Des hommes comme les autres

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Aux quatre coins de la planète, de nombreuses femmes sont parvenues au sommet de l’État ou de groupes économiques. Elles y sont arrivées par leurs compétences, et non par faveur, ni grâce à une politique humiliante de quota. Pour être femmes, elles n’en sont pas moins «des hommes comme les autres», selon le mot de Simone de Beauvoir. Rien ne les oblige à rester prisonnières de ce que les suppôts du sexisme considèrent comme des «valeurs féminines». La valeur d’une personne ne dépend pas de son genre, en bien comme en mal.

Le mythe de la bonne dirigeante – elle a des valeurs et des priorités différentes de celles de son homologue masculin, elle gouverne mieux que lui, et elle exerce le pouvoir autrement – se nourrit de l’idée que les femmes accordent plus d’importance au relationnel, qu’elles favorisent davantage l’interaction et la participation, et qu’elles partagent l’information et le pouvoir. Le leadership féminin se fonde sur le pouvoir personnel – la capacité à instaurer la confiance, le respect mutuel et la crédibilité – plutôt que sur le pouvoir formel qui dépend de la position occupée (ou de la proximité avec les puissants du jour). Ainsi, les femmes réunissent toutes les qualités pour être le patron parfait, le chef exemplaire, le ministre juste et bienveillant, bref tout ce que les hommes ne sont pas capables d’être.

Deux mâles, brillants analystes, en sont persuadés. Francis Fukuyama affirmait qu’un monde dirigé par des femmes serait moins agressif, moins violent. Fareed Zakaria écrivait que l’arrivée des femmes aux affaires allait transformer le pouvoir, qualifiant d’exceptions ces trois plus grandes dirigeantes du XXe siècle : Indira Gandhi, Golda Meir et Margaret Thatcher. Pourtant, ces femmes prouvent plutôt qu’il n’y a pas de comportement typiquement féminin au sommet du pouvoir, et que l’idéologie et le contexte du pays déterminent les décisions politiques bien plus que le sexe. La représentation culturelle de la femme comme un être peu ambitieux et peu enclin à la compétition est tirée de l’expérience de femmes qui ne se battent pas pour le pouvoir.

Aucune preuve empirique ne confirme ce qui est un désir des femmes, voire un idéal du féminisme : avoir la parité au pouvoir pour changer le monde. Les femmes de pouvoir n’ont jamais transformé ce pouvoir (politique ou économique), mais certaines ont su se servir de leur condition de femme pour l’obtenir, souvent à des fins personnelles. Si le féminisme signifie, fondamentalement, que les femmes doivent rivaliser à armes égales sur le lieu de travail, tout en décidant par elles-mêmes comment organiser leur vie familiale, alors il se gardera de prendre le visage d’une haine des hommes ou d’un règlement de compte, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir. Le monde n’est pas dans une dichotomie entre les hommes et les femmes.

En postulant que «l’existence précède l’essence», Jean-Paul Sartre affirme qu’il n’existe pas d’essence de la femme (ni de l’homme), donc pas de nature humaine, que la femme n’est nullement vouée par nature à vivre dans la domesticité. Être née femme, c’est une situation, et non une détermination qui viendrait priver la femme de liberté. Il ne s’agit pas d’évacuer le poids de la biologie, mais de refuser d’y voir des codes qui programmeraient les femmes (et les hommes) de part en part.

L’existentialisme sartrien est donc un antisexisme, d’où de Beauvoir développe un féminisme universaliste (appartenance pleine et entière des femmes à l’humanité) qui s’émancipe du déterminisme biologique ou naturel, et qu’Élizabeth Badinter prolonge dans un féminisme humaniste (qui ne confond pas humanité et animalité). Ce féminisme égalitariste (de l’égalité des sexes), de tradition française, rejette le féminisme différentialiste et naturaliste qui prime aux États-Unis, selon lequel il y aurait des valeurs féminines et des valeurs masculines, les premières étant dominées par les secondes quoiqu’étant supérieures. À rebours de ce dualisme, le féminisme existentialiste s’oppose radicalement à la parité, au quota et à la discrimination positive : les femmes (comme les catégories ethniques) n’ont pas à être représentées à l’Assemblée nationale ou dans les conseils d’administration, car les parlementaires ou les directeurs d’entreprise sont tenus de servir tout le monde indistinctement.

Imposer des quotas de femmes à des postes à responsabilité a pour risque de sacrifier la compétence, l’expérience et la méritocratie. Or, ce qui compte pour une entreprise, c’est la performance. C’est d’ailleurs le critère par excellence qui permet à des femmes compétentes de monter dans la hiérarchie. À Maurice, il faut définitivement plus d’elles dans les processus de décision, d’autant que la diversité peut créer de la valeur ajoutée. Hélas, en dépit de grands discours sur la gouvernance d’entreprise, trop de patrons maintiennent encore des plafonds de verre. Ils gagneront à traiter la femme sur le même mode que l’homme.

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