Testament économique

Avec le soutien de

C’est la Banque mondiale (BM) qui, en 1989, présenta l’île Maurice comme un «miracle of development», ce qui a valu à sir Anerood Jugnauth le titre de «père du miracle économique». Pour sûr, il laisse un testament économique qui restera gravé dans le marbre. La transformation de l’économie mauricienne, à laquelle l’ancien Premier ministre a présidé avec un sens élevé de leadership politique, n’est toutefois pas l’oeuvre d’un seul homme ni le résultat d’une politique datée. C’est un processus qui a chevauché sur plusieurs facteurs dont les trois principaux sont un cadre d’incitations, des politiques de libéralisation et les préférences commerciales.

Avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI) et de la BM, le pays appliquait cinq accords de confirmation et deux opérations de restructuration entre 1979 et 1986. Ces années d’ajustement structurel de l’économie, qualifiées de période de réforme, furent décisives. Le premier programme, qui a débuté avec une dévaluation de 23% de la roupie en octobre 1979, fut relativement concluant au début mais marqua le pas à la suite du choc pétrolier de cette annéelà et des quatre cyclones qui frappèrent l’île entre décembre 1979 et mars 1980.

Lorsque Paul Bérenger prit les rênes du grand argentier, ce fut au beau milieu du programme de stabilisation de 1982. Il prouva son ouverture d’esprit en continuant dans la voie déjà tracée par le FMI, et ses politiques d’austérité mirent un frein aux dérives des finances publiques. Le vieux projet d’un nouvel aéroport fut abandonné, et aucun nouveau projet majeur ne fut initié. Deux mesures-phares furent la baisse de la surtaxe sucrière et l’introduction de la Sales Tax. Aussi, une nouvelle stratégie monétaire fut amorcée en février 1983 lorsque la roupie fut détachée des Droits de Tirage Spéciaux du FMI pour être attachée à un panier de devises favorisant une dépréciation du taux de change effectif réel au profit de l’exportation.

Sir Anerood était Premier ministre à l’époque, mais c’est avec Vishnu Lutchmeenaraidoo aux Finances et sir Gaëtan Duval aux Affaires étrangères qu’il a marqué de son empreinte l’histoire économique du pays. Le gouvernement de 1983-1987 établit un environnement très favorable aux initiatives privées. Avec une approche tournée vers l’extérieur, il créa des opportunités d’expansion de la manufacture textile qui, de surcroît, disposait d’une main-d’œuvre abondante et bon marché. Nos exportateurs pouvaient ainsi surfer sur une solide croissance de l’économie mondiale.

Ils ne sont pas devenus meilleurs du jour au lendemain. Dès le lancement de la zone franche industrielle en 1970, des entreprises s’étaient préparées à se forger une capacité d’exporter, obtenant pour cela des incitations telles que des vacances fiscales et des exonérations de droits de douane. Les perspectives d’exportation étaient visibles avec la signature par Maurice, en 1975, de la Convention de Lomé qui, avec le Protocole Sucre, lui accordait libre accès aux marchés européens.

Aussi, le pays bénéficiait indirectement du protectionnisme des États-Unis. Pour contourner leurs restrictions de quota, des investisseurs hongkongais trouvèrent en Maurice une base de production. De plus, l’octroi du passeport mauricien leur donnait une assurance devant la décision de la Grande-Bretagne en 1984 de retourner Hong Kong à la Chine.

Mais tout cela n’aurait pas suffi de contribuer au boom économique (voyez les autres pays africains…) sans les politiques de l’offre sous l’ère Jugnauth. Baisse de l’impôt sur les sociétés, de 66 % à 35 % en juin 1984, signature des accords de non double imposition fiscale, rationalisation de la structure tarifaire, élimination des barrières quantitatives contre l’importation, réduction drastique des contrôles de prix, libéralisation des taux d’intérêt et des taux de change, développement de sites industriels : ces incitations ont assuré une allocation efficace des ressources et supprimé des distorsions de prix. Résultats : doublement du revenu par tête de 1983 à 1988, plein emploi, faible inflation, maîtrise du déficit budgétaire et surplus du compte courant de la balance des paiements.

Un des rares manquements fut l’absence de restructuration du secteur paraétatique aux effectifs pléthoriques. Il fut néanmoins compensé par un engagement politique résolu en faveur de réformes structurelles, une capacité institutionnelle renforcée, des dépenses publiques mesurées et priorisées, une modération de la politique salariale, un contrôle strict de la base monétaire, une expansion limitée du crédit, et des taux d’intérêt réels positifs engendrant une forte épargne domestique qui pourvoyait aux investissements : c’est tout le contraire de la situation d’aujourd’hui qui résulte d’une gestion de l’économie par la demande.

Le plus bel hommage qu’on puisse rendre à sir Anerood Jugnauth, c’est un budget national qui s’inspire de son esprit de réforme pour encourager la création de richesse par le secteur privé.

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