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D’aucuns pourraient arguer que l’initiative d’Emmanuel Macron d’en finir avec les clichés du président français posant au milieu de 54 chefs d’État africains – dont de jeunes putschistes militaires ou de vieux dictateurs ayant cumulé plusieurs mandats – afin de discuter «sans filtre» avec la jeunesse et la société civile africaines mérite d’être saluée comme une avancée démocratique. Car le 28e sommet Afrique-France prend en considération des opinions autres que celles des pouvoirs en place et ce, au-delà des intérêts traditionnels de la France.

Si sur le plan médiatique, les coups de gueule de certains jeunes, comme la Burkinabée Ragnimwendé Eldaa Koama, ont fait le buzz, ils ne devraient pas pour autant occulter les questions de fond du sommet sur l’Afrique, questions portées par de nouveaux interlocuteurs, souvent apolitiques, donc pas du tout dans le fromage. Ces enjeux de diplomatie méritent que l’on s’y attarde, une fois encore, après l’éditorial d’hier, intitulé La diplomatie «sans filtre» et l’Afrique.

Le gros des critiques porte sur le format asymétrique du dialogue : dans un monde postcolonial, un pays comme la France ne devrait pas prétendre accueillir et écouter un continent aussi vaste et constrasté que l’Afrique en sélectionnant un échantillon de… 3 000 jeunes intellectuels, entrepreneurs, activistes de la société civile, artistes et sportifs du continent. Si c’est aux autres pays (que ce soit la France, les États-Unis, l’Inde, l’Italie, la Chine ou la Russie) d’aller vers l’Afrique, le dialogue devrait se tenir où ? À Addis-Abeba, en Éthiopie, seul pays qui a résisté aux puissances coloniales, où se trouve le siège de l’Union africaine (siège dont la construction a été financée entièrement par la Chine) ? Comme l’Afrique est un bloc non monolithique de 54 pays, avec des intérêts et des perspectives divergents, tenter d’accorder les violons des différents pays équivaudrait davantage à… pisser dans un violon !

Pour éviter tout parti pris, la France a cru utile de laisser à un Africain le soin de réunir d’autres Africains. Le choix de l’Élysée s’est porté sur le philosophe camerounais Achille Mbembe, théoricien de la pensée postcoloniale, qui est présenté (par les services français) comme un esprit «qu’on ne peut pas accuser de complaisance envers la France». Mais ce choix, comme n’importe quel autre du reste, ne fait pas l’unanimité. L’Afrique anglophone n’étant pas sur la même longueur d’onde que l’Afrique francophone, qui est elle-même différente de l’Afrique lusophone. Comme on le soulignait hier, il y a mille Afriques, car hormis sa dimension géographique, l’Afrique n’existe pas.

Face à la complexité africaine, après avoir sillonné le continent durant plusieurs mois, Achille Mbembe a brassé large et a proposé aux Français un nouveau fonds d’innovation pour la démocratie en Afrique et la création d’une maison des mondes, avec comme postulat que «la France n’a jamais entretenu de relation UNIQUE avec l’Afrique en tant qu’un SEUL continent mais plutôt la France a entretenu des “relations” unilatérales avec les pays africains. Un continent que l’Europe a divisé et colonisé».

Le progrès de la diplomatie nouvelle est que désormais le point de vue des acteurs africains non étatiques est pris en compte. Avant, le primat était accordé purement aux intérêts français, y compris dans le «pré carré» francophone. Comme le souligne Achille Mbembe, «la part des questions politiques, militaires ou culturelles était marginale».

Aujourd’hui, le challenge serait de réunir, sur le sol africain, tous les chefs d’État africains et leurs peuples autour d’un sommet 100 % africain. Y seraient conviés les autres pays, comme la France, qui veulent dialoguer avec les Africains. L’objectif est de dessiner un plan commun qui va servir à bâtir notre futur commun. L’Afrique pourrait alors poser une feuille de route, qui serait basée sur une relation juste et équitable et transparente, sur la table de négociations avec le reste du monde.

Il y a un adage en swahili qui dit que seul on va vite mais ensemble on va plus loin. L’Afrique n’ira jamais loin tant qu’elle reste divisée. La force des puissants de ce monde repose sur l’union de leurs peuples et de leurs États.

* United States of… Africa. Ce nouveau bloc devrait avoir une place à la table du G20, qui devrait alors se muer en G21.

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