Perturbations

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Il y a une différence fondamentale entre SERVIR son pays, comme tous les patriotes cherchent à le faire (chacun à sa façon), et SE SERVIR avec l’argent du contribuable. 

Quand on sert son pays, on le fait par amour et on n’attend rien de matériel en retour. Mais quand on se sert, à l’image des chatwa du régime qui sont postés dans des institutions publiques en dépit de leur superbe incompétence, on ne pense pas vraiment au pays, mais surtout à soi-même, à l’argent facile, aux dessous de table, aux salaires extravagants, dont une partie iront dans les caisses du parti politique et une autre pour se payer des berlines, des appartements et des voyages (dès l’ouverture des frontières, svp). 

Ces derniers jours, les histoires affligeantes de ces centaines d’employés d’Air Mauritius au chômage technique viennent contraster et collisionner avec les promotions et millions qu’on verse de façon indécente aux nominés politiques et autres serviles du régime. Elles viennent souligner le triste fait que la méritocratie se retrouve de plus en plus malmenée, voire sacrifiée chez nous. D’une main, l’on coupe les ailes aux pilotes mauriciens et, de l’autre, on fait voler des rampants et des obséquieux dans les sphères décisionnelles.

Attardons-nous sur le cas des pilotes, dont certains sont des lauréats qui ont choisi de revenir au pays natal, alors qu’ils auraient pu déployer leur talent ailleurs. Comme le confient Priya Doobaree, Umayr Beeharry et Raul Koolwant à notre journaliste Karen Walter, leur rêve d’être aux commandes d’Air Mauritius s’est transformé en cauchemar avec la mise en administration volontaire de la compagnie nationale. Si le Covid-19 a cloué au sol, de par le monde, nombre de pilotes de ligne depuis la mi-mars 2020, à Maurice, en raison des opportunités ou alternatives inexistantes, la politique politicienne vient compliquer la donne. «Je suis triste que toute mon expérience et expertise n’aient jamais été demandées/ exploitées à Air Mauritius. J’ai postulé pour des postes à responsabilité, en vain. Je déplore que la compétence ne soit pas reconnue dans cette compagnie comme c’est un peu le cas dans le pays», s’emporte, avec raison, la première Mauricienne à être commandant de bord, Priya Doobaree. 

Si l’aérien, pourtant habitué aux perturbations et secousses, traverse la crise la plus forte et inédite de son histoire, la politique aurait dû miser sur les compétences avérées, et la jeunesse mauricienne, d’autant que, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), la pandémie a généré 118,5 milliards de dollars de pertes à l’ensemble des compagnies mondiales, et que le secteur ne devrait pas retrouver son niveau d’activité de 2019 avant… 2024-2025. Sinon, on va laisser toute une génération de jeunes pilotes, endettés et dans l’expectative, se recycler dans des métiers qu’ils n’auront pas choisis par vocation. 

*** 

Quand on ne peut pas satisfaire les envies et les besoins de nos jeunes cerveaux, à cause de nos pratiques corrompues et claniques, faut-il s’étonner que la plupart des lauréats ne reviennent pas après leurs études pour travailler ? Et combien d’entre eux, une fois leur diplôme en poche, s’en fichent de l’accord qu’ils ont signé avec l’État mauricien en acceptant leur bourse d’études ?

Sur le plan moral, la République de Maurice est-elle en droit de blâmer ses enfants qui ne reviennent pas en sachant que les règles régissant le marché du travail – que ce soit dans le public ou le privé – sont faussées à la base ? 

On le sait, mais on ne fait pas grandchose pour inverser la tendance : la fuite des cerveaux provoque des effets négatifs – insoupçonnés et incalculés – sur notre croissance et notre développement économique. L’émigration mauricienne tend à s’accélérer aujourd’hui en raison de cette mondialisation qui paupérise les pays vulnérables comme le nôtre, en forçant nos meilleurs diplômés ou travailleurs à l’exil.

Plusieurs études démontrent que tant que les facteurs conduisant à l’émigration (crises économiques, taux de chômage élevé, manque de services sociaux adaptés comme la santé et l’éducation, communalisme, népotisme et absence d’égalité des chances et de justice sociale, etc.) persisteront, il sera quasi impossible de faire revenir les expatriés, dont ces lauréats que nous idolâtrons aujourd’hui. Ceux qui ont vécu dans de grandes capitales vous le confirmeront : ce n’est pas facile de rentrer au pays et retrouver certaines mentalités étriquées (proportionnelles à la superficie du bassin mauricien) et des passe-droits dignes d’une république bananière. 

En ces temps d’ouverture, on ne devrait pas non plus célébrer l’insularisme : en allant travailler à l’étranger, les expatriés peuvent nous enrichir de multiples façons. La migration pourrait être bien plus bénéfique pour nous à condition de traiter le sujet avec pragmatisme. Avec une stratégie bien ficelée, elle pourrait évoluer progressivement – et positivement en notre faveur. Avatar de la colonisation, la migration pourrait potentiellement se muer en la diaspora de l’intelligence, grâce à Internet qui nous rapproche de ceux qui ont pris leurs distances. Mais ici aussi il faut leur donner voix au chapitre, avec ou sans la bénédiction des nominés de l’Electoral Supervisory Commission

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