Démocratie et culture : Adieu ma... liberté !

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Le film culte de Chen Gaige, Palme d’or ex-aequo en 1993 au festival de Cannes, Adieu ma concubine, nous ramène, entre autres, à des sujets «tabous» en Chine telle que l’homosexualité. Les personnages féminins dans l’Opéra classique de Pékin sont presque toujours «mieux» joués par des hommes, depuis des générations. Mais cette tragédie, «shakespearienne», diraient certains, est aussi un film qui nous ramène surtout à une période charnière de l’histoire politique de la Chine et à l’émergence du communisme dans ce pays, avec en face Tchang Kaichek (Jiang Jieshi), dirigeant du Parti Nationaliste (Kuomintang/ Guomintang) et qui avait comme épouse Song Meili, celle qui, dans les années 1930, était une des femmes les plus riches du pays. Dans cette Chine pauvre, elle n’hésitait pas à s’afficher avec ses manteaux de vison et à rouler en Rolls-Royce. Une autre sœur Song était mariée au fondateur de la République chinoise, le Dr Sun Yatsen.

Peu de dirigeants chinois à cette époque avaient de la sympathie pour le Parti Communiste Chinois, le PCC (comme à l’île Maurice aussi d’ailleurs) qui va bientôt fêter ses cent ans d’existence. Les évènements dramatiques après l’arrivée des communistes au pouvoir, tels que le Grand Bond en Avant et la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne vont venir assombrir l’évolution du PCC, qui avait réussi à mettre les Chinois debout face aux occidentaux impérialistes. En même temps, la femme chinoise va s’émanciper du féodalisme. Puis, sous la houlette de Deng Xiaoping, un des premiers dirigeants du PCC, victime lui-même à plusieurs reprises des luttes de tendance au sein du parti, le «nouveau capitalisme d’Etat» va surgir comme un grand «dragon» pour rivaliser avec le pays le plus riche de notre planète, l’ennemi impérialiste de toujours, les États-Unis d’Amérique. Les USA dont la Chine prétend vouloir prendre la place prépondérante au sein de la communauté internationale, avec des velléités parfois justes même si pas nécessairement correctes «politiquement» mais aussi avec des méthodes sans vergogne vis-à-vis des opposants du régime actuel ou de son président à vie. Certains diront que la «réussite» n’aurait pas été possible avec un système «démocratique» à l’occidentale et (il faut aussi qu’ils aient le courage de le dire) que, grâce à un système de parti unique et l’appui de son armée, cette Chine ne se contentera plus d’une «route» pour vendre du thé et de la soie uniquement.

«Une pomme par jour ?»

C’est pourtant connu, une pomme par jour, c’est bon pour la santé. Mais, c’est là que le bât blesse. En Russie, Poutine n’hésite pas à éliminer ses opposants (poison, prison, intimidation...), son «clone» servile Loukachenko, en Biélorussie, fait de même. D’Erdogan en Turquie, de Bolsonaro au Brésil on peut aussi citer des ex-figures révolutionnaires comme Daniel Ortega au Nicaragua comme dirigeants de régime sanguinaire. Bref, il y a beaucoup d’autocrates dans le monde aujourd’hui. Presque partout en Occident, nous pouvons les critiquer sans le risque de finir nos jours en prison ou payer de notre vie.

Ce n’est plus le cas de Hong Kong aujourd’hui : «Adieu la liberté.» Plus d’Apple Daily, ses dirigeants en prison et certains Hongkongais commencent à avoir peur «de leur propre ombre», comme au temps de la Grande révolution culturelle prolétarienne. Leur ombre pourrait les dénoncer au parti, que ce soit dans leur pratique religieuse ou dans la volonté d’exprimer une opinion. C’est ce qui s’appelle un régime de terreur et il ne faut pas hésiter à le dire : ceux qui sèment la terreur sont des terroristes. Ils accusent, pourtant, leurs opposants d’être des antipatriotes qui mettent en danger la sûreté de l’État au bénéfice des étrangers.

Certains «étrangers», connus du «monde chinois», pourraient prendre position pour dénoncer ce terrorisme d’État mais ils ne disent rien sur ce qui se passe à Hongkong. Jean Pierre Raffarin, ex-Premier ministre de la France en tête, reste un inconditionnel des dirigeants chinois. Pas nécessairement de la Chine et sa grande histoire Révolutionnaire ou de sa riche contribution à la civilisation humaine mais par pur opportunisme commercial.

«Que veut dire «être traître à la patrie ?» Certains Chinois non continentaux répètent : «You can take a Chinese out of China but never China out of a Chinese.»

Poète, écolo et citoyen du monde

Se tourner vers la littérature et la poésie est une option. Jean Marie Gustave Le Clézio (JMGL), combattant de la liberté et des droits de l’homme, le montre déjà dans sa préface pour Quatre générations sous un même toit du grand écrivain Lao She. Celui-ci a été «suicidé» par les gardes rouges au lac de Bei Hai à Pékin. Dans cette introduction, JMGL n’hésite pas à dénoncer l’armée japonaise comme «impérialiste». Les Européens des légations ne sont pas épargnés, eux qui vont interdire ces lieux aux chiens et aux Chinois et qui vont tous essayer de soumettre la Chine à leur pouvoir et intérêts coloniaux.

JMGL nous parle avec tant d’émotion des «lucioles» du poète Li Bai (de la dynastie des Tang) dans un de ses derniers ouvrages Le Flot de la poésie continuera, Ed. P Rey. Il est très apprécié dans les milieux universitaires chinois (Cinq causeries sur la Chine, Ed. Gallimard). Il a pris position contre la répression des jeunes à la place Tian Anmen en 1989. Il félicite Greta Grunberg et, récemment, il a écrit un excellent article sur la souffrance des Indiens Kunas. Mais, sauf erreur, rien sur Liu Xiaobo, aussi poète et écrivain, mort (ou assassiné) en prison sans avoir pu recevoir son prix Nobel en 2020 ni rien sur Hong Kong ? Il doit avoir de bonnes raisons et, encore une fois, tout en ayant une grande admiration pour l’ensemble de ses œuvres, on peut ne pas être d’accord avec lui, sans risquer pour autant d’être menacé. JMGL (dans le même livre cité plus haut) nous en reparle, à travers le personnage de Wu Zetian, la seule impératrice (aussi de l’époque Tang, glorieuse période de la civilisation chinoise), «spécifiquement féminine, elle fut une remarquable administratrice, favorisant la paix et l’harmonie entre les peuples de Chine, elle se distingue aussi par son goût pour la culture et est à l’origine d’un renouveau de la littérature féminine, en commandant l’édition de la première anthologie consacrée aux femmes».

Si elle a fait couler beaucoup d’encre, elle a aussi fait couler beaucoup de sang. Très intéressée par le Bouddhisme aussi, elle personnifie même le paradoxe de l’histoire de cette grande Chine. La vie en soi l’est, avec beaucoup de contradiction. Qui n’en a pas quand on est à la recherche permanente de la justice ? Dire et reconnaître que l’on s’est trompé par exemple. Les fanatiques et les chauvins ne le diront pas, jamais même !

Patriotisme ou chauvinisme

Aussi, posons la question : que veut dire «être traître à la patrie ?» Certains Chinois non continentaux répètent «you can take a Chinese out of China but never China out of a Chinese». Un peu chauvin mais sans réelle conséquence, pas trop grave diraient certains ! Il faut le rappeler : ce chauvinisme Han avait été dénoncé par le président Mao en personne. Remplacer la lutte des races par la lutte des classes, demandait-il dans certains discours mais ce «han zhuyi» est confucéen et, depuis longtemps, profondément ancré dans l’esprit chinois. «Nous sommes au centre, pays du milieu» et tout ce qui en dehors du centre (Zhong Guo, pays du milieu) est «barbare». Imaginez un Écossais rouquin dans les rues chinoises à une certaine époque. C’étaient un «Hong Mao Gui», littéralement rouge/poil/diable = diable au cheveu de feu ! Quid des Mongols, Tibétains, Ouïgours et autres… Nippons qui ne sont pas Han = tous des diables étrangers!

Dans ce contexte, critiquer le PCC est un crime contre la patrie. Ne pas vouloir être aveuglément chauvin est un crime. Anne Cheung, professeure au Collège de France, dit que la Chine ne reconnaît pas la contribution et l’influence de l’Inde à travers la pénétration du bouddhisme que les lettrés sont allés chercher de leur propre gré et non contraints et forcés.

Enfin, mais tristement, plus d’Apple Daily parce qu’un parti ne tolère pas que l’on remette en cause son autorité, après que les Hongkongais aient cru qu’«un pays, deux systèmes» était une possibilité et non un leurre. Ce parti a maintenant comme objectif de faire courber l’échine à un autre parti, démocratiquement élu à Taïwan, qui a maintenant une courageuse présidente à sa tête. Il a même rallié à sa cause son ennemi d’hier, le Kuomintang. Les ennemis d’hier sont des amis d’aujourd’hui, par pur opportunisme et par «patriotisme».

Alors, il ne nous reste plus qu’à dire «Adieu ma liberté» à Hong Kong et que des larmes à verser. Pour cela, un autre érudit de la littérature chinoise que fut le sinologue belge, Simon Leys (de son vrai nom Pierre Ryckmans) a aussi été victime. Il a été Professeur à l’Université de Canberra mais son nom a toujours prêté à controverse. Les milieux intellectuels de gauche «maoïste» du Bld St Germain à l’époque de Mai 1968 n’hésitaient pas à le qualifier d’agent de la CIA. Il va jeter un premier pavé dans cette «mare aux grenouilles maoïstes» en dénonçant l’Empereur Rouge dans Les «Habits Neufs du Président», le PCC dans «Ombres Chinoises»,… etc. Mais Simon Leys est aussi un Lao She qui cite Zhou Lianggong, un célèbre lettré du XVII°s. Celui-ci raconte cette fable : «un vol de palombes avait pour un temps élu domicile dans une certaine forêt. Plus tard, repassant dans la région, les palombes s’aperçurent que la forêt avait pris feu. Elles s’élancèrent aussitôt vers la rivière, y trempèrent leurs ailes et revinrent secouer les gouttes d’eau de leurs plumes au-dessus de l’incendie. Comme elles s’affairaient à ce manège, Dieu leur dit : Votre intention est certes touchante, mais je crains fort qu’elle ne serve pas à grand-chose. On s’en doute un peu, répliquèrent les oiseaux. Mais, que voulez-vous, nous avons habité cette forêt et ça nous fend le cœur de la voir ainsi ravagée.»

Les «gouttes d’eau» de ce vol de palombes sont nos larmes pour la liberté d’expression à Hong Kong. Les Mauriciens qui critiquent leurs dirigeants (aujourd’hui, heureusement encore possible mais, «ziskakan ?» sont-ils des traîtres à leur Patrie ? Il faut dans ce cas rendre hommage à feu notre poète, Edouard Maunick : Fusillez-moi !!

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