il demeure que la croissance économique contribue largement à la diminution de la pauvreté (4,2 points en 2012-2017, soit 80 % des 5,2 points) : «overall, growth was propoor », affirme la BM. Il est évident que la croissance atténue la pauvreté, mais la stagnation ou le déclin de l’économie l’exacerbe, comme en témoignait le déplacement de la pauvreté mondiale d’une Asie en croissance à une Afrique presque stagnante. 

L’histoire du monde montre que la croissance est le meilleur remède contre la pauvreté. Grand pourfendeur du système capitaliste, Thomas Piketty lui rend néanmoins un bel hommage involontaire en écrivant, dans «Une brève histoire de l’égalité» (2021), que «le monde du début des années 2020, aussi injuste puisse-t-il sembler, est plus égalitaire que celui de 1950 ou celui de 1900, qui étaient eux-mêmes par de multiples aspects plus égalitaires que ceux de 1850 ou 1780». Il rappelle qu’avec la mondialisation, les écarts de richesse entre pays ont été divisés par plus de deux depuis 1990. 

La misère va de pair avec un faible revenu par habitant et tend à disparaître à mesure que celui-ci s’élève. Cette idée s’applique bien à la pauvreté absolue, mesurée au moyen d’un seuil de pauvreté mondial comme celui de la BM, mais pas nécessairement à la pauvreté relative, un concept auquel a recours Statistics Mauritius : est pauvre toute personne dont le revenu nominal mensuel est inférieur à la moitié du revenu médian. Sous cette définition, la pauvreté a grimpé, drastiquement de 8,5 % de la population en 2006 à 9,8 % en 2012, et légèrement à 10,4 % en 2017 (131 300 personnes gagnaient moins de Rs 7 509) malgré un recul de l’inégalité. 

Pour réduire la pauvreté relative, il faudra plus de politiques ciblées – le ciblage existe déjà dans la pratique –, «more targeted allowances such as social aid, food aid, income support, and unemployment hardship relief», propose la BM dans son «Country Economic Memorandum» d’avril 2021. C’est le cas des subventions à la farine, au gaz ménager et au transport public : «lack of targeting to those in need makes them less effective in reducing poverty and inequality» et «the share received increases with income». 

Aussi concernée, la pension de vieillesse, qui engouffre 55 % des dépenses sociales du gouvernement, est payée à tous ceux ayant atteint 60 ans, alors que l’âge légal de la retraite est de 65 ans, et que l’espérance de vie à 60 ans a augmenté à 20,6 années. Ainsi, «the basic retirement pension is not pro-poor because the per capita amount received does not decline with a beneficiary’s pre-fiscal income». Avec le vieillissement de la population (les 60 ans et plus constitueront 25 % de la population en 2030), cette pension «is increasingly costly, poorly targeted, and creates adverse labor market incentives». 

Ciblée ou pas, la redistribution des revenus n’est possible que s’il y a d’abord création de richesse. L’emploi est le moyen le plus efficace contre la misère. Cela requiert la liberté des échanges, l’investissement en capital humain, la stabilité de la monnaie et de la dépense budgétaire, la limitation du rôle de l’État. Le chômage est un sous-produit du dirigisme : les réglementations du marché du travail et l’hypertrophie du secteur public privent les entreprises de toute capacité à créer des postes. Imaginer la solution à la pauvreté du côté du gouvernement, plutôt que du secteur privé, c’est rater la cible.

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