Du risque et de la confiance

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Bernie Madoff est mort cette semaine. Il avait 82 ans et en était à sa 13e année de prison fédérale, alors que sa sentence avait été prononcée pour… 150 ans. Il avait réclamé une sortie de prison avancée l’an dernier, sur la base d’une maladie identifiée comme terminale, mais cette demande avait été rejetée, 96 % de ses anciens clients s’étant exprimés contre.

Bernie Madoff est le cas classique de l’homme qui construit la confiance en lui par un savant mélange de positif ostensiblement affiché et de faussetés, invisibles celles-là. J’en ai connu des comme ça !

Madoff débuta modestement. C’est avec $5 000 économisés sur l’installation de systèmes d’arrosage qu’il se lance dans la finance à l’âge de 22 ans. Les débuts sont durs et son ressentiment s’aiguise au fur et à mesure qu’il se sent toisé de haut, puis écarté par l’establishment de Wall Street. Son succès s’établit quand, novateur, il passe à la digitalisation généralisée de ses opérations, ce qu’il qualifie alors déjà d’«intelligence artificielle». Les grosses banques s’y intéressent et se rapprochent, d’abord par curiosité, puis parce que c’est efficient et finalement pour ne pas «rater le coche». Tout paraît parfaitement légitime. Madoff, de plus en plus riche et de plus en plus respecté, engrangeait personnellement, vers la fin des années 80, jusqu’à 100 millions de dollars annuellement. En 1990, il préside même le comité directeur du Nasdaq. Ses oeuvres charitables s’étendent en parallèle…

Il prétend que le Ponzi qui mènera à sa chute débute en 1991. Son responsable financier, Di Pascali, qui travaille chez lui depuis 1975, affirme par contre que le Ponzi opère «depuis toujours». Ce qui est certain, c’est qu’au lieu de se contenter d’être un market maker utilisant de l’électronique sophistiquée, il offre aussi des retours sur investissements ‘garantis’ de 15 à 18 % à des fonds qui se tournent alors vers lui. Quand il joue la carte de l’exclusivité en refusant de prendre certains clients, sa réputation s’accroît ! Forcément ! Dans une interview au Wall Street Journal en 1992, qui l’interroge sur ses rendements élevés, il profite du contexte positif pour souligner que l’indice S&P a progressé de 16,3 % cette année-là. Personne ne le questionnera plus pendant longtemps, car même quand le marché boursier vire au rouge, les rendements demeurent et ceux qui veulent être repayés, le sont sans discuter… grâce aux nouveaux clients. La Securities and Exchange Commission (SEC), pourtant alertée par l’analyste financier Markopolos dès 2000, joue la surdité et prétend être aveugle. Ce n’est qu’en 2005 que la SEC pose les premières questions après une énième lettre de dénonciation de Markopolos. Elle rédige même alors deux lettres destinées à des gérants de fonds pour contre-vérifier des affirmations de Madoff, mais ne les envoie finalement pas ! C’est dire l’aura inattaquable de Madoff.

Madoff chute finalement quand il est dénoncé aux autorités par ses propres fils, leur ayant enfin, on ne sait pourquoi au juste, révélé le pot aux roses la veille, le 10 décembre 2008 ! Les quelque 37 000 victimes du Ponzi récupèrent, en moyenne, 56,65 % de leur fonds à fin 2018. Fait intéressant : le liquidateur de l’empire Madoff, outre d’avoir saisi les actifs personnels de Bernie, a aussi poursuivi d’anciens clients ayant trop ‘profité’ du Ponzi et ayant ainsi récupéré 13,3 milliards de dollars de plus !

Quelles sont les leçons que l’on peut tirer de l’épisode Madoff ?

La première est que l’humanité n’apprend jamais assez pour ne plus se laisser bern(i)er. La recette semble être la même depuis la nuit des temps : il faut appâter, il ne faut pas laisser voir l’hameçon et l’avidité du gain facile fera le reste. Que ce soit pour un Ponzi ou une fraude classique, style «armoire magique» par exemple*, il faut toujours des victimes consentantes, évidemment, et leur poison, c’est l’appât du gain. L’appât du gain c’est ce qui est aussi d’ailleurs le moteur du jeu (loterie, casino, machines à sous, loto, paris sur les courses), du capitalisme en général, y compris celui du boursicotage et souvent même de l’entrepreneuriat, au-delà du sens de l’accompli. Mais ces dernières catégories ne mentent pas, toutefois, sur leurs mécanismes et leurs intentions. Clairement, l’appât du gain est un logiciel fondamental aux avancées de l’humanité depuis la nuit des temps, mais il peut souvent être mobilisé aussi pour tricher, pour mener en bateau, pour faire de nombreuses victimes…

L’autre versant de l’appât du gain, c’est, bien entendu, le risque de perte. On met son argent en banque parce que c’est (presque) sans risque. Quand on vous offre un taux d’intérêt anormalement élevé, c’est que vous êtes invariablement en train d’assumer plus de risque qu’à l’ordinaire, sinon pourquoi donc le besoin de ce taux anormal ? La bourse peut rapporter beaucoup, mais les grosses chutes de valeur sont également possibles. Investir dans un ‘bizness’ peut vous rendre riche, ou vous mettre sur la paille.

C’est avec ces deux notions de confiance et de risque qu’il faut peut-être soupeser toute la question des vaccins actuellement ?

Toute la vie est une question de risque. Produire et homologuer des vaccins en moins d’un an c’est sûrement, en partie, parce que la technologie avance, mais aussi et surtout parce que l’on accepte, devant l’urgence, de prendre quelques risques moins usuels. Comment, en effet, identifier des cas de caillots de sang, dont les chances de surgir dans des tests de phase III, dans un échantillon de 40 000 personnes ou moins sont quasi… nuls ! En effet, les 86 cas (dont 18 fatalités) relevés par les Européens sur 25 millions d’injections d’AstraZeneca à fin mars, suggèrent un taux d’incidents de 3,4/million et un taux de fatalité presque cinq fois inférieur. Sur 40 000 personnes, on ne verra donc probablement que 0,14 cas… L’OMS, de son côté, consolidant les résultats mondialement sur plus de 190 millions de vaccinés AstraZeneca, alignait 182 cas seulement (environ 1 cas/million), tout en rappelant que même le paracétamol ou l’ibuprofen peuvent générer de sérieuses réactions médicales, même si très, très rarement ! Pour Johnson & Johnson, le Center for Disease Control (CDC) a préféré «faire la pause» sur la base de six cas pour 6,8 millions d’injections de vaccins. Or, nous le rappelle le website du CDC, la DVT (deep vein thrombosis) existe déjà naturellement dans une population ‘normale’ américaine au taux de 900 000 cas par an dont, est-il estimé, environ 10 % meurent ! Une étude de l’université d’Oxford, basée sur 500 000 cas de citoyens infectés au Covid, dont une pré-copie a été publiée ce jeudi, indique, quant à elle, qu’il est 95 fois plus probable de développer des caillots, une fois infecté par le Covid et entre huit et dix fois plus probable de développer des caillots de sang en attrapant le Covid-19 plutôt qu’en étant vacciné ; le taux de DVT décelé après vaccin (pas nécessairement causé par…) étant de 4 cas/million pour Pfizer et Moderna et de 5 cas/million pour AstraZeneca !

Une mise en garde cependant. Toutes ces études disent qu’elles doivent être interprétées avec prudence puisque des données nouvelles (pas nécessairement différentes !) s’ajoutent chaque jour. Cependant, attendre des conclusions «finales» (dans quelques années ?), c’est aussi prendre un risque !

Ce qui est certain à ce jour, c’est que la réaction populaire négative aux informations annonçant quelques cas de caillots de sang après les vaccins semble démesurée par rapport aux risques assumés si on refuse le vaccin…

J’avoue aussi qu’ayant passé quelques heures sur le net à collationner les informations paraissant les plus crédibles sur la question contre-intuitive des risques des… vaccins sur la santé, je me retrouve avec au moins un des symptômes du DVT, ayant été vacciné le 6 mars dernier : j’ai sérieusement mal à la tête !

Je vais pourtant faire confiance aux vaccins homologués et prendre les risques minimes qui vont avec. Je préfère cela que de finir à l’hôpital local, sous un respirateur Pack & Blister et avec un risque de dix fois supérieur de caillots de sang, parce que je n’aurais pas été vacciné !

Il me semble qu’une «abondance de prudence» peut aussi tuer…

*L’armoire magique marchait comme suit : un étranger arrivait, au Far West, dans une ville sur son wagon tiré par des chevaux et répandait la «nouvelle» que son armoire doublait l’argent qui y serait enfermé. Il suffirait de 15 jours. Les rares premiers qui essaient (incluant parfois un ou plusieurs collaborateurs dûment payés) crient merveille ! La seconde vague, émoustillée à souhait, rempli l’armoire à 25 % et repart avec un magot de billets neufs deux fois plus important. La troisième bande de clients qui remplissait l’armoire, cherche toujours ses billets. Les 15 jours étaient bien entendu nécessaires non pas pour faire «pousser» l’argent, mais pour disparaître dans les prairies !

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