Relance et confiance: même combat ?

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Il nous faut bien réussir notre relance économique.

Un ingrédient vital de cette relance est évidemment la confiance. Le ministre des Finances en est particulièrement conscient, car il s’y est même référé dans une citation en avant-propos de son discours du Budget 2020-21. Citant Kenneth Arrow, économiste américain et Nobel en 1972 avec John Hicks, il souscrit apparemment au point de vue que : «La confiance est une institution invisible qui régit le développement économique». Nous y souscrivons aussi ! Pleinement !

Or, il s’agit de ne pas se tromper. Quand le ministre parle ces jours-ci du «retour de la confiance», il veut peut-être plus prosaïquement parler de la ‘relance’ qui va avoir lieu mécaniquement de toute manière. Pour la confiance, c’est plus compliqué, plus fugace, car il faut d’abord croire ! Et les messages contradictoires ne sont pas alors ce qu’il y a de plus recommandé pour la circonstance…

«Tous ces ministres ne jouent-ils pas pour la même équipe et ne sont-ils pas conscients qu’en se contredisant, ils sèment le doute ? Qu’ils minent la confiance ?»

On vient d’ouvrir nos frontières. S’il y a des situations qui peuvent encore être améliorées, ça semble pourtant se passer plutôt bien ! On n’a plus entendu parler de temps d’attente peu raisonnable à l’aéroport, par exemple : on a dû faire le nécessaire ? Il y a certainement à redire au Jardin de Pamplemousses, notamment contre l’usage intempestif et peu esthétique de tuyaux PVC pour convoyer l’eau, par exemple, mais le pays semble plus propre et les campagnes de nettoyage, y compris celles organisées par le gouvernement, y sont sûrement pour quelque chose. Il est, par ailleurs, peut-être un peu difficile de comprendre comment Maurice a pu se voir décerner 20 prix d’excellence aux 15es World Luxury Awards alors que l’industrie ne tourne pas depuis… 18 mois, mais bien plus tangibles, ce sont les réservations qui sonnent l’espoir et les grands hôtels qui paraissent optimistes. Tant mieux ! Ça va enfin commencer à irriguer un peu le reste de l’économie et dynamiser la relance.

Mais comment raccorder, d’une part, le marketing agressivement positif du ministre Obeegadoo à Top Resa, les propos lénifiants du représentant de l’OMS et les assurances du ministre Jagutpal sur la maîtrise de la Covid-19, qui sanctionnent tous l’ouverture du pays aux touristes, avec, par ailleurs, la prudence affichée par la ministre de l’Éducation nationale ? Comment ne pas conclure à des messages contradictoires et donc à ce qu’au moins un de ces deux messages ne soit carrément à côté de la plaque !

«Le gouvernement aurait intérêt à passer plus de temps à réduire ses erreurs. Car elles sapent et elles érodent et elles minent la confiance dont le pays a tant besoin»

En effet, comment réconcilier les statistiques publiées par le Government Information Service dénotant plus de 1 000 cas par semaine jusqu’au 19 septembre dernier, cas qui diminuent à 695 pour les 7 jours au 26 septembre, puis à 541 cas au 3 octobre, et enfin à seulement 293 cas pour la semaine au 10 octobre dernier avec la déclaration de Mme Leela Devi Dookun-Luchoomun qui explique, le 7 octobre dernier, qu’elle se voit «contrainte de revoir la structure de la reprise des classes, après avoir analysé la situation avec le ministère de la Santé, sous l’œil du High Level Committee», d’être, en conséquence, plus prudente et d’attendre encore un peu avant la reprise ‘normale’ qu’elle avait pourtant déjà annoncée pour le 18 octobre ? Cette baisse de cas est pourtant impressionnante ! Moins de tests, ça ne la bluffe pas ?

Tous ces ministres ne jouent-ils pas pour la même équipe et ne sont-ils pas conscients qu’en se contredisant, ils sèment le doute ? Qu’ils minent la confiance ?

Comme c’est aussi le cas quand on peut nommer deux Chairmen à Airport Holdings, dans la même semaine, sans tenter d’expliquer pourquoi le premier s’esquive au profit du second ? Ce dernier nous répétant d’ailleurs, en chambre d’écho, que la pandémie a démontré qu’Air Mauritius est ‘capitale’ pour le pays, ayant fait le transport de médicaments, de vaccins et le rapatriement de Mauriciens bloqués ailleurs, alors qu’on aurait PU, tout aussi bien (et jusqu’à ce qu’on nous fasse la démonstration contraire), économiser Rs 12 milliards… et affréter quelques avions à la place ? Car, surtout dans une période où l’offre dépassait largement la demande, on nous aurait possiblement fait un bon prix… ?

La confiance n’est pas, non plus, particulièrement dopée avec les nominations sèchement politisées que l’on se propose de faire à l’Electoral Supervisory Commission ; avec le pari d’Airport Holdings ; avec la marmite en ébullition autour du Mauritius Turf Club ou, si l’on veut l’éliminer, on ne ferait pas mieux ; avec les révélations de l’ICAC autour de St Louis Gate et, en particulier, à propos du Central Procurement Board ; ou avec la démonstration cinglante de l’étendue de l’interventionnisme politique (auquel on accorde pourtant une large responsabilité pour la faillite de MK), quand 18 pilotes congédiés pour 5 ans ont été repris après un simple tour de piste au PMO…

«Il faut beaucoup de vérités pour gagner une confiance» dit le proverbe, qui rajoute : «Mais il suffit d’une erreur pour la perdre».

Le gouvernement aurait intérêt à passer plus de temps à réduire ses erreurs. Car elles sapent et elles érodent et elles minent la confiance dont le pays a tant besoin. Pour la meilleure des relances.

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