C’est la CSG, c’est une promesse, avalez !

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Dans les milieux du secteur privé qui auront renoué le «dialogue» avec le gouvernement, on semble particulièrement heureux de cette situation qui, après de longs mois de portes fermées peut, on le pense, faire avancer certains dossiers.

Vont-ils vraiment avancer, cependant ? Car, dans ces mêmes milieux, on concède volontiers que ce parti au pouvoir a toujours eu l’habitude d’écouter, puis d’en faire qu’à sa tête… À cet effet, l’ouverture de l’aéroport était déjà décidée car l’État n’avait plus les moyens de financer plus avant les conséquences de sa fermeture. Le dialogue renoué n’a pas ouvert le ciel, mais seulement permis d’en mieux préciser les modalités…

Évidemment que les deux points de vue qui se retrouvent autour d’une table de dialogue ne peuvent pas être identiques, ni même parfois similaires. Il ne faut évidemment pas que les décisions politiques d’un pays puissent être dictées exclusivement par le secteur privé, d’ailleurs. Car, on appellerait ça alors, tout bonnement, du «State capture», n’est-ce pas ? Les Gupta de l’Afrique du Sud n’ont d’ailleurs rien inventé de nouveau à ce niveau. De tous temps et dans tous les pays, les investisseurs et les détenteurs de capitaux essaient de se faire entendre et de favoriser ce qui leur sera profitable. C’est normal et prévisible qu’il en soit ainsi. Mais il y a tout de même deux types de «lobbying» qui doivent être reconnus, et il est du devoir d’un gouvernement de bien les distinguer et de favoriser l’un mais sûrement pas obligatoirement l’autre. Je n’ai jamais croisé, par exemple, l’argument qui veut que ce soit quand on vend beaucoup de voitures neuves que l’économie va bien ; plutôt son contraire. On apprend à tout âge.

«La pension universelle coûtera 8,5 % du PIB à l’horizon 2023-24 (22 % du PIB en 2060 ?) alors que les revenus de contrepartie ne seront que de 1 % !»

La première catégorie est clairement axée sur l’avantage personnel ou particulier, peu importe le bien du pays et de ses citoyens. Parfois même le pays dans sa globalité va en souffrir, même si certains vont en bénéficier. La deuxième catégorie va clairement concerner le bien commun. La difficulté est évidemment que la grande majorité des dossiers défendus auprès des autorités sont à la recherche d’arguments plaidant… le bien commun ! C’est là qu’un gouvernement se doit de voir clair et de privilégier ce qui va véritablement faire avancer le pays dans son ensemble.

Quand le premier budget Lutchmeenaraidoo fut présenté, par exemple, un de ses constats majeurs était que le jeu faisait beaucoup de dégâts, surtout dans les familles les moins fortunées ; le jeu faisant notoirement plus l’affaire de ceux qui organisent et qui gèrent le jeu et de ceux qui voient le bénéfice des taxes gouvernementales et du financement des partis politiques. Les mesures restrictives alors proposées par le ministre furent socialement responsables, mais cela ne dura, malheureusement, pas longtemps. Une enquête sociale détaillée éclairerait sans doute les nombreux drames familiaux qu’engendrent les appels à l’illusion de «l’argent facile» ? Tous sont, en effet, invités à jouer pour gagner gros, mais il faudra d’abord que de nombreuses personnes perdent – y compris, trop souvent, le budget familial du mois – pour financer les «heureux gagnants» et, bien entendu, l’organisateur de paris, le fisc et les bénéficiaires de diverses prébendes.

La CSG brasse plus large. Il y aura, en effet, plus de ‘gagnants’ en 2023 qu’au Trifecta ou au Lotto, mais la CSG reste un terrible pari ! Quand les voix autorisées du secteur privé se mettent debout, comme un seul homme, pour s’y opposer, elles ne plaident pas seulement leur cause, mais avant tout celle du pays ! La seule difficulté à le faire réside dans le fait que les ‘bénéfices’ découlant d’une promesse électorale irresponsable sont là, presque devant les yeux et tangibles, en 2023, pour les 178 000 65 ans+ et que les ‘coûts’ sont, quant à eux… pour plus tard, vagues, diffus et impactant la nébuleuse des caisses publiques qui «n’appartiennent à personne», alors même que remplies par tous !

Pourtant, cette véritable «payroll tax» est insoutenable dans le temps, puisqu’alors que la population vieillit, avec de moins en moins de jeunes pour travailler, ces derniers devront forcément (avec leurs employeurs) être taxés de plus en plus chaudement ! Pourtant, les employés du secteur privé, qui représentent 80 % de l’emploi national, vont payer ce que l’employé du secteur public ne paiera pas ! Pourtant, nous dit le FMI, la pension universelle coûtera 8,5 % du PIB à l’horizon 2023-24 (22 % du PIB en 2060 ?) alors que les revenus de contrepartie, le NPF ayant été torpillé, ne seront que de 1 % ; le «trou» étant donc estimé à Rs 37,5 milliards, à l’estimation d’un PIB retrouvé de Rs 500 milliards à cet horizon !(*). Pourtant, le NPF ayant été démobilisée, un des moteurs principaux de la SEM et de l’achat des bons du Trésor du gouvernement ne sera plus là – pire, le NPF va devoir vendre son portefeuille au cours des années qui arrivent, noyant et dépréciant donc les marchés financiers dans son sillage. Les portefeuilles d’investissement (y compris ceux des pensions privées) n’ont qu’à bien se tenir !

Mais pire que tout, malgré des invitations pressantes, le ministre des Finances ne s’est jamais senti la responsabilité d’expliquer ses chiffres, d’étayer comment il va financer cet item goulu dans le budget national, alors même qu’il s’engage, en même temps, à réduire le déficit budgétaire et l’endettement du pays ! Aveu de faiblesse, manque d’argument ou je-m’en-foutisme parfait ? À la place, il persiste et signe… Une loi dans le «Finance Bill», que l’on rebaptise le «Social Contribution and Social Benefits Bill», ce qui, du coup, pourrait, espère-t-on, éliminer le cas en cour contre la CSG ! La Cour suprême avalera-t-elle un tel… boa ?

La réforme de la CSG était supposée être un remède aux difficultés du NPF, qu’il suffisait pourtant de reformer («means testing», retraite plus en ligne avec l’espérance de vie, investissements un tantinet plus ‘professionnellement’ menés). Au contraire, un peu comme les remèdes à base de mercure qu’on utilisait pendant longtemps contre la syphilis et qui finissaient par tuer le malade plus rapidement après une courte trêve apparente, cette CSG apparaît plus dangereuse que le mal qu’elle était supposée guérir, d’autant plus que ses géniteurs ne seront sûrement plus là quand il faudra en payer les conséquences…

Une de celles-là sera sans doute la monnaie de singe.

Les paris sont ouverts : que vaudront l’euro, le dollar, le sterling, la roupie indienne et le rand au 30 juin 2023 quand la CSG de Rs 4 500 va être payée aux 65 ans+ !

Une bouteille de champagne (achetée, par prudence, en roupies dès maintenant…) à celui qui soumettra la prédiction la plus exacte…

(*) La seule CSG y contribuant un minimum de Rs 6 milliards de plus selon Business Mauritius

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