Moustiques, pandore et sourires…

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Nous l’avons peut-être oublié, mais Maurice a été infesté de malaria pendant des siècles et ce n’est qu’en 1973 que le pays fut déclaré totalement libéré de cette maladie, le dernier cas indigène remontant à 1968.

Pour la petite histoire, malgré d’importants mouvements maritimes avec l’Inde, l’Afrique et Madagascar, il n’y eut apparemment aucun cas déclaré de malaria à Maurice pendant la période coloniale française (1715-1810). Sous les Anglais, aucun cas de malaria n’est cité non plus jusqu’en 1864 quand les premiers cas furent repérés. Une épidémie violente affecta toute l’île entre 1866 et 1868 faisant, tenezvous bien, 43 000 morts sur une population de 330 000 ! C’est alors que de nombreux citoyens, paniqués, quittèrent Port-Louis pour émigrer vers ‘les hauts’. Pendant les 100 ans qui suivirent, la malaria était devenue endémique, causant de nombreuses mortalités par vagues successives. La malaria fut ainsi la principale cause de mortalité jusqu’en 1949 (71 % des mortalités en 1947, 52 % en 1949, 44 % en 1950), quand un vaste programme gouvernemental, le «Malaria Eradication Programme», fut initié. Toutes les maisons et quelques marais furent alors pulvérisés avec du DDT. Encore un mal pour un bien… La dernière mortalité due à la malaria fut enregistrée en 1956 et en 1959, on pouvait même déclarer l’éradication de l’«Anopheles Funestus», le moustique qui était le vecteur le plus fréquent de la malaria.

Par contre l’«Anopheles Gambiae», qui préfère se reposer dans la nature, étant donc plus à l’abri des fumigations des maisons, est toujours présente chez nous. C’est ainsi qu’après le cyclone Gervaise, notre île réimportait la malaria («Plasmodium Vivax» plutôt que le «P. Falciparum») à travers des travailleurs infectés venus d’ailleurs pour aider dans les travaux de réhabilitation du pays et que le parasite se répandit à nouveau : 668 cas furent ainsi identifiés en 1982 par exemple, dont 92 % étaient indigènes. La situation revenait cependant sous contrôle total en 1990. Depuis, c’est l’unité de contrôle aux frontières qui nous protège de la réintroduction du parasite, une quarantaine de cas importés étant en moyenne identifiés par an après l’analyse de ces petites gouttes de sang que l’on étend avec une certaine appréhension sur leurs lamelles de verre, méticuleusement rangées dans des malles en bois. C’est une occasion d’ailleurs de rendre à nouveau hommage appuyé à la «Malaria Unit», depuis rebaptisée la «Communicable Diseases Control Unit», pour le bon travail qu’ils abattent depuis des années déjà et plus récemment pour pister les cas de Covid.

Merci !

Au travers de l’histoire, il est estimé que la malaria a possiblement tué la moitié de tous les humains qui nous auront précédés, soit 50 milliards ! (2). Les enfants ont été particulièrement susceptibles. Si la quinine, une meilleure hygiène de vie, les moustiquaires traitées à la pyréthrine et le DDT ont beaucoup aidé à réduire l’impact du «Plasmodium», la malaria reste une maladie endémique dans de nombreux pays au monde. En 2019, l’OMS estime ainsi qu’il y avait 229 millions de cas de malaria, causant 409 000 mortalités dont 2/3 étaient des enfants de moins de 5 ans. 95 % des cas se retrouvent sur le continent africain. La perspective du réchauffement de la planète va peut-être aussi étendre les zones de propagation du moustique et de la malaria vers le Nord. C’est pourquoi l’annonce de l’OMS, cette semaine, de l’accréditation du RTS, S ou Mosquirix, un tout premier vaccin contre la malaria (notamment contre le «Plasmodium Falciparum») est accueilli avec bonheur.

Après 2.3 millions de doses d’essais cliniques, au Malawi, au Ghana et au Kenya, la conclusion est que ce vaccin va prévenir le parasite dans 4 cas sur 10 et empêcher la forme grave ou mortelle dans 3 cas sur 10, sans effets secondaires notoires. Des dizaines de milliers de jeunes vies vont ainsi être sauvées ! L’OMS annonce l’arrivée de ce vaccin comme étant ‘historique’, les 100 ans d’attente depuis les premiers essais dénotant la complexité du parasite par rapport au simple virus qu’est le Covid ! En passant, les anti-vaccins auraient intérêt à faire le contraste des résultats de ce vaccin avec le taux de succès des vaccins contre le Covid, qu’ils jugent parfois, pourtant… ‘faible’.

