Vers une alliance Covid-Bollywood ?

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Les Mauriciens qui ont suivi l’évacuation de Navin Ramgoolam vers l’aéroport de Plaisance dans l’après-midi du mercredi 8 septembre auront vécu des images surréalistes conçues par des metteurs-en-scène qui feraient fortune à Bollywood. Les cinéastes amateurs s’étaient apparemment préparés pour n’importe quelle fâcheuse éventualité qui aurait pu contrarier ce transfert de la clinique à l’avion de SpiceJet venu assurer l’évacuation de l’ancien Premier ministre vers l’Inde. Ainsi, on avait mobilisé deux ambulances, l’une transportant Navin Ramgoolam, l’autre en stand-by au cas où le premier véhicule tomberait en panne. 

Les metteurs-en-scène s’inspirant sans doute aussi des opérateurs de la Mossad avaient même pris des précautions contre toute oeuvre de sabotage du Boeing 737 de SpiceJet par le biais de drones ou tout autre objet. Donc, pour parer à cette éventualité, le gouvernement a mobilisé le Dornier qui a survolé la région pour apparemment protéger l’appareil indien de tout danger, jusqu’à son décollage et son envol. Une opération sans faille montée par les services de sécurité. 

Il serait aussi important de faire remarquer que le ministère de la Santé a délégué un médecin-urgentiste, la doctoresse Prittysingh Bossoondyal, pour accompagner le leader travailliste lors de son voyage. À New Delhi même, la haute-commissaire mauricienne en Inde, Maya Hanoomanjee, a participé pleinement aux démarches autour de l’arrivée de Navin Ramgoolam à l’aéroport et son évacuation immédiate à l’All India Institute of Medical Sciences. 

C’est dire qu’on n’a rien laissé au hasard pour donner satisfaction à Navin Ramgoolam qui aurait exprimé son vif agacement face aux tracasseries rencontrées lors des premières démarches entreprises afin d’assurer son hospitalisation en Inde. 

Qui a intérêt à se montrer aussi accommodant et aussi bienveillant envers l’ancien Premier ministre ? Évidemment, il s’agit de l’actuel Premier ministre. Ce dernier a sans doute réalisé que dans une situation de lutte à trois, entre Paul Bérenger, le Parti travailliste et le MSM, le MMM pourrait bien tirer profit de la division dans un bloc de l’électorat. Tout le monde a pris conscience de ce facteur. De ce fait, une alliance entre les Travaillistes et le MSM pourrait bien priver Paul Bérenger d’une victoire. Ce scénario, le leader du MMM le craint. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’il laisse maintenant la porte ouverte aux Rouges dans le contexte des municipales. 

Il est peu vraisemblable que Navin Ramgoolam soit disposé à conclure un deal avec Paul Bérenger uniquement pour pouvoir monter un front contre le MSM. Le leader travailliste exigerait le leadership de l’alliance de l’opposition non seulement pour affronter des élections municipales mais les générales aussi. 

Les expressions de soutien que le leader travailliste a obtenues ces derniers jours prouvent qu’il dispose encore d’une énorme force de frappe. Quand Paul Bérenger avait déclaré qu’il n’était pas question que Navin Ramgoolam soit pris on board tout en se montrant affectueux envers Arvin Boolell, il a déclenché une réaction en chaîne. Notamment, en favorisant un dégel entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth. Tout cela est d’ailleurs symbolisé par tout le tamtam officiel mis en scène de la clinique Wellkin à l’aéroport le mercredi 8 septembre. 

Tout ce scénario digne de Bollywood avec sans doute la bénédiction de Narendra Modi semble si loin des épisodes de février 2015 quand Navin Ramgoolam subit un traitement brutal aux mains de certains officiers de police- l’un d’eux s’étant fait particulièrement remarquer avec l’épisode chemise- lorsqu’il fut arrêté dans l’affaire des coffres-forts. Mais en politique à Maurice, même si la vengeance reste toujours un plat qui se mange froid, les intérêts fondamentaux priment sur les sentiments. Ce qui explique les contorsions et les acrobaties des plus surprenantes auxquelles on assiste régulièrement. Les anciens adversaires deviennent des alliés du jour. Des partenaires sont bottés hors de la scène quand la situation l’exige. 

Il faudrait maintenant voir comment Navin Ramgoolam va se comporter dans les semaines à venir. Pravind Jugnauth a déjà dévoilé ses cartes. Le fait que Navin Ramgoolam n’ait pas nommé Arvin Boolell, le leader parlementaire, comme leader suppléant du parti pendant sa convalescence serait très significatif. Il a mis en place une direction collégiale qui comprend aussi l’intrépide Shakeel Mohamed. Il est clair que le leader rouge entend conserver et l’appareil du parti et le groupe parlementaire comme de la monnaie d’échange lors d’éventuelles négociations d’alliance. Ce serait soit le leadership d’une alliance des partis d’opposition, soit un deal honorable avec Pravind Jugnauth. On ne sait pas encore quel serait l’impact des présentes pétitions électorales mais en principe les prochaines élections devraient se tenir au plus tard en 2024. 

En attendant l’échéance de 2024, il faudrait se préparer soit à un encerclement du gouvernement par toutes les forces de l’opposition menées par Navin Ramgoolam. Soit, un modus vivendi entre les Rouges et le MSM selon la formule post-2008 quand une alliance tacite avait été déjà conclue entre le Premier ministre Navin Ramgoolam et le président Anerood Jugnauth. Ce qui devait se concrétiser par le soutien des Travaillistes, lors de l’élection partielle de 2009, à Pravind Jugnauth. Ce qui déboucha éventuellement sur l’alliance électorale PTr-MSM en 2010. 

Les bookmakers auront intérêt à ouvrir des paris sur une future alliance engendrée par l’épisode Covid-Bollywood.

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