Croissance retrouvée et inégalités cachées

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Financièrement et économiquement, le pays est confronté à des équations inconnues. Les politiciens, économistes, hommes d’affaires, investisseurs et autres commentateurs nous semblent à court de modèles. Nos références futures sur le redressement de la courbe de croissance sont encore des esquisses d’un monde qui se cherche.

Si le futur se trouve dans le marc de café, en revanche, le présent, lui, est sans équivoque : le monde extérieur ne nous fait plus de cadeaux, comme jadis aux temps de la convention de Lomé, l’accord de Cotonou, Protocole Sucre, l’accord multi-fibre, l’African Growth and Opportunity Growth Act, etc. Après les charges successives des gendarmes internationaux comme le GAFI, Moody’s, l’UE, le FMI et la Banque mondiale, d’autres vents contraires se dressent contre nous : les ministres des Finances du G7 sont parvenus cette semaine à établir les premières bases d’une refonte de la fiscalité internationale «pour l’adapter à l’économie numérique du XXIe siècle». (Petite parenthèse : cette économie numérique est une économie nouvelle qui n’a plus grand-chose à voir avec la cybercité, imaginée par SAJ, pour maintenir la transformation de l’économie, une transformation qui a commencé dans les années 1970, et qui a été accentuée dans les années 80 et 90.)

Les contours du monde post-Covid qui se dessinent sont un signal fort du G7 destiné en particulier au G20 qui se réunira à la mi-juillet à Venise. Les objectifs de cette réforme : une nouvelle répartition des bénéfices des plus grandes entreprises multinationales entre les pays où elles opèrent et l’instauration d’un taux minimum d’imposition de leurs bénéfices d’«au moins 15 %» – pays par pays et non sur une base globale – ce qui est en phase avec le projet du duo Janet Yellen-Joe Biden. Voilà de quoi corser l’addition pour la balance des paiements de Maurice (mise à mal par la mésaventure continue de nos services financiers), alors qu’on est déjà soumis à une double pression macro-économique, entre un déficit budgétaire qu’on a essayé de masquer l’an dernier et une dette publique qui a crevé la barre des 100 %.

Face à cette terrible réalité, notre ministre des Finances pourra-t-il se permettre de fermer le robinet de la Banque centrale, comme recommandé par les institutions de Bretton Woods ? Réponse ce vendredi, en direct du Parlement, à partir de 17 heures...

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Après la contraction inédite de notre économie l’an dernier, il faudrait s’attendre à ce qu’elle reprenne, sur papier, quelques couleurs avec un taux de croissance de +/- 4 %. Mais cette reprise doit être mise en contexte. Un taux positif ne veut PAS dire que nous sommes sortis de l’auberge.

N’oublions pas que nous avons enregistré un recul d’au moins 15 % de notre PIB l’an dernier, et qu’on restera donc sous le niveau de 2018-2019 pour environ 4-5 ans, si tant qu’on arrive à bloquer le virus et ses variants, à réinventer le tourisme, l’offshore et lancer d’autres secteurs d’activités économiques (par exemple dans l’économie numérique qui ne nécessite plus la construction d’éléphants blancs).

Pour revenir à notre PIB, qui était dans les Rs 500 milliards (avant la contraction), prenons cet exemple brandi par Ramesh Basant Roi pour souligner le problème grandissant de Maurice : les inégalités qui se creusent alors que les statistiques ne reflètent pas cet état dégradant des choses. «For the sake of simplicity, assume that there is a community of 5 persons in a room, each with an annual income of Rs 100, which makes a total of Rs 500 (i.e the GDP of this tiny community). Next year, we are told that the income of the group will grow on average by 4 per cent. It goes to say that, on paper, (if there is equitable distribution of income), each of persons’ income will rise by Rs 4. Income of the group (i.e. GDP) will thus rise to Rs 520 and everyone will be better off. But the narrative in the real world is far from this ideal situation. Some of them will find their income having grown by more than 4 per cent, some will possibly find no increase or some will find even a contraction in their income…»

***

Il faut aussi dire que, de par le monde, la reprise économique se révèle une partition à géométrie variable. Elle s’opère à plusieurs rythmes et vitesses. Les deux moteurs de la reprise mondiale restent les États-Unis et la Chine, alors que les prévisions de croissance sont autour de 4,4 % pour l’Europe et de 3,4 % pour l’Afrique subsaharienne, qui a enregistré la contraction du PIB la plus importante de son histoire économique en 2020.

Pour notre pays, même si nous ne sommes plus dans la ligue des High-Income Economies et que les revenus par tête d’habitant sont passés de $ 12 300 en 2019 à $ 8 600 en 2020, il nous faut reconnaître que l’aide étatique (notamment le Wage Assistance Scheme et le Self-Employed Assistance Scheme qui ont coûté Rs 18 milliards jusqu’ici) pour soutenir financièrement les ménages et les entreprises (et partant l’économie elle-même) aura tant bien que mal réussi son pari à accroître notre résilience collective, après le terrible choc de l’an dernier. Reste la MIC et ce que le Dr Renganaden Padayachy va en faire…

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