Quand il s’agit de sauver des vies, il ne faut surtout pas être trop pointilleux ou regardant, comme on le dit plus populairement, mais correctement, ici !

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Ce que les Pandora Papers viennent confirmer, c’est qu’il y a bien des gens riches qui ne veulent pas le laisser savoir et bien des juridictions disposées à les accueillir ou à fermer les yeux sur l’origine de leurs fortunes quand ça leur convient ; ces pays étant, pour la plupart des pays eux-mêmes… fortunés ! Certains États aux États-Unis, Londres et son réseau de territoires d’outre-mer (dont les îles Vierges desquelles semble émaner cette dernière fuite de documents), Singapour, Hong Kong, Dubaï, ressemblent aux membres d’un club select fournissant des services privés discrets à leurs propres riches d’abord, mais aussi à des tiers, inconfortables qu’ils sont souvent dans leurs propres pays plus pauvres…

Si la transparence des hommes publiques reste nécessaire, la lumière étant le meilleur ‘sanitiser’ contre le virus de la corruption, ces hommes publics doivent s’expliquer tant sur l’origine de leur fortune, que sur leur besoin d’utiliser un centre offshore, que sur celui d’acheter une police d’assurance vendue par… une banque… pour un dollar. Un entrepreneur qui fait légitimement fortune ne doit pas, par contre, être considéré dans la même catégorie qu’un dictateur kleptomane ou qu’un marchand de drogue ou d’armes et la tentation des compagnies recherchant une fiscalité plus légère sera peut-être bientôt réglée par les pays riches eux-mêmes, après l’initiative Yellen ?

Mais tout étant relatif et puisque, dans le monde offshore, Maurice fait figure de pot de terre contre les pots de fer américain, européen, singapourien ou dubaïote ; soyons réaliste, continuons à mettre de l’ordre chez nous mais battons-nous au moins contre l’hypocrisie envahissante (3).

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Un ami m’a récemment envoyé quelques interpellations amusantes et parfois troublantes. Elles sont en anglais ou en français. Je les partage avec vous avec plaisir, pour terminer cette ‘kronik’ plus joyeusement.

Est-ce qu’un enfant prend autant de plaisir à vivre son enfance qu’un adulte à vivre son adultère ? Coquin va ! Comme la réflexion qui demande comment comprendre la popularité de la lingerie si l’amour est vraiment aveugle !

Et puis encore, “why are a ‘wise man ‘and a ‘wise guy’ opposites ?” Bien trouvé ! Dans la même veine on peut aussi noter que ‘overlook‘ et ‘oversee’ disent le contraire, alors que ‘look’ et ‘see’ disent pourtant la même chose ! Allez comprendre…

Et pourquoi donc est-ce que personne ne dit jamais : «Après tout, ce n’est qu’un sport», quand son équipe gagne ? “And why would one take the risk and indeed not see the plain writing on the wall when entrusting all of one’s savings for investment to a… broker” ?

Mais mon favori a été la petite liste suivante : “If lawyers can be disbarred and clergymen defrocked, doesn’t it follow that electricians should be delighted, musicians denoted, cowboys deranged, models deposed, dog owners debarked and dry cleaners depressed ?” Surtout quand adossée à la réflexion que, “if people from Poland are called Poles, why aren’t people from Holland called Holes ?”

Bon dimanche ! Avec le sourire !


(1) https://health.govmu.org/Documents/Statistics/ Documents/mal-history.pdf - :~:text=The%20 last%20indigenous%20case%20of,Anopheles%20 gambiae)%20was%20not%20eradicated. (2) «The Fever : How malaria has ruled Humankind for 500,000 years». by Sonia Shah (3) https://www.lexpress.mu/blog/380350/offshorepeut-blanchir-lhypocrisie-aussi. Maurice est toujours 51e du classement TJN de l’opacite des juridictions, 2020 et a reculé d’une place(15e ) dans le hit-parade des investissements ‘cross border’ fiscalement allégés

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