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Vaccins ou munitions

25 avril 2021, 07:00

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«In the world’s biggest vaccine producer, millions of people are waiting for Covid-19 vaccines amid a devastating second wave of infections», fait ressortir le gros de la presse américaine hier. En Europe, l’on ajoute une couche : «India’s vast manufacturing capability is why the country signed on as a major player in COVAX, the global vaccine-sharing initiative that provides discounted or free doses for lower-income countries.»

Tragédie grandeur nature. Les ravages du Covid-19 dans la Grande péninsule tournent en boucle sur les écrans du monde entier. Les images du manque de vaccins et d’oxygène sont déchirantes, dramatiques et les chiffres sidérants. Manifestement, malgré tous les discours rassurants, l’Inde de Modi n’était pas prête pour face à cette crise sanitaire inouïe. Plus de 300 000 nouveaux cas en 24 heures. Du jamais-vu jusqu’ici à travers le monde !

Dans la lutte multiforme contre le coronavirus, Mother India était jusqu’ici un modèle pour le gouvernement mauricien, qui s’était déplacé en masse pour réceptionner, à l’aéroport, les doses de Covishield et de Covaxin. Mais avec la situation intenable dans les principales villes de l’Inde, dont à Bangalore d’où elle est issue, il devient plus que probable que l’ambassadrice Nandini Singla sera d’accord avec nous : Maurice ne doit pas compter sur les vaccins indiens dans l’immédiat pour sauvegarder ses intérêts stratégiques.

Pour mener à bien notre stratégie vaccinale – soit le fameux Sel Solision, Vaksinasion! de Steven Obeegadoo, devenu aujourd’hui un slogan vide –, afin de pouvoir rouvrir nos frontières, il nous faudrait donc compter sur d’autres pays amis, notamment la Chine, la Russie. Et sur l’émergence ou non de nouveaux variants.

La mort, cette semaine, d’Idriss Déby, l’autocratique président du Tchad, les armes à la main, illustre, s’il le fallait, l’hypocrisie dans laquelle baignent les relations internationales. Qui pourraient se résumer : à chacun son idole, à chacun son dictateur, et les intérêts des puissants seront bien gardés.

Cette même opinion occidentale qui critique l’Inde ne manque pas de saluer la mort du héros Idriss Déby et sa lutte sanglante contre le terrorisme fondamentaliste dans le Sahel, aux côtés des puissances européennes et africaines. Pourtant, Déby, 68 ans, est avant tout un autocrate qui n’a jamais voulu quitter le pouvoir, lui qui était à son sixième mandat consécutif.

La terrible vérité, c’est que le monde occidental avait besoin de Déby et fermait, donc, les yeux sur le fait que l’autocrate cherchait, lui, à consolider son régime militaire, qui est, à chaque échéance, soumis à l’approbation des urnes, par le biais des élections à cadence régulière qui sont largement faussées, selon les défenseurs de la démocratie en Afrique.

Déby est l’archétype du dictateur africain, un dictateur qui écrase la dissidence et qui avait la bénédiction de la France pour contrer, à un moment, l’expansion du Colonel Mouamar Khadafi. Comme Khadafi du reste, Déby a détourné les richesses de son pays à ses fins d’enrichissement personnel. Les réserves pétrolières du Tchad n’ont jamais atteint le grand public, d’où le triste constat qu’il figure parmi les pays les plus pauvres du monde, alors que Déby dormait sur des milliards et des milliards de dollars.

Face à Déby, il y avait une opposition fragmentée (ce qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler le cas mauricien).Ainsi les réactions officielles sont pour la plupart à la gloire de Déby. Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré avance que Déby était un «grand panafricaniste», «un frère». À Abidjan, Alassane Ouattara évoque un «grand patriote» et un «homme courageux», alors que l’Union africaine parle «d’un grand homme d’État». La presse africaine, heureusement, se montre moins élogieuse à l’égard du défunt maréchal-président. On n’a pas oublié le nombre de journalistes qui ont été tués ou réduits au silence, derrière des barreaux, au nom de la pensée unique et de l’absolutisme.