Vendettas : Zot fané, nou péyé !

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Les vendettas politiciennes ne coûtent plus des millions mais des milliards aux contribuables et aux générations futures. Elles alourdissent le fardeau déjà insupportable de la dette publique. Elles creusent le déficit budgétaire. Cependant, jamais les politiciens, de tous bords confondus, pourtant à la base de ces mauvaises décisions, ne s’excusent, encore moins reconnaissent-ils leur part de responsabilité... Faudrait songer à les faire payer. 

En 1996, fraîchement arrivé au pouvoir, le gouvernement travailliste, dans une logique de revanche, met brusquement fin au contrat qui lie le ministère de l’Éducation (alors sous l’égide de feu James Burty David) au Sun Trust. Le contrat de location devait prendre fin en 2002, mais les Rouges ne voulaient plus financer le «bâtiment de la honte», sis à la rue Edith Cavell. Le MSM, qui s’estime lésé, porte l’affaire en cour. 

En 2004, le juge Asraf Caunhye (aujourd’hui chef juge) condamne l’État (pas le gouvernement travailliste !) à payer au Sun Trust la somme de Rs 45 222 720. Le Sun Trust était représenté par Me Yousuf Mohamed. Dans les deux plaintes, rédigées par Me Girish Nunkoo, avoué, le Sun Trust était représenté par nul autre que Pravind Jugnauth. 

Une décennie plus tard, en 2014, au lendemain de leur grande victoire électorale sur le duo Navin Ramgoolam-Paul Bérenger, la dynastie Jugnauth veut cette fois-ci passer à l’attaque. Les vendettas sont alors encouragées par les nouveaux ministres qui font tout pour plaire aux propriétaires du Sun Trust.

Deux bailleurs de fonds du régime travailliste sont alors identifiés. Il s’agit de la famille Rawat, à la tête l’empire BAI (dont les comptes sont au rouge), et de la famille Bhunjun, propriétaire du Red Eagle. 

Alors que l’on nous avait promis que le démantèlement de la BAI n’allait pas coûter un sou au contribuable, on a vu, en mai dernier, que cela a englouti quelque Rs 24 milliards de notre argent (si on inclut l’ardoise relative à la National Insurance Company). 

Et aujourd’hui, avec la décision du Privy Council par rapport à la rupture du contrat de Betamax, le Dr Renganaden Padayachy, qui a déjà un trou de Rs 28 milliards dans son Budget et un taux d’endettement qui s’élève à plus de 100 % du PIB, doit verser quelque Rs 5,7 milliards à la compagnie des Bhunjun – pour lesquelles le dernier Budget n’a fait aucune provision, à moins que les Rs 2 par litre d’essence et de diesel ont été incluses pour les vaccins et… pour Betamax ? Ou à moins de puiser dans les future profits de la BoM… 

Ce n’est pas fini !

Maintenant, on doit attendre la réclamation de la famille Rawat, n’est-ce pas ? Et tous les frais légaux qui iront avec, un peu comme les Rs 400 millions distribuées aux hommes de loi pour défendre le dossier Betamax devant le Conseil privé de la reine. 

Outre Betamax et BAI, il y aurait, «in the pipeline», d’autres compensations que nous contribuables devr(i)ons financer : CT Power, Neo Town, Courts Asia... 

Mais quid des comités interministériels ? Que ce soit celui de Xavier Duval sous Ramgoolam ou celui de Roshi Bhadain sous Jugnauth : la posture est la même : pa nou sa! Et on nous supplie de les croire sur parole. 

C’est triste que personne, au final, n’assume ses positions. Et quand l’émotion dégagée par un désir de vengeance prend le dessus sur la raison, c’est nous, et nos enfants, qui casquons pour financer ces fausses manoeuvres politiciennes. 

L’express l’a souligné plus d’une fois : au-delà de la compensation monétaire, il y a la loi des contrats et la continuité de l’État. 

Le danger des vendettas politiques demeure aussi le précédent qui est établi : toutes les parties intéressées à contracter avec le gouvernement sous le régime actuel se demanderont désormais si le contrat qu’elles signeront pourra lui-même être mis de côté par tout nouveau gouvernement qui viendrait au pouvoir. 

C’est pour cela que la primauté d’un contrat doit être reconnue, quels que puissent être les antécédents, quitte à ce que les individus qui pourraient avoir enfreint les lois du pays soient, eux, poursuivis séparément.

Au final, dans un contexte où nous voulons nous extirper des listes grise et noire, la question se posera à chaque fois que nos institutions sont utilisées par des dynasties politiques : Maurice est-il un État de droit où les contrats sont respectés et où la continuité de l’État est garantie ou est-il une République bananière où le pouvoir en place peut sanctionner ce qu’a fait son prédécesseur. Par vengeance pure. Je ne sais pas pour vous, mais, quant à moi, j’en ai plus que marre que l’on gaspille ainsi mes sous de contribuable.

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