Projet de Société: Problématiques

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Valorisons les richesses humaines 

Il n’y a de richesses que d’hommes et de femmes. Partant de là, tout doit être mis en œuvre pour valoriser les richesses humaines, terme/concept qui nous paraît plus approprié que les termes «capital humain» ou «ressources humaines» que l’on retrouve dans la littérature consacrée à la question. La problématique des richesses humaines est centrale pour l’avenir de notre société.   

Notre principale richesse est notre population. Elle comprend la force de travail et les intelligences  d’aujourd'hui et de demain. D’où une approche qui devrait englober les enfants, les jeunes, les adultes qui sont actuellement dans le monde du travail mais également qui sont et qui partiront à la retraite. Il y a aussi cette composante dont le travail n’est pas rémunéré, à savoir le travail des femmes à la maison. Le monde du travail connaît et connaîtra de profonds bouleversements, accentués par la pandémie Covid-19, avec comme tendance lourde la révolution numérique qui plus que jamais sera au cœur de la mondialisation économique.

Etats des lieux 

Maurice compte une population de 1,3 million C’est une population vieillissante, ce qui nous a amené à parler de «bombe démographique» sous forme interrogative dans un précédent article  où sont abordées les dimensions économiques et sociétales. Dans les années à venir, le ratio actifs/inactifs va connaître une sérieuse baisse. La répartition de la population active dans les différents secteurs de l’économie a beaucoup changé durant ces derniers 50 ans et va continuer a évoluer.

Actuellement le chômage, qui est un réel problème structurel. Les femmes et les jeunes sont les plus affectées. Une des conséquences de la pandémie est l’augmentation du chômage. On peut se demander si notre économie/développement pourra absorber totalement la population active ou si la migration circulaire pour certains corps de métiers est une solution. L’émigration prônée comme une des solutions au problème du chômage dans les années 1970 a créé une diaspora estimée dont le réel potentiel est souvent évoqué sans connaître de concrétisation.

Education et formation 

L’éducation et la formation sont les vecteurs pour développer les richesses humaines. Notre système éducatif actuel demande à être revue, du pré-primaire au tertiaire. Il s’agit de s’attaquer aux process et mécanismes où les institutions éducatives ne font que reproduire les inégalités sociales. 

Trois axes méritent toute l’attention nécessaire. 

1. Mettre fin au déséquilibre entre l’académique et le non-académique. Cela passe par une prise en compte des autres formes d’intelligences aujourd’hui reconnues et qui sont valorisées dans de nombreux pays. En sus d’un gâchis, ce déséquilibre génère un sentiment d’exclusion pour ceux qui ne réussissent pas dans la filière académique. 

2. Engager une révolution pédagogique en vue de développer l'esprit critique, qui est une exigence de notre temps pour plusieurs raisons. D’abord, pour le développement personnel afin de pas tomber dans tous les travers auxquels nous sommes exposés avec les réseaux sociaux où le fake news règne dans toute son horreur. Il y a un équilibre à trouver entre liberté personnelle et épanouissement d’un côté et le sens d’appartenir à un collectif – une communauté nationale, la planète –, avec la responsabilité que cela comporte. 

3. Etablir une plus grande diversité dans le cursus pour inclure de nouvelles matières, comme la philosophie. Maurice ambitionne de faire de l’Education hub un pilier du développement et c’est bien parti. Au-delà de sa dimension économique, il y a celle de l’ouverture avec tout ce que cela comporte comme richesse immatérielle acquise pour tous ceux qui sont et seront engagés dans ce secteur. C’est une formidable expérience pour s’ouvrir sur le monde, dont l’Afrique, le continent de demain dans bien des domaines.

Gestion des ressources humaines, valeurs et école de partage 

Il n’est pas nécessaire d’insister sur l’importance de la formation pour améliorer la performance, la qualité et la productivité du travail. Le tout concourt à une exigence de compétitivité des entreprises et des institutions au niveau sectoriel et national. Dans notre écosystème très varié de la formation, on trouve du très bon, du moyen et du médiocre. La formation se fait dans des institutions spécialisées et au sein des entreprises, qui s’appuient sur des prestataires externes et/ou leurs école/académie de formation si elles en sont dotées. 

