Le budget expliqué aux jeunes

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À Anil, Françoise, Yousouf et les autres…

Je vois bien, les amis, votre désarroi et votre incompréhension. Depuis peu vous entendez, de la bouche des adultes qui vous entourent, que ce mot de «budget». Mais vous avez l’impression que les grandes personnes sont à couteaux tirés à ce sujet. Il y a une qui dit que c’est un budget pas-mal-bon- homme ; l’autre dit qu’il est nul. Vous ne savez plus à quel saint vous vouer.

Vous avez lu des journaux, suivi des émissions à la télévision, vous avez écouté les débats à la radio pour chercher à comprendre. Mais plus les grandes personnes parlent moins vous comprenez. Vous êtes plus perdus encore en écoutant les débats au Parlement. Et vous n’êtes pas loin de penser que le budget ne parle pas de vous en tous cas, qu’il n’est pas fait pour vous, qu’il ne s’intéresse pas à votre avenir.

Vous êtes déroutés parce qu’on vous a dit au collège que le budget c’est quand le ministre vient faire les comptes de la nation et nous dire les projets que le gouvernement se pro- pose d’exécuter, avec l’argent amassé, pour vous préparer une vie tranquille et confortable. Le prof avait même expliqué que le budget de la nation, c’est comme le budget de la famille. Le ministre est censé nous dire quel argent nous possédons dans les caisses, lequel est le fruit du travail de tous les Mauriciens, et comment il le dépensera, dans notre intérêt à tous, sans le gaspiller, et surtout sans dépenser plus que nous ne possédons. Exactement comme les parents à la maison.

Vous savez bien comment cela se passe : à chaque fin de mois, les parents font les comptes, ils calculent leurs revenus, ils font la liste de leurs dépenses, ils s’assurent de ne pas débourser plus qu’ils ne gagnent. Au cas contraire, ils vont devoir s’endetter. Ils savent que s’ils persistent à dépenser à chaque fois plus qu’ils ne gagnent, ils risquent la banqueroute, ils pourraient ne plus pouvoir assurer l’avenir des enfants, ne plus pouvoir payer leurs études le moment venu, ne plus pouvoir leur offrir les meilleurs soins de santé. Un bon père de famille fera tout pour ne pas briser ainsi l’avenir de ses enfants. Très souvent, vous avez vu vos parents renoncer à des achats qui leur auraient fait plaisir pour épargner et investir plutôt dans vos projets d’étude.

C’est pourquoi vous n’avez pas cessé d’entendre certains adultes parler des risques et de l’injustice d’un endettement exorbitant. Ils ont raison parce que cela veut dire que ces Messieurs sont en train de contracter des dettes aujourd’hui en se disant que c’est vous qui aurez à les rembourser demain. Ce qui fait que vous êtes personnellement endetté avant même d’avoir gagné votre premier sou dans la vie.

Depuis des années, budget après budget, le gouvernement dépense beaucoup plus que les revenus que le pays génère. Cette année, la situation est plus grave encore en raison du Covid-19. Nos revenus ont continué à baisser mais nous avons persisté à dépenser pareillement, en faisant parfois des dépenses inutiles.

Vous voyez bien le problème : nous importons de tout pour nos différents besoins, y compris pour notre alimentation, et nous importons trois fois plus que nous exportons. C’est ce qu’on qualifie de déficit commercial. Ces déficits sont maintenant chroniques. Le grand risque est que nous finirons par manquer de devises. Ce serait dramatique.

Pour faire face à cette situation, donner le change et continuer à vivre au-dessus de nos moyens, le ministre des Finances a trouvé commode de puiser dans les réserves du pays qui sont gardées par la Banque centrale ; il l’a fait l’année dernière. Cette année, il a été cherché les réserves des organisations paraétatiques. Maintenant qu’il a cassé toutes les tirelires, il sera forcé d’emprunter toujours davantage et c’est vous qui allez devoir rembourser, le ministre ne sera plus là. Et comme il a un peu honte quand même, il utilise toute sorte de moyens pour cacher la vérité des chiffres.

Mais vous avez compris que le budget national n’est jamais qu’un simple exercice comptable : combien d’argent rentre dans les caisses et combien en sort. Chaque année, le pays tout entier écoute avec la plus grande attention le discours du budget que fait le ministre. Au fait, chacun d’entre nous, là où il se trouve, veut trouver dans les propositions du ministre, des raisons d’espérer que l’année qui vient sera meilleure. Vous avez été particulièrement attentifs aux propositions portant sur la création d’emplois. Vous savez que le pays compte de moins en moins d’usines, elles emploient moins de jeunes; un jeune sur quatre n’est pas employé. Quand il y a des emplois dans certains secteurs, vous n’avez pas les qualifications requises.

Tout cela fait que vous êtes plutôt sceptiques. Je comprends votre méfiance. Pour nous convaincre que le pays va renouer avec la croissance économique cette année, le ministre s’appuie sur plusieurs facteurs mais les deux principaux sont : 1) la construction de drains dans un grand nombre de villes et villages que le ministre a pris plaisir à énumérer; 2) l’ouverture des frontières et l’arrivée programmée de 650 000 touristes.

L’idée de construire des drains là où il en manque n’est pas sans intérêt. Mais espérer que cet investissement générera de la croissance est bien audacieux. Ce type d’investissement public est généralement réalisé dans l’espoir qu’il aidera à la création d’emplois, dopera la demande intérieure et améliorera le revenu national. Rien n’est moins sûr. Je ne vois pas beaucoup de jeunes Mauriciens se transformer en constructeurs de drains. Je vois bien des Bangladeshis débarquer, travailler, se faire payer, économiser et remettre l’essentiel de leurs revenus mauriciens à leurs parents restés au pays.

L’autre espoir du ministre est le retour des touristes. Comme on aimerait que cela se matérialise ! Mais tabler sur le retour des touristes au cours des prochains mois sans nous dire ce qu’il sera advenu d’Air Mauritius, c’est mettre la charrue devant les bœufs.

Le seul et vrai tournant de ce budget 2021, c’est l’accent mis sur la production des énergies renouvelables. Il y a là des perspectives stimulantes, y compris pour l’industrie sucrière qui était au bord de l’asphyxie. Le pari de produire l’essentiel de l’énergie que nous consommons en exploitant les ressources que nous possédons est tenable. Nous avons perdu beaucoup de temps. Il faut vite trouver le champion qui pilotera ce projet d’avenir d’autant plus que le ministre s’est fixé un calendrier extrêmement court pour atteindre l’objectif de produire 60 % de nos besoins énergétiques à partir des énergies renouvelables.

Il faudra maintenant remobiliser le secteur privé, restaurer le dialogue public-privé, ce que semble vouloir faire le ministre. S’il réussit le pari du tournant écologique, le ministre Padayachy gagnera l’estime de la jeune génération. Et il n’y a pas que les Seniors qui votent…

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