One-way bet

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Une large majorité de citoyens avisés sont d’accord. Les voix discordantes sont rares. Nous sommes entrés de plain-pied dans un cycle infernal duquel il ne va pas être facile de sortir. 

Tout commence avant la pandémie évidemment. Les finances publiques, fouettées par l’appétit féroce de nos gouvernants pour des dépenses plutôt pharaoniques, étaient déjà étirées. C’était l’époque (souvenir, souvenir !) où le plafond statutaire de la dette était de seulement 65 % par rapport au PIB et on commençait, nombreux en 2019, à afficher nos malaises puisque la dette du pays avait beaucoup progressé et frôlait alors ce plafond-là. 

En effet, après avoir oscillé aux environs de 50 % du PIB entre 2010 et 2013, la dette gouvernementale grimpait régulièrement par la suite pour atteindre 65,3 % en 2019, selon la définition de la Public Debt Management Act. Autrement dit, il n’y avait déjà plus de marge de manoeuvre arrivé à ce point. Ce qui explique sans doute pourquoi le ministre des Finances en poste en juin 2019, juste avant les élections, disait ne pas pouvoir augmenter la pension de vieillesse par plus de Rs 500… Comment nous aurions fait pour honorer la promesse électorale non pas de Rs 500, mais de plus de cinq fois plus (Rs 2 790 pour être exact), je n’en sais rien et il faudrait clairement poser cette question un jour ou l’autre… car nous sommes évidemment curieux de connaître la réponse. 

Puis est arrivé le coronavirus et la tentation de ne… plus être contraint. La Quarantine Act et la Covid-19 Act de mai 2020 changent la donne, en effet, éliminent les plafonds, ouvrent de nouvelles avenues pour résorber les folies du passé et dépenser à nouveau. Il y avait bien évidemment des mesures exceptionnelles à prendre dans l’environnement économique exceptionnel du début de la pandémie et même s’il y a débat sur la méthode – que ce soit sur la méthode de libeller les Rs 60 milliards que le gouvernement encaisse en one off de la (sa ?) Banque centrale ou les Rs 80 milliards de la Mauritius Investment Corporation (MIC) que le Fonds monétaire international (FMI) souhaite voir – de manière plus véridique – au budget gouvernemental – tout le monde est d’accord que l’économie, mise à genoux par le premier lockdown, avait besoin d’être soutenue. 

Mais le gouvernement, voulant surtout créer l’illusion de la «normalité», accumule les faux coups de barre et y greffe, en plus des «affaires». L’initiative de la Contribution sociale généralisée (CSG), mise sur pied pour honorer une autre promesse électorale, va, selon toute vraisemblance et dans l’attente (inquiétante !) d’un document officiel détaillé, coûter des dizaines de milliards à l’économie et au budget. On ferme le pays pendant 18 mois, ce qui coûte d’autres dizaines de milliards aux compagnies privées et au budget national sans que l’on ne puisse, en fin de compte, éviter ni les contagions ni les morts dont on voulait initialement se protéger – ce qui était pourtant largement prévisible ! On paie le PRB sans broncher. On paie aussi la contribution CSG des employés de la fonction publique ! Le certificat d’urgence ne justifie pas les masques achetés au prix fort, les respirateurs Pack & Blister, le Molnupiravir et bien d’autres. 

Le train de vie du gouvernement que l’on devait réduire de 9 % continue son petit bonhomme de chemin, le sourire aux lèvres. L’affaire Kistnen, en sus de révéler les dessous du financement d’une campagne électorale au n°8, suinte d’affairisme et de copinage. On paie cher son empressement à détruire Betamax (Rs 5,7 milliards), ou à réaliser les actifs de la BAI (le compte final n’est pas connu… étant largement dépendant de la valorisation de la MauBank et de la NIC), on veut quand même étendre les lignes de métro, on achète un nouvel hélicoptère Dhruv pour Rs 1 milliard et on pompe Rs 25 milliards de la Banque centrale via Airport Holdings Ltd dans un two-off qui ne devrait faire rigoler ni le FMI, ni Moody’s… Ça en fait une salade infernale ! 

Et nous n’avons même pas parlé de l’utilisation des Special Funds, de la redéfinition de la dette nationale, de l’utilisation des Special Purpose Vehicles, des fonds qu’il faudra trouver pour couvrir les déficits matériels prévus au National Pensions Fund et des emprunts en devises qui, certes, augmentent nos «réserves» de celles-ci mais seulement artificiellement puisqu’il faudra bien les rembourser ceux-là, contrairement aux recettes d’exportation qui ne semblent pas près de retrouver leur niveau prépandémie de sitôt. 

Une des conséquences majeures de tout cela, c’est la glissade de la roupie. Par 35 % face au dollar depuis janvier 2015. Par 20 % en général face aux devises principales, depuis janvier 2020. Cela a impacté et va impacter les prix, d’autant plus que le fret coûte maintenant plus cher, ainsi que les commodités principales que nous importons (*). 

Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le bilan du gouvernement n’a plus de marge de manoeuvre, à part ce qui reste dans les Special Funds, et que nous nous rapprochons désormais du point (y sommes-nous ?) où il faudra peutêtre emprunter pour financer les dépenses courantes, si on ne les réduit pas solidement. Ou taxer, avec les conséquences que l’on imagine pour les espoirs de reprise ! L’autre problème, c’est que le bailleur de fonds majeur du gouvernement, à part le contribuable, c.-à-d. la Banque centrale, a un bilan maintenant tellement fragilisé (ses fonds propres ayant été réduits en un an de Rs 45 milliards à Rs 12,5 milliards au 30 juin 2021) qu’elle demande, elle-même, à être recapitalisée… 

Mais par qui, puisque le budget gouvernemental paraît lui-même être bien anémié ?

Ce qui mène à la conclusion que la Banque centrale ne peut actuellement défendre la roupie et la renchérir et que la «sel solision» à sa position précaire, c’est la dépréciation de la roupie. Si ce n’est pas une situation de one-way bet, cela y ressemble drôlement. D’autant que les banques centrales de l’Organisation de coopération et de développement économiques vont probablement relever leurs taux d’intérêt face à l’inflation, ce qui va rajouter à la pression. 

Se rend-on compte que la pension universelle de Rs 9 000 de décembre 2019 vaut aujourd’hui 20 % de moins en devises lourdes, soit l’équivalent de Rs 7 200 ou seulement Rs 500 de plus que la pension annoncée au Budget 2019 ? Est-ce démagogique et antipatriotique de le dire ? A contrario, qui voudra nous rassurer en nous indiquant, en détail, que tout va bien, Madame la marquise ? Qui ? 

(*) L’indice des prix de la nourriture d’Index Mundi a progressé de 40 % depuis juin 2020. L’indice de toutes les commodités, sous la poussée du pétrole (+110 % en 12 mois) a plus que doublé, même s’il est vrai que nous n’achetons heureusement pas de gaz russe pour nous chauffer (+ 470 % en 12 mois…). Parmi les rares commodités qui nous intéressent et qui baissent, citons le riz (-18 % en 12 mois).

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