Les directeur/directrice des ressources humainea dans les entreprises publiques et privées sont des acteurs clefs. Ils/elles ont comme rôle principal de conseiller la direction et non pas d’être à sa solde. Cela exige un certain nombre de qualités professionnelles et humaines pour assurer des décisions justes, des comportements et attitudes pour des rapports sociaux sains au sein de l’entreprise. En clair, cette fonction a pour responsabilité de créer l’environnement pour optimiser les ressources humaines en pratiquant une écoute active. Il est le garant que la politique de recrutement, de promotion soit conforme aux valeurs revendiquées et affichées. Il y a, fâcheusement, encore trop parmi ils/elles qui ont des pratiques concrètes qui tuent les richesses humaines et nuisent à la création de richesses. Il faut donc en finir avec le népotisme, les pratiques discrétionnaires discriminatoires, l’absence de méritocratie, tant le privé que dans le public. Dans le premier cas, cela relève de la transmission patrimoniale qui est aujourd’hui un archaïsme, et dans le second c’est l’Etat clientéliste qui est en cause. 

Il y a nécessité d’une formation en adéquation avec les réalités du monde du travail et des entreprises et proactif. La formation aujourd’hui ce n’est pas seulement la transmission/partage du savoir-faire mais aussi le savoir-être. 

Le savoir-faire mauricien est indéniable mais est malheureusement encore ignoré au nom d’une ouverture à de l’expertise étrangère, qui bien que nécessaire est encore tributaire d’un complexe de l’étranger, stigmate de notre passé colonial.  

Une partie de plus en plus importante de ceux et celles qui sont et seront à la retraite ont une expérience, un savoir-faire et un savoir-être qui constituent une richesse.  Il conviendrait de les mettre à contribution à travers la mise en place d’écoles de partage dans les différents corps de métiers. Outre la valorisation des retraité.e.s, ces écoles ont une double objectif : transmettre le savoir-faire et le savoir-être, et améliorer la communication entre les générations pour de meilleurs rapports de travail parfois problématiques entres des aîné.e.s et des jeunes. Dans certains secteurs de service comme le tourisme, une école de partage peut apporter une précieuse contribution sans grand frais pour sa mise en place, mise en œuvre et opération.

Révolution numérique

La révolution numérique en cours va vite, très vite. Ses menaces et ses dangers de même que les opportunités offertes notamment pour le travail et le monde des entreprises font l’objet de débats. Certains métiers vont disparaitre et d’autres vont être créés. La pandémie Covid-19 est venue accélérer le télétravail qui soulève beaucoup de questions de fond, entre autres sur son impact sur la vie privée. Deux logiques animent la digitalisation des tâches en entreprise. Une logique de contrôle, de surveillance, au service d’une conception verticale pour assurer un - nécessaire - gain de productivité. L’autre logique est celle de la collaboration avec l’horizontalité que permet le réseau. Cette dernière permet des rapports de travail moins aliénants et plus conformes aux aspirations de jeunes, à savoir l’épanouissement au sein de l’entreprise à travers la collaboration. L’avenir se conjugue avec l’entreprise du troisième type, celle qui libère les énergies créatrices de richesses. Mais où en sommes-nous avec la digitalisation de nos entreprises, y compris la fonction publique ? 

Innovation et recherche 

Aujourd’hui tous les pays et entreprises ne jurent que par l’innovation, considérée comme La solution pour relever les défis économiques et sociétaux actuels et à venir. C’est le cas à Maurice.  Innover c’est introduire quelque chose de nouveau pour remplacer quelque chose d'ancien dans un domaine quelconque. Innover ce n’est pas reformer. 

La capacité d’innover fait partie de notre histoire, de notre culture, et il convient de la développer, de l’enrichir, de l’approfondir. Pour développer une culture de l’innovation, un inventaire dans les différents domaines s’impose – mécanique, ingénieries, environnement, pratiques culturales, organisations et process. Il faut s’inspirer de et non copier ce qui se fait ailleurs dans de nombreux domaines, notamment dans la lutte contre le changement climatique, la pauvreté et les inégalités, le développement de l’enfance. Les institutions de recherche peuvent l’inclure dans leur programme. Nous y reviendrons. 

Pour conclure 

Une stratégie pour valoriser les richesses humaines comporte plusieurs volets. Elle doit toucher toute la population à travers l’éducation et la formation en apportant des changements de fond pour être conformes aux nouvelles exigences d’un monde qui bouge vite. A nous aussi de mettre à profit les possibilités /potentialités qu’offre l’irréversible et incontournable révolution numérique. Portons attention aux valeurs dans le fonctionnement des entreprises pour mettre fin en interne à l’exclusion tueuse de richesses humaines. C’est un vaste chantier qui demande la mobilisation de tous les acteurs du développement car sont en jeu la création de richesses par et pour les hommes et femmes et notre avenir.

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