Le bon père de famille

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Tout gouvernement qui se respecte essaie de s’assurer que le pouvoir d’achat de ses citoyens reste intègre, qu’il n’y a pas de prix opportunistes et abusifs et que l’économie de marché et la concurrence fonctionnent en faveur du consommateur. Mais aucun gouvernement n’est tenu de s’assurer de la stabilité des prix quel que puisse être l’environnement économique opérant ! L’on sait évidemment tous combien les dislocations causées au commerce mondial par la pandémie du coronavirus ont affecté les prix des commodités (+ 40 % depuis juin 2020) ou celui du fret. On peut aussi désormais y rajouter les perturbations majeures qui nous ont été servies par les bons soins de M. Poutine avec son action très ‘spéciale’ en Ukraine. (*). Il est aussi notoirement reconnu qu’un gouvernement qui subventionne à tour de bras court le risque de devenir prisonnier de prix illusoires extrêmement coûteux au budget national, ce qui rend très difficile, par la suite, un retour à des prix réels, sauf au prix d’un choc social souvent alors ingérable. Prenez l’Égypte, par exemple, qui subventionne le prix du pain depuis 1977 à 5 piastres (environ 15 sous mauriciens l’unité), chaque citoyen ayant droit à 5 pains par jour en payant 50 cents du dollar mensuellement ! Ce programme coûte à l’Égypte 5,5 milliards de dollars par an et coûtera désormais presque 800 millions de plus avec les nouveaux prix du blé (soit presque 7 % du budget) (**). Le gouvernement est, en conséquence, coincé entre un budget intenable ou des citoyens qui insisteront sur… leurs droits acquis.

Cependant, tous les gouvernements de la planète se doivent d’être responsables et d’agir, à tout moment, en ‘bons père de famille’ et à ce titre, le présent gouvernement n’a pas un bilan tout à fait présentable. Cela fait des années, en effet, qu’il investit à tout vent dans des projets de prestige qui coûtent cher et qui ne rapportent rien ou si peu. Faut-il reprendre la litanie ? Mais oui, puisque nous avons des mémoires de plus en plus courtes ! Nous avons commencé par dépenser Rs 20 milliards sur un métro prestigieux et si nous avons effectivement reçu Rs 9,9 milliards de l’Inde, nous leur avons aussi, en parallèle, M. Badhain en tête, permis de dénoyauter l’avantage principal de notre DTA : la Capital gains tax. Depuis le lancement de ce LRT, nous opérons à perte, mais ne savons toujours pas pour combien annuellement, ni le montant de ce qui est consommé en kWh et payé (ou pas…) au CEB et à quel tarif. Le site Web de Metro Express n’a d’ailleurs pas une seule information financière, aucun bilan annuel et son dernier communiqué de presse affiché date du 28 octobre 2021, où il annonçait un concours de peinture pour célébrer 5 millions de passagers avec un 1er prix de… Rs 10 000 ! L’annonce a été faite qu’un bras du métro ira jusqu’à Ébène, puis Le Réduit. Il y aura sûrement quelques coûts pour ce faire ? La seule déclaration à ce stade (*) situe le coût de cette extension vers le Réduit à «bien en dessous de Rs 5,6 milliards». Aucune idée de ce que cela rapportera…

«Notre gouvernement agit comme si le pays était vraiment béni des dieux»

Ajoutons-y les Rs 16 milliards de Safe City, les Rs 6 milliards de Côte d’Or, les Rs 12 milliards injectées par le gouvernement pour payer les créanciers d’Air Mauritius (que remboursaient, directement ou pas, les Rs 25 milliards ‘investies’ par la MIC dans Airport Holdings en décembre 2021), les Rs 5,6 milliards payées par la STC (largement subventionnées par le Consolidated Fund du gouvernement) pour compenser Betamax dont le contrat fut intempestivement annulé, les dizaines de milliards allongés pour tenter de finaliser l’enterrement de la BAI, dont le remboursement mal avisé des crédules du Super Cash Back Gold (ainsi que le caractère toujours incertain des actifs laissés en face), les milliards dépensés dans des drains qui ne semblent pas avoir résolu le problème pour autant, le milliard aligné pour acheter un hélicoptère Druv indien, les achats d’urgence (et de complaisance) sous le Quarantaine Act, les virées de tant de ministres à Dubaï, les…

Ces dépenses, trop souvent inopportunes, ont, bien évidemment, des conséquences en réduisant la marge de manœuvre du pays face aux urgences, comme actuellement !

Là-dessus, mentionnons à nouveau la catastrophe de la pension à Rs 9 000 (+ Rs 2 700) dont le financement n’avait été prévu que pour Rs 500 de plus dans le budget de 2019, la catastrophe annoncée de la CSG fin 2023, dont le trou de financement va bien sûr émarger au budget gouvernemental si on n’écoute pas la Banque mondiale qui recommande de ne dépenser… que ce qui est encaissé ! Rajoutons-y la catastrophe de ne vouloir en rien céder sur l’âge de la retraite ou sur le ciblage de cette retraite aux moins fortunés, alors que la population vieillie et affiche une espérance de vie qui progresse d’année en année…

Or, un bon père de famille ne doit pas s’endetter au-delà du raisonnable. S’il s’endette, c’est normalement pour assurer les besoins non récurrents et utilitaires de sa famille, lui donner un peu plus de confort et de moyens. Une chambre additionnelle peut-être. Un ordinateur, par exemple. Mais il serait certainement déraisonnable d’emprunter pour assurer les besoins courants de sa famille…

De plus, un bon père de famille ne promet pas de dépenser systématiquement plus d’argent qu’il n’encaisse tous les mois. Il conserve et fait fructifier ses réserves d’épargne pour se protéger contre les catastrophes possibles et les impondérables et, cela relève du bon sens, doit être plutôt transparent dans ce qu’il fait, surtout quand ça devient difficile, ce qui lui évitera alors de causer un choc intolérable à sa famille qui, dans l’illusion que tout va bien, pourrait un jour, sidérée, découvrir sa grande précarité et la nécessité de se serrer la ceinture !

Or, notre gouvernement agit comme si le pays était vraiment béni des dieux, et finance du déficit depuis des décades à l’hypothèse que ce sera toujours résorbé par la croissance ou éventuellement par la dépréciation. Notre gouvernement d’abord dépensier, puis prodigue, s’est finalement retrouvé, coincé par la pandémie, à soulager l’économie par bien plus que nécessaire (***) et a ainsi fait passer la dette nationale de 57 % du PIB en 2013 à plus de 100 % en 2021 ; redéfinitions de dettes, avances de la BoM et SPV non comprises. Car, bien évidemment, il n’y avait plus de réserves, plus d’épargne pour les moments durs, sauf celles de la Banque centrale bien sûr… Ce qui menait directement à une roupie grandement dépréciée (-41 % face au dollar, depuis 2014), ce dont le gouvernement est entièrement responsable.

L’image du ‘bon père de famille’ a évidemment ses limites, seuls les enfants du pays payant des taxes, par exemple, mais l’imprévoyance et l’irresponsabilité des petits pères de la nation ont clairement empiré une situation mondiale déjà déplorable.

Pour tenter de s’en sortir, il n’y a plus grand choix. Il FAUT que le gouvernement et le pays réduise enfin son train de vie, que les projets mirifiques soient, au moins un temps, rangés, que cessent le gaspillage, le copinage, la corruption, que l’aide sociale soit recentrée sur les plus vulnérables, que des décisions courageuses soient prises sur la CSG, que l’investissement productif et les exportations soient favorisées, que la productivité devienne une obsession nationale, que…

Émasculer et remplacer le MTC peut-il vraiment être alors prioritaire ? L’annulation des appels d’offres pour plus d’énergie renouvelable le serait-il aussi ?

Si le ministre des Finances dit, à la MEXA, que nous sommes «loin d’être en faillite», il aurait rapidement intérêt à le démontrer, en toute transparence, sans fioritures, sans miroirs, sans fumée. Et à nous indiquer clairement les voies fiables de notre devenir prochain. Comme tout bon père de famille ! Sinon, cela finira forcément par le divorce… Qu’aucun «alimony» ne saura jamais compenser ! Car qui paierait, sinon nous-mêmes ?

(*) où il reproche d’ailleurs, depuis peu, aux gouvernements occidentaux d’y apporter des armes, alors que c’est pourtant lui qui l’aura fait le premier depuis le 24 février, sans invitation! Laisser l’Ukraine sans défense lui serait sans doute plus commode ? Il le fait d’ailleurs savoir en rappelant (menaçant ?) les risques d’une 3e guerre mondiale ! C’est vraiment gentil de sa part…

(**) https://www.reuters.com/world/middle-east/egypt-eyes-bread-subsidy-overhaul-global-inflation-bites-2022-02-01/

(***) https://www.lexpress.mu/idee/405144/pas-sorti-lauberge